Récupération et mise en valeur - Au Canada, des citoyens paient pour chaque kilo d'ordures produit

Jeannot Richard, vice-président du secteur municipal, industriel, commercial et institutionnel chez Recyc-Québec
Photo: Jeannot Richard, vice-président du secteur municipal, industriel, commercial et institutionnel chez Recyc-Québec

En attendant la nouvelle politique gouvernementale de gestion des matières résiduelles, le temps est au bilan quant à l'actuelle politique qui prévaut en ce domaine. Observations, statistiques et autres analyses en compagnie d'un expert de Recyc-Québec.

La Société québécoise de récupération et de recyclage, mieux connue sous le nom de Recyc-Québec, a été créée en 1990 par le gouvernement du Québec. Dans le cadre de son mandat et en appui à la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008, Recyc-Québec oriente, met en oeuvre et coordonne des activités visant la mise en valeur des matières résiduelles en assurant notamment la gestion de plusieurs programmes, que ce soit celui qui porte sur la gestion des pneus hors d'usage ou encore celui qui se consacre à la récupération et à la consignation des contenants à remplissage unique. Cette instance a aussi pour mission d'informer et de sensibiliser la population et les organismes en tout genre quant à l'importance de la réduction à la source, au réemploi et au recyclage des matières résiduelles par l'entremise de son programme Verrr 2008.

Des chiffres, toujours des chiffres...

Présentation faite, parlons chiffres. Par rapport à l'année 2004, la récupération a fait un bond de 26 % en 2006 (à l'exclusion des boues municipales) pour s'établir à 6 235 000 tonnes dans l'ensemble de la province, d'après le plus récent bilan de Recyc-Québec. Des progrès importants ont donc été accomplis, compte tenu de la hausse démographique de 1,4 % survenue durant cette même période, notent les auteurs du document. En 2006, le taux de récupération et de valorisation, exprimé par rapport au potentiel de matières qui peuvent être valorisées, s'est établi à 52 %, en hausse de trois points de pourcentage comparativement à 2004 (49 %). Soulignons au passage que ce taux était de 47 % en 2002 et de 39 % en 2000.

Ainsi, trois secteurs d'activité sont concernés par les plus récents chiffres, soit le volet municipal avec un taux de récupération de 32 %, dont l'objectif est de 60 %, le volet industrie, commerce et institution (ICI) avec un taux de 49 % (l'objectif étant fixé à 80 %), ainsi que le volet de la construction, rénovation et démolition (CRD) avec un taux de 69 %, dépassant largement l'objectif de 60 %.

Cette croissance de 1,3 million de tonnes (Mt) est attribuable principalement à trois matières: les résidus organiques (plus de 135 000 tonnes, soit une augmentation de 60 %), le papier et le carton (155 000 tonnes ou 15 %) et surtout les matériaux secs provenant du secteur CRD (904 000 tonnes ou 45 %). Ces trois catégories de matières combinées représentent 92 % (soit 1,2 Mt sur une augmentation totale de

1,3 Mt) de l'augmentation du tonnage de matières résiduelles récupérées entre 2004 et 2006.

Puisque l'objectif de la politique gouvernementale est d'atteindre un seuil de récupération totale de 65 %, cela signifie que le Québec n'est plus qu'à 13 points de pourcentage de cette cible, précise-t-on dans le bilan 2006 de Recyc-Québec.

D'autres chiffres? En 2006, la production de matières résiduelles s'est accrue de 14 % comparativement à 2004, pour un total de 12 952 000 tonnes de résidus générés dans les trois secteurs d'activité. Ce phénomène peut s'expliquer par la performance économique de la province: le PIB a augmenté de 3,9 % entre 2004 et 2006 et les dépenses personnelles des ménages ont connu une hausse de 6,5 %, auxquels s'ajoutent tous les investissements en infrastructures qui se poursuivront au cours des prochaines années, indiquait-on dans un communiqué publié en novembre 2007.

Il faut noter aussi que les Québécois ont récupéré presque autant de matières résiduelles qu'ils en ont éliminé en 2006. Si cette tendance se maintient, il est dit que, vers la fin de 2008, la société québécoise récupérera davantage de matières résiduelles qu'elle n'en éliminera, selon les prévisions. Le Québec serait donc sur la bonne voie au titre des objectifs de la politique gouvernementale, croit Jeannot Richard, vice-président du secteur municipal, industriel, commercial et institutionnel chez Recyc-Québec.

Si, dans une large perspective, il y a matière à réjouissances, il est un volet du secteur municipal qui est toujours problématique, soit celui de la récupération des matières organiques, admet-il. Ainsi, si le taux de récupération des papiers et des cartons atteignait 75 % en 2006, alors que l'objectif est de 60 %, à l'opposé, les matières organiques affichent le plus bas taux de récupération, soit 8 %, quand l'objectif est fixé à 60 %.

«On est, dans ce cas, très loin de l'objectif. D'ailleurs, le défi de la future politique gouvernementale sera de se demander comment on doit atteindre les objectifs quant aux matières organiques, qui sont l'une des principales causes des gaz à effet de serre. Ce sont des matières vivantes, contrairement au verre, par exemple, qui ne crée aucun problème écologique sauf de prendre de l'espace dans un site d'enfouissement. Il faudra donc s'y attaquer», note M. Richard.

Que faire? «La gestion des matières organiques commande un travail d'organisation de collecte et de traitement. Vous savez, la collecte sélective du papier, du carton, du verre, du plastique et du métal se fait depuis les années 1990. Elle a donc eu le temps de s'organiser et se consolider, mais cela a pris 15 à 20 ans avant d'en arriver aux résultats d'aujourd'hui. Dans le cas des matières organiques, on remet quasiment l'horloge à zéro. Le défi des municipalités est donc d'intégrer cette collecte par l'entremise d'une troisième voie et du tricompostage, par exemple, sans pour autant augmenter le coût global pour le citoyen». Défi de taille, en effet...

Ne ramassez pas votre pelouse!

M. Richard fait également remarquer que, à long terme, le principal défi qui se profile à l'horizon sera de «ralentir la production de matières résiduelles». Une des mesures qu'il propose, c'est d'appliquer le principe de l'herbicyclage. Le quoi? «En fait, c'est de laisser l'herbe sur le gazon une fois tondu. Il y a beaucoup d'endroits où les gens jettent à la poubelle la pelouse tondue, alors que l'herbe doit être laissée sur la pelouse, ce qui induit ainsi des avantages économiques et agronomiques. D'ailleurs, il y a de plus en plus de municipalités qui ont voté des règlements qui encouragent leurs citoyens à agir ainsi.»

Dernière chose, mais non la moindre. Jeannot Richard rappelle qu'au Canada des citoyens de quelque 200 municipalités, situées principalement en Colombie-Britannique et en Ontario, paient pour chaque kilo d'ordures produit. C'est une politique que l'on appelle «Pay as you throw» («Payez pour ce que vous jetez»), dit-il. Par ailleurs, M. Richard se désole de constater qu'aucune municipalité québécoise n'a encore emboîté le pas en ce sens. «Par exemple, en Nouvelle-Zélande, au moment où vous payez votre compte de taxes, on vous remet 52 sacs. Et si un citoyen en désire un autre, eh bien, il le paye.»

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Collaborateur du Devoir