Les maires en visite au Japon - « Les Japonais ont vu dans leurs sacs d'ordures une source d'énergie »

Une mission de maires du Québec s’est rendue en visite à l’usine Thermoselect de Chiba, au Japon, en juin dernier, pour explorer les solutions technologiques de traitement des matières résiduelles.
Photo: Une mission de maires du Québec s’est rendue en visite à l’usine Thermoselect de Chiba, au Japon, en juin dernier, pour explorer les solutions technologiques de traitement des matières résiduelles.

Au Québec, les matières résiduelles, sauf celles qui sont recyclées, prennent généralement le chemin du site d'enfouissement. Au Japon, c'est le contraire. Il y a peu d'enfouissement et les déchets sont une source d'énergie. Un groupe d'élus de la grande région montréalaise s'est rendu sur place pour le constater. Compte rendu.

«Jamais je ne pensais utiliser les mots "belles choses" pour parler de déchets, lance d'entrée de jeu Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie. Mais il est surprenant de découvrir à quel point il est possible de traiter les déchets sans nuisances et sans odeurs.» Le tout dans des usines de traitement d'une propreté impeccable.

«On nous avait dit qu'il était possible de visiter ces usines en chaussettes, tant elles sont propres, et c'est vrai, souligne Gilles Vaillancourt, maire de Laval. J'aimerais que nos écoles soient aussi propres que ces usines.» En effet, une attention toute particulière est accordée à la propreté de ces installations.

«Au Japon, raconte Michel Desjardins, conseiller municipal de Longueuil, les bennes à ordures sont entièrement fermées. Les aires de déchargement sont à air inversé, de sorte que les odeurs ne peuvent pas s'échapper à l'extérieur. De plus, les camions sont entièrement lavés et désinfectés avant de ressortir.»

Cette façon de procéder permet d'installer ces usines de traitement des déchets près des zones résidentielles. «Il y avait au départ une crainte légitime de la population, que les autorités ont su surmonter, souligne Michel Gilbert, maire de Mont-Saint-Hilaire. Mais aujourd'hui, ces usines sont intégrées à la communauté. Par exemple, une usine que nous avons visitée avait mis en place un centre aquatique, avec piscines et terrasses, accessible à la population locale.» Et Gilles Vaillancourt de rajouter: «Lorsqu'on s'approche de l'usine, rien ne nous indique qu'il s'agit d'une usine de traitement des déchets. On dirait un bâtiment public, comme une bibliothèque municipale.» Impression que partage Suzanne Roy. «Ils ont même prévu des endroits pour recevoir les écoliers avec des jeux et des guides d'activités pour les enfants.»

Ici au Québec

Cette façon de traiter les déchets est-elle applicable au Québec? Si tous s'entendent pour dire que c'est applicable sur le plan technologique, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là d'une solution bien nipponne. «On a ici un exemple parfait du fait que les choix sont influencés par l'environnement, explique Jean-Marc Robitaille, maire de Terrebonne. Le Japon occupe un territoire limité et il n'y a pas d'espace pour des sites d'enfouissement.» C'est cette pénurie de sites d'enfouissement qui a forcé le Japon à mettre en place, à la fin des années 80, une autre démarche concernant le traitement des matières résiduelles. «Les Japonais ont vu dans leurs sacs d'ordures une source d'énergie.»

«Les Japonais ont choisi la voie de la valorisation, poursuit Gilles Vaillancourt. Ils en sont aujourd'hui à la deuxième génération de technologies. Mais peu importe la technologie, elle consiste en la gazéification des déchets par thermie.» Les gaz ainsi produits sont une source d'énergie en tant que telle, mais ils peuvent aussi servir à produire de l'électricité que l'on peut revendre.

Pareille solution est-elle envisageable au Québec? «Il faut d'abord continuer à travailler sur la récupération et le recyclage afin de réduire le sac vert», pense Jean-Marc Robitaille. Même son de cloche chez Michel Prescott, conseiller municipal de Montréal. «Il ne faudrait pas que l'application de ces technologies nous rende paresseux quant au recyclage et à la récupération. Ces technologies conviennent surtout aux résidus ultimes, c'est-à-dire ce qui reste après les 3R.»

Selon Michel Desjardins, il ne faudrait pas oublier les vertus du compostage. «Il faut mieux développer le compostage mécanique. Je rêve du jour où on aura tous un bac vert dans lequel on pourra déposer le gazon, les feuilles, les branches et autres matières compostables.» Comme le compostage mécanique, ou à aire fermée, récupère le méthane produit par le compostage, il a donc moins d'effets nocifs sur l'environnement que le compostage à aire ouverte. «De plus, le compost produit pourrait ensuite servir à alimenter une usine de gazéification.»

Nécessaire plan

Comme on peut le voir, les solutions ne manquent pas et elles sont à portée de la main, mais pas nécessairement à portée du portefeuille. «Il faut tenir compte des coûts, explique Jean-Marc Robitaille. Les technologies utilisées au Japon coûteraient environ 200 $ la tonne, tandis que l'enfouissement ne coûte que 75 $ la tonne. Comment refiler cette facture aux contribuables?»

Lentement, croit-il. «La transition doit se faire graduellement, mais elle est impossible s'il n'y a pas de plan d'ensemble. Et celui-ci doit venir de Québec. Il doit y avoir une politique claire quant aux objectifs de réduction ou d'élimination de l'enfouissement.» Tous s'entendent pour dire que, sans ce plan, il sera difficile d'aller de l'avant.

«Il nous faut le soutien financier du gouvernement, avance Suzanne Roy, si l'on veut passer à cette technologie.» Selon Michel Gilbert, le gouvernement du Québec doit procéder ici «de la même façon qu'il l'a fait dans le dossier du traitement des eaux usées.» De l'avis de Michel Desjardins, «cette politique ne peut qu'émaner du gouvernement du Québec. Tant que ce dernier ne s'est pas prononcé, les municipalités ne peuvent pas agir seules.»

Selon Gilles Vaillancourt, pareil programme de soutien financier aux municipalités pour les aider dans leurs efforts de mise en place des technologies plus efficaces ne serait pas aussi coûteux qu'on peut le croire à première vue.

«Il est vrai que l'enfouissement demeure la méthode la moins chère, mais seulement si on ne tient pas compte de la comptabilité environnementale. Par exemple, aujourd'hui, on peut acheter des crédits de carbone à la Bourse de Londres. Les émissions de GES ont un prix. Si on tient compte de ce prix, l'enfouissement devient la méthode la plus chère, à cause des GES émis, et la valorisation par la gazéification devient la moins chère. Comme le gouvernement Charest envisage de participer à une éventuelle Bourse du carbone, il serait possible alors de subventionner les nouvelles installations et de permettre aux municipalités de vendre leurs réductions de carbone auprès de la Bourse. Ensuite, les municipalités seraient tenues de remettre au gouvernement le profit de ces crédits de carbone.»

Quoi qu'il en soit, tous s'entendent pour dire que le temps de l'action est venu. «Il ne faut pas attendre d'être rendu à l'ultime problème avant d'agir», croit Suzanne Roy. Et Michel Prescott de conclure: «Si les coûts indiquent que c'est possible, on le fera. Mais il faut réduire les résidus ultimes. Moins il y aura de résidus ultimes, plus les coûts seront bas.»

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Collaborateur du Devoir
3 commentaires
  • marcel vinet - Inscrit 4 octobre 2008 08 h 45

    quelle bonne idée....

    ce sont des investissements surs pour l avenir de nos enfants,ca donne l espoir d un monde meilleur.....ce n est pas une question d argent,il n y a pas de perte dans la matiere,c est la meme chose au niveau de l argent,ce sont des projets pour faire marcher l économie.....

  • Jacques Lafond - Inscrit 4 octobre 2008 10 h 03

    Stopper l'enfouissement

    Bien oui, l'avenir est là. C'est évident. Il faut stopper l'enfouissement.

  • Michel Dufour - Inscrit 5 octobre 2008 14 h 52

    Le plus tôt sera le mieux

    Vivant à Terrebonne, et étant un grand participant à toutes les mesures de protection de l'environnement, je suis assez frustré de voir enfouir sur notre territoire, la masse de déchets provenant entre autre de Montréal. Tous doivent consentir un effort supplémentaire afin de réduire, sinon d'éliminer, l'enfouissement sur quelque territoire que ce soit!

    Si tous travaillons ensemble plutôt que se déchirer, nous parviendrons à de magnifiques résultats, comme nous en connaîssons à Terrebonne.