Des solutions pour un meilleur environnement - À coût égal, des résidus «utiles»

L’usine de Plasco Energy Group à Ottawa
Photo: L’usine de Plasco Energy Group à Ottawa

L'entreprise Plasco Energy Group d'Ottawa vient de doter cette ville d'une première usine de traitement des matières résiduelles. Grâce à cette usine, l'entreprise entend transformer les déchets en électricité, qu'elle revendra ensuite avec profit. Voici un aperçu de la technologie en question et de ses effets pour la ville d'Ottawa.

«Le projet a commencé en 2005, lorsque nous avons donné l'aval pour la construction d'une usine de démonstration, explique Larry O'Brien, maire d'Ottawa. D'ici un an environ, nous serons en mesure de décider si nous adoptons cette méthode de traiter les matières résiduelles. Mais c'est très prometteur et ça vaut le coup d'essayer.»

Construite en 2007, l'usine de démonstration est située sur le site d'enfouissement Trail Road, propriété de la Ville d'Ottawa. L'actuelle usine possède une capacité de traitement de 100 tonnes de matières résiduelles par jour, bien que le permis du ministère de l'Environnement de l'Ontario limite cette capacité à 85 tonnes par jour. Si tout fonctionne comme prévu, la Ville d'Ottawa autorisera ensuite la construction d'une usine de traitement permanente qui pourra traiter jusqu'à 400 tonnes par jour. Comme le site d'enfouissement Trail Road reçoit environ 1000 tonnes de matières résiduelles par jour, ce sont donc 40 % des déchets qui seront éliminés ainsi, un gain appréciable pour l'environnement.

«L'usine est en service depuis un an, mais elle a surtout servi à mener des tests, explique Rod Bryden, président et directeur général de Plasco Energy Group. Cela nous a permis de vérifier les technologies et les équipements et d'y apporter les modifications nécessaires. Par exemple, on a dû construire une nouvelle aire de déchargement, la première étant trop exiguë.»

La technologie utilisée

Les torches à plasma sont à la base de la technologie développée par les ingénieurs de Plasco. Rappelons qu'une torche à plasma, grâce à un puissant champ magnétique, maintient un gaz dans un état de forte excitation, que l'on nomme plasma, ce qui permet de générer de hautes températures. Il y a eu par le passé plusieurs tentatives d'utiliser les torches à plasma pour le traitement des déchets, mais elles furent infructueuses puisque l'énergie nécessaire pour produire le champ magnétique dépassait l'énergie créée.

«Nous avons résolu le problème en le contournant, dit Rod Bryden. Nous utilisons des torches à plasma commerciales, sans modifications, mais nous les utilisons autrement. Nous les utilisons seulement à certaines étapes du procédé, ce qui nous permet de moins les utiliser et de les utiliser à des températures beaucoup moins élevées, ce qui fait ainsi diminuer les coûts de fonctionnement.»

Ce procédé ainsi que plusieurs des équipements utilisés, sauf les torches à plasma, ont été entièrement développés par Plasco Energy Group. «Nous détenons une centaine de brevets relatifs à cette technologie.»

De déchets à électricité

Voici comment, selon cette technologie, on transforme des déchets en électricité. Les déchets arrivent et sont déchargés dans une aire conçue à cette fin, à l'intérieur de l'usine. Un premier tri permet de récupérer les métaux et autres matériaux recyclables. Ensuite, les déchets sont déchiquetés et les matières ferreuses sont retirées par magnétisme. Cette étape terminée, les déchets sont placés dans une chambre à combustion, où ils sont brûlés. Le gaz ainsi produit est acheminé vers une deuxième chambre à combustion, où il est raffiné grâce à une torche à plasma. On crée ainsi un gaz synthétique qui servira, une fois refroidi, à alimenter des moteurs à combustion interne produisant de l'électricité.

Les résidus solides de la première combustion sont eux aussi acheminés à une seconde chambre, où ils sont à nouveau brûlés par une torche à plasma et transformés en boulettes de matière inerte, qui serviront ensuite d'agrégat pour la fabrication de produits de construction. La technologie développée par Plasco permet aussi de récupérer les sous-produits de l'ensemble du procédé, soit de l'eau, du sel et du soufre, qui pourront être commercialisés.

L'usine est entièrement autosuffisante. D'une part, une partie de l'électricité produite sert à son fonctionnement, d'autre part, il n'y a aucune perte de chaleur, puisque toute la chaleur produite aux différentes étapes du procédé est réutilisée. Ainsi, la première chambre à combustion est alimentée par la chaleur produite lors du raffinage du gaz et de son refroidissement et lors de la production de matière inerte. De plus, cette usine est neutre sur le plan écologique, puisque ce procédé ne produit aucune émanation, sauf celles issues des moteurs.

Une situation gagnant-gagnant

Pour la Ville d'Ottawa, cette technologie présente de nombreux avantages sur le plan écologique, mais aussi sur le plan économique. «Ça ne coûte pas un sou de plus à la Ville, souligne Larry O'Brien. Nous avons permis à Plasco de construire sur le terrain du site d'enfouissement et nous leur payons une redevance de déchargement qui représente le coût actuel que nous payons pour l'enfouissement. La construction de l'usine et son fonctionnement sont entièrement à la charge de Plasco. C'est le capitalisme à son meilleur.» Pour le moment, cette redevance est de 40 $ la tonne pour la période expérimentale, mais elle devrait grimper aux alentours de 70 $ la tonne durant la phase permanente, ce qui est comparable à ce que la plupart des municipalités paient aujourd'hui comme redevance de déchargement.

Sur le plan écologique, il s'agit là d'une façon peu coûteuse de réduire le recours à l'enfouissement et, du même coup, de réduire la production de gaz à effet de serre. Sans compter que cette réduction des GES pourrait ultérieurement être vendue sous forme de crédit dans une éventuelle Bourse du carbone en terre canadienne.

L'entreprise, elle, y trouve une source de matières premières, les déchets, à bon prix. Comme seulement 20 % de l'électricité produite est consommée par l'usine, c'est 80 % de cette électricité qui peut alors être vendue. La technologie de Plasco est en mesure de produire, pour chaque tonne de déchets qu'elle traite, 1150 KWh d'électricité, ce qui suffit à alimenter une maisonnée pendant 45 jours. Au total, l'usine de 85 tonnes pourrait alimenter 3600 familles à longueur d'année.

«Et comme les usines peuvent être construites en zone urbaine, précise Rod Bryden, elles peuvent être raccordées directement au réseau local de distribution d'électricité, et donc sans l'obligation de passer par l'ensemble du système de distribution.»

Plasma Energy Group entend évidemment construire et exploiter ses usines un peu partout dans le monde. «Déjà, nous avons des pourparlers avec plusieurs pays. La Californie se montre très intéressée présentement par nos usines.»

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Collaborateur du Devoir