De vieux poteaux « coule » de l'éthanol cellulosique

L’usine Enerkem de Westbury, au Québec
Photo: L’usine Enerkem de Westbury, au Québec

Imaginez que, à partir d'un vieux poteau de téléphone, on produise suffisamment de carburant pour parcourir des milliers de kilomètres. Qui plus est, il ne restera plus rien du poteau, si ce n'est une centaine de litres d'eau et un peu d'agrégat utilisable pour faire du ciment ou des briques. Utopie? Non, puisque c'est justement ce que s'apprête à réaliser la firme Enerkem dans son usine de Westbury, en Estrie.

Enerkem tire profit d'un procédé développé par Esteban Chornet, ingénieur industriel et professeur en génie chimique à l'Université de Sherbrooke. Son fils Vincent, un entrepreneur spécialisé dans le démarrage et le financement d'entreprises de haute technologie (principalement en transformation du pétrole), a cofondé Enerkem afin de procéder à une application industrielle de la découverte de son père.

«Nous avons mis de nombreuses années pour en arriver au stade où nous en sommes aujourd'hui», confie fièrement Vincent Chornet. L'entreprise a démarré très modestement en 2000 puisque, à l'époque, le baril de pétrole ne valant que 10 $, le procédé n'était pas rentable. «Mais nous avions la vision que nous en arriverions un jour à la situation actuelle», dit-il.

Les premières années d'Enerkem ont été mises à profit pour faire passer le procédé de M. Chornet du laboratoire jusqu'à la production industrielle, ce qui n'est pas une mince affaire. «Au départ, se rappelle son fils, c'était une entreprise à temps partiel... Nous développions la technologie avec le peu de moyens que nous possédions...» Puis, lorsque les prix du pétrole se sont envolés à partir de 2005, Enerkem a bénéficié de capitaux (principalement américains) lui ayant permis de passer au stade industriel. «Ce long parcours m'a permis de devenir un entrepreneur d'expérience», de souligner Vincent Chornet.

Aujourd'hui, l'entreprise emploie 45 personnes, prévoit en embaucher une vingtaine d'ici la fin de l'année et a des projets à réaliser d'une valeur de 250 millions de dollars. «Notre premier projet, c'est notre usine de Westbury, qu'on tenait à faire ici chez nous, au Québec», précise-t-il.

Il s'agit d'une usine de démonstration industrielle, l'une des premières au monde qui peut fabriquer de l'éthanol cellulosique à une échelle industrielle. Enerkem espère en produire cinq millions de litres dès l'an prochain. à partir de vieux poteaux fournis par Hydro-Québec.

Déjà, Enerkem a effectué plus de trois mille heures d'activité dans son usine-pilote de Sherbrooke. Elle y a transformé plus de vingt types de matières premières (dont des résidus de bois) pour fabriquer du méthanol et de l'éthanol. «Comme nous possédons déjà une bonne expérience, relate M. Chornet, nos installations de Westbury seront une véritable usine de taille industrielle qui fonctionnera plus tard sur une base commerciale.»

Une « pétrolière » d'avenir ?

Contrairement à l'éthanol traditionnel (produit à partir de céréales ou de plantes), Enerkem transforme des déchets solides, comme des matériaux de construction et de démolition, du bois traité, des résidus forestiers, etc. Par conséquent, elle ne contribuera pas à aggraver la pénurie alimentaire que crée la production de biocarburants à partir de maïs. Au contraire, même, puisque sa production consomme de la matière qui, autrement, se retrouverait à l'enfouissement.

Le procédé d'Enerkem permet aussi bien de produire d'autres types de carburant, dont du diesel, de la gazoline, de l'éther diméthylique et des alcools pour utilisation industrielle. Dans tous les cas, il s'agit de carburants dits de deuxième génération, c'est-à-dire fabriqués à partir de matières autres que le pétrole ou les plantes qui font partie de la chaîne alimentaire. Dans le cas de l'usine de Westbury, la matière première utilisée a même une «valeur marchande négative», c'est-à-dire que, ô merveille, Hydro-Québec paie pour qu'Enerkem transforme ses vieux poteaux en carburant.

La technologie d'Enerkem convertit ainsi une tonne de matière première en 360 litres d'éthanol, soit assez de carburant pour parcourir 2500 kilomètres. «Nous avons choisi de faire de l'éthanol parce que, en Amérique du Nord, les gouvernements ont décidé d'introduire ce carburant dans la chaîne du transport», précise Vincent Chornet. L'entreprise pourra tout aussi bien produire d'autres carburants, lorsque le marché le demandera.

Les travaux de construction de la nouvelle usine vont bon train, indique Enerkem. Il s'agit en fait du premier d'une série de projets que l'entreprise prévoit réaliser prochainement. Enerkem développe entre autres une usine à Edmonton en partenariat avec Ethanol GreenField, le plus gros producteur d'éthanol au Canada. Elle est aussi active dans le développement de sites aux États-Unis. «Nous avons beaucoup de projets au Canada comme aux États-Unis, confie M. Chornet. On regarde aussi d'autres sites au Québec...»

«Selon notre stratégie d'affaires, nous réalisons des projets avec des gens qui ont plus d'expérience que nous dans la production de carburant, dit-il. C'est le cas, par exemple, du projet d'Edmonton, où nous sommes en partenariat 50-50 avec GreenField.»

Enerkem a l'intention de vendre ses produits, d'abord de l'éthanol et plus tard d'autres produits à valeur ajoutée tels que le diesel synthétique, l'éther diméthylique et la gazoline synthétique, à des raffineurs et à des groupes industriels, indique-t-on. «Nous ne sommes pas vraiment intéressés à exploiter notre technologie sous licence pour en retirer des redevances, indique le président. Nous ne voulons pas regarder le train passer... Non, ce n'est pas notre stratégie d'affaires... Nous voulons plutôt exploiter des usines et fabriquer du carburant.»

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Jean Bonnic - Inscrit 5 octobre 2008 01 h 58

    Source d'énergie

    Article très intéressant mais qui ne précise pas la méthode, la nature... de la transformation de la cellulose du bois en éthanol.Même si la technique utilisée est couvert sans doute par un brevet international pourrait on en avoir une idée?Fait on appel à la chimie,la bactériologie ou autre technique...
    Jean Bonnic / France