Lille est à l'avant-garde du multirecyclage dans l'Hexagone

Pierre Hirtzberger, chef du service de développement de la Direction des résidus urbains de Lille Métropole Communauté urbaine
Photo: Pierre Hirtzberger, chef du service de développement de la Direction des résidus urbains de Lille Métropole Communauté urbaine

Lille Métropole Communauté urbaine (LMCU) forme un regroupement de 1 100 000 habitants. Cette instance gouvernementale est responsable de la collecte et du traitement des déchets pour les ménages de l'ensemble de l'agglomération. En 1992, le Conseil de la Communauté a adopté une politique de gestion des matières résiduelles, qui est actuellement en vigueur. C'est en 2008 qu'est entrée en service une usine de méthanisation dont le biogaz alimente en carburant la flotte d'autobus de la communauté. LMCU participe au colloque de Montréal.

Cette décision prise en 1992 a reçu le nom de Schéma global de collecte et de traitement des déchets. Pierre Hirtzberger, aujourd'hui chef du service de développement de la Direction des résidus urbains de la communauté, résume la nature de ce choix politique: «Ce schéma place en avant la valorisation maximum de toutes les fractions de déchets.» Il en cerne les grands axes: «Il y a d'abord la réduction de la production de déchets, puis l'augmentation de la collecte sélective au plus grand nombre possible de citoyens et enfin le traitement des matières collectées dans des

installations les plus respectueuses de l'environnement.»

Un slogan résume toute cette politique: «Jetez moins, triez plus et traitez mieux.» Il résulte de ces trois grands principes deux moyens d'action qui sont appliqués: «Depuis le départ, on s'emploie d'une part à développer les collectes sélectives et d'autre part à mettre en place des outils de traitement qui leur sont liés. Voilà.»

Le déroulement des opérations

Sans qu'un échéancier ait été fixé pour la réalisation des éléments du schéma, il retrace des dates qui sont autant de jalons pour l'évolution de la situation: «En 1992, ce fut l'adoption de la politique; en 1994, on a assisté à la mise en place de la collecte sélective dans les premières communes et à l'ouverture du premier centre de tri des ordures ménagères; en 1995, on a pris la décision de construire un nouvel équipement d'incinération pour la partie non-valorisation des déchets qui a été mis en service en 2001 et qui traite 350 000 tonnes par an de déchets ménagers résiduels n'ayant pu faire l'objet d'une valorisation en centre de tri ou organique en méthanisation; à ce chapitre, il y a eu progression, dans la mesure où on incinère de moins en moins de déchets et, surtout, où on en met de moins en moins en décharge. Il est à remarquer que la nouvelle unité d'incinération est devenue un récupérateur d'énergie qui a pris la forme, depuis 2001, d'une usine de production d'énergie pour 25 000 foyers de la métropole.»

La communauté urbaine se démarque en fait de deux façons: «On a une politique de gestion des déchets qui est assez exemplaire en France, pour deux raisons. D'abord, par rapport à la quantité de déchets d'emballage qui est détournée de l'incinération et de l'enfouissement, et ce, dans la mesure où, chez nous, nos habitants trient plus de cent kilos d'emballage par an et par habitant, ce qui, sur un gisement de 400 kilos par an, représente un peu plus d'un quart de ce dernier; c'est important. Par ailleurs, on est la seule grande agglomération française qui a fait le choix de demander à ses habitants de trier les biodéchets à la source, soit les déchets de cuisine et de jardin. On aurait pu décider de composter ou de mécaniser ces produits, mais la communauté a décidé en 2002 de construire une usine de méthanisation, qui est entrée en activité l'année dernière.»

Le travail se poursuit

En 2004, il y avait déjà 600 000 habitants qui procédaient au tri de leurs déchets d'emballage, signale Pierre Hirtzberger: «On a très vite senti la nécessité d'avoir un deuxième équipement pour les traiter. L'an dernier, on a donc mis en service celui-ci; évidemment, il ne ressemble pas au premier acheté en 1994, puisque dix années de progrès technologiques séparent ces deux ensembles de tri des emballages. Effectivement, ce plus récent équipement est beaucoup plus mécanisé que le premier et fait appel à des techniques plus évoluées.»

Il fait le point sur le chemin parcouru et sur la suite des opérations: «Où en sommes-nous rendus en 2008? On a construit deux centres de tri, une nouvelle unité de valorisation énergétique et une usine de méthanisation. On est maintenant dans un travail d'optimisation, c'est-à-dire d'amélioration constante de l'ensemble de nos services. Il s'agit d'entretenir les gestes de tri et de faire en sorte que les gens trient mieux, à la fois en qualité et en quantité; dans ce but, on effectue régulièrement un travail de communication auprès de nos habitants. Évidemment, on travaille aussi à l'amélioration de la conduite de nos installations de traitement en maximisant leur fonctionnement; pour les centres de tri, ça veut dire d'optimiser les quantités de déchets qui sont revendus sur le marché des matières premières secondaires, et pour l'usine d'incinération, ça veut dire de diminuer au minimum les rejets de celle-ci, et ce, bien au-delà de la réglementation européenne qui s'est imposée; dans le cas de celle-ci, on vise de plus l'amélioration des performances en production d'énergie électrique. Quant à l'usine de méthanisation, le travail porte sur l'optimisation de la production de biogaz; Lille valorise le biogaz de cette usine pour l'utiliser comme carburant dans la flotte de la communauté urbaine.»

En visite à Montréal

Pierre Hirtzberger participera au colloque de Montréal et situe ainsi l'angle de son intervention: «Je vais parler précisément du projet de méthanisation et détailler le processus décisionnel qui l'a entouré. Au-delà du schéma et de toute notre politique de gestion des déchets, je vais montrer comment, par la suite, on a réalisé cela, comment on a dimensionné l'équipement, quelles sont les technologies qui ont été choisies et comment on est arrivé en 2008 à avoir cette usine qui a été mise en service. Je vais parler uniquement du processus décisionnel entourant cette usine de méthanisation.»

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Collaborateur du Devoir