Communauté métropolitaine de Montréal - Et si en 2025 on recyclait la totalité des résidus...

«Ce que nous cherchons à faire, explique Massimo Iezzoni, directeur général de la Communauté métropolitaine de Montréal, c’est de mettre en oeuvre des solutions qui correspondent aux grandes préoccupations sociales que sont la protection de l
Photo: «Ce que nous cherchons à faire, explique Massimo Iezzoni, directeur général de la Communauté métropolitaine de Montréal, c’est de mettre en oeuvre des solutions qui correspondent aux grandes préoccupations sociales que sont la protection de l

Peut-on imaginer que, d'ici 15 ou 20 ans, on n'aura plus besoin d'enfouir le moindre de nos déchets? Tout à fait, affirme sans hésiter Massimo Iezzoni, directeur général de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). «Ce que nous proposons, à la CMM, c'est justement une nouvelle vison de la gestion des matières résiduelles, dit-il. Notre vision, c'est le 3RV et le zéro enfouissement d'ici 2025.»

Le défi que pose le degré zéro de l'enfouissement est de taille, puisque la région métropolitaine de Montréal — qui rassemble 48 % de la population du Québec résidant dans les 82 municipalités de l'île de Montréal et de ses couronnes Nord et Sud — génère plus de 6 millions de tonnes de déchets par année. Notons que le quart seulement de ces déchets sont d'origine résidentielle, puisque 27 % proviennent des industries, 23 % de la construction et de la rénovation, 13 % des commerces, 3 % des institutions, alors que 8 % sont des boues municipales. Or à peine le quart de toutes ces matières résiduelles sont recyclées d'une façon ou d'une autre. Il s'agit donc, pour les responsables de la CMM, de trouver le moyen de valoriser les trois grandes catégories de déchets, à savoir les matières recyclables, les résidus organiques et ce qui reste, c'est-à-dire les «résidus ultimes».

«Ce que nous cherchons à faire, explique Massimo Iezzoni, de la Communauté métropolitaine de Montréal, c'est de mettre en oeuvre des solutions qui correspondent aux grandes préoccupations sociales que sont la protection de l'environnement, la lutte contre les changements climatiques et la valorisation de nos déchets.»

M. Iezzoni fait remarquer que, premièrement, l'enfouissement zéro est très important lorsqu'on songe à toutes les nuisances que causent les sites d'enfouissement. Deuxièmement, grâce au traitement biologique et thermique des résidus, nous pourrions éviter l'ajout de 730 000 tonnes de gaz à effet de serre, ce qui correspond à 5 % de l'objectif québécois. Troisièmement, nous pourrions transformer nos déchets en énergie, en chaleur, en biodiesel, en éthanol ou en méthanol, ce qui nous permettrait de participer à l'objectif de la stratégie énergétique québécoise. En même temps, nous pourrions créer une grappe métropolitaine des technologies de l'environnement, ce qui ferait en sorte que les entreprises québécoises développent un créneau dit de technologie propre dans la gestion des matières résiduelles. «Intéressant, n'est-ce pas?», lance-t-il avec enthousiasme.

« C'est possible... puisque d'autres le font déjà »

Le directeur général de la CMM rapporte qu'on récupérerait déjà 60 % des matières recyclables, soit les papiers, le verre, les plastiques et le métal qu'on met dans nos bacs verts. Voilà qui serait un bon résultat puisque, il y a deux ans à peine, on ne récupérait que 48 % des matériaux recyclables. «Nous allons très certainement atteindre ces 60 % cette année, affirme M. Iezzoni. Nous l'avions indiqué dans notre planification et vous allez le voir dans les données que nous publierons en 2009. C'est une première bonne nouvelle.»

Par contre, en ce qui concerne les résidus organiques — les déchets de table — seulement 8 % sont traités à l'échelle du Grand Montréal. «C'est là qu'on est rendu, indique-t-il. Nous réfléchissons actuellement aux solutions les plus adéquates et les plus performantes.» À ce chapitre, Montréal est en retard sur la plupart des centres urbains canadiens puisque, par exemple, à Toronto on traite déjà 30 % des matières organiques, alors qu'à Halifax on atteint même 70 %. La région montréalaise se classe en fait au 26e rang — sur 28 — des villes canadiennes.

Comme l'indique un récent rapport de la CMM: «Contrairement à la collecte des matières recyclables, la collecte de résidus organiques est peu développée dans le Grand Montréal... Pour atteindre l'objectif de 60 %, la quantité de résidus organiques récupérés devrait être multipliée par huit.»

Pourtant, il s'agit de matières fort intéressantes puisque, entre autres, on pourrait aisément les transformer en carburant, souligne M. Iezzoni. «Déjà, à Lille, en France, une usine de méthanisation traite 100 000 tonnes de matières putrescibles, indique-t-il, ce qui alimente tous les autobus de la société de transport de la ville. Nous pourrions faire la même chose ici à Montréal; en valorisant les résidus organiques, on ferait rouler nos autobus!»

De même, le rapport relate que, «malgré l'atteinte des objectifs de récupération, la quantité de résidus ultimes à enfouir ne diminue pas». Cette quantité demeure à 1,3 million de tonnes par année, 55 % de ces résidus étant tout bonnement «exportés» vers les dépotoirs, comme celui de Lachenaie.

Vers le développement d'une industrie technologique propre

Malgré tout, Massimo Iezzoni clame que nous ne sommes pas en retard. «Mais non, dit-il, puisqu'il faut comprendre que nous avons adopté notre plan de gestion régionale des matières résiduelles en 2005. Depuis, nous suivons notre planification, et je pense même que nous allons accélérer le tempo lorsque nous disposerons de centres de traitement efficaces et performants.»

En fait, rapporte-t-il, la CMM réfléchit actuellement aux solutions de rechange disponibles permettant d'atteindre l'enfouissement zéro d'ici vingt ans. «C'est parfaitement faisable, dit-il, puisque déjà, au Japon, des usines de gazéification transforment les résidus ultimes en énergie tout en ne produisant aucune émission atmosphérique. Et le peu des

matières qui restent est utilisé pour faire du pavé uni. C'est zéro enfouissement!»

M. Iezzoni souligne enfin qu'il existe une autre façon de contribuer à la gestion des matières résiduelles: régler le problème «à la source» en évitant le suremballage et le gaspillage. «Évidemment, dit-il, si tout le monde faisait attention, on pourrait collectivement générer moins de déchets. Nous, à la CMM, on se préoccupe donc du volet essentiel de sensibilisation auprès des citoyens. Il faut considérer la notion de réduction à la source comme tout aussi importante que l'effort de collecte et de traitement des déchets. Nous travaillons également là-dessus, puisque lorsqu'il y a moins de déchets à traiter, c'est autant d'économisé!»

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Collaborateur du Devoir