Une deuxième vie pour les résidus!

Dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier, la Communauté métropolitaine de Montréal pilotera un colloque portant sur les matières résiduelles et sur les solutions autres que l'enfouissement en vue de résoudre le problème de ces objets devenus inutiles et, hier encore, voués aux dépotoirs. Bienvenue dans le monde des «vidanges» utiles.

Le Québec a pris le virage du recyclage depuis déjà plusieurs années. Toutefois, en matière de compostage et de solutions de rechange à l'enfouissement, rien ne bouge. Pourtant, ce ne sont pas les technologies qui manquent, ni les exemples à suivre.

«Si le Québec est en retard dans le domaine du compostage, c'est qu'il n'a pas été obligé d'aller de l'avant. Lorsque le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a adopté une loi pour interdire l'enfouissement de matières organiques dès 1998, les municipalités ont dû se tourner vers la valorisation», indique d'emblée Françoise Forcier, vice-présidente et directrice de projets chez Solinov, une firme d'experts-conseils en environnement spécialisée dans la gestion de matières organiques.

Or, au Québec, on a des objectifs. Et ils n'ont pas été atteints. «On voulait valoriser 60 % des résidus organiques au Québec en 2008, alors qu'on en valorise seulement 8 %», précise Mme Forcier.

Toutefois, le compostage dans un milieu aussi densément peuplé que celui de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) ne se fait pas en criant «ciseau». Aussi, il y a les résidus ultimes — ce qui reste dans notre poubelle une fois qu'on a enlevé les matières organiques et recyclables — qu'on veut aussi valoriser plutôt qu'enfouir. Les procédés sont dispendieux, ce qui explique pourquoi la CMM s'est tournée vers le gouvernement du Québec pour financer une bonne partie des infrastructures. Pour appuyer ses demandes, la CMM a commandé un rapport de comparaison des technologies de gestion des matières résiduelles à SNC-Lavalin, qui a délégué à Solinov tout ce qui touche aux matières organiques.

Compostage ouvert ou fermé

À Montréal, on fait du compostage à aire ouverte de feuilles mortes sur le terrain de l'ancienne carrière Miron. Toutefois, lorsqu'il est question de traiter les résidus alimentaires, Solinov en conclut que cette technique n'est pas une option à envisager dans un centre urbain comme Montréal.

«Pour une question d'espace, d'odeurs et d'oiseaux, on doit se tourner vers des infrastructures fermées avec captage et traitement de l'air pour en retirer les odeurs. L'usine devrait aussi se retrouver dans un quartier industriel pour minimiser la résistance des citoyens», explique Mme Forcier.

Solinov considère qu'une telle usine est facile à exploiter et intéressante puisqu'elle peut traiter tous les types de matières organiques. Toutefois, cette option représente un investissement beaucoup plus important que le compostage à aire ouverte.

Digestion anaérobie

Encore plus dispendieuse mais, d'après Solinov, comportant aussi plus d'avantages, surtout pour traiter les résidus alimentaires, il y a la digestion anaérobie. «Comme dans un site d'enfouissement, la matière est digérée, sauf qu'ici ça se passe dans un réacteur et tout le biogaz produit est récupéré et transformé en énergie. Par la suite, on transforme la matière restante en compost», explique Mme Forcier.

Solinov voit donc plusieurs avantages dans cette technologie, mais, comme elle est dispendieuse, il est nécessaire de trouver une usine à proximité pour acheter l'énergie produite. «Il serait intéressant pour la CMM d'aller de l'avant avec les trois technologies de valorisation de la matière organique pour en retirer le maximum de bénéfices au moindre coût. C'est d'ailleurs, jusqu'à présent, ce à quoi Montréal donne la priorité», affirme Françoise Forcier.

Et le reste des déchets?

Enfin, il y a environ 40 % des matières résiduelles qui ne peuvent être ni récupérées, ni compostées. SNC-Lavalin a examiné les techniques qui se prêtent à des collectivités de plus de 400 000 habitants et a éliminé les technologies qui ne sont pas encore éprouvées. D'après les études de la firme, l'incinération serait tout de même préférable à l'enfouissement traditionnel parce qu'elle brûle le carbone pour le transformer en énergie propre.

«Toutefois, avec l'incinération, il reste environ 25 à 35 % de résidus imbrûlés qui doivent être envoyés dans les sites d'enfouissement spéciaux parce qu'ils peuvent être dangereux. C'est quand même mieux d'enfouir 30 % de la matière que 100 %, mais un jour on manquera d'espace et il faudra aussi penser à décontaminer les terrains. De plus, il faut se rappeler qu'on vise l'enfouissement zéro», indique Jacques Trottier, directeur, Eau et matières résiduelles, chez SNC-Lavalin.

Il y a aussi la gazéification qui, même si elle représente des coûts très élevés, est une technique très prometteuse, d'après SNC-Lavalin. «Cette technique ressemble à l'incinération, sauf qu'elle se fait à une température beaucoup plus élevée — entre 2000 et 5000 degrés Celsius. L'avantage, c'est que tout y fond et il en ressort deux choses. D'abord, un gaz de synthèse qu'on récupère pour faire de l'énergie, ensuite, du vitrifiant inoffensif et sans odeur qui ressemble à de la pierre concassée et qu'on peut utiliser pour faire du béton», explique M. Trottier.

Futuriste, tout ça?

Mais est-ce que ces technologies sont vraiment à notre portée? «La digestion anaérobie est relativement nouvelle en Amérique du Nord, mais il y a une usine fonctionnelle à Toronto depuis déjà quelques années et c'est plus développé en Europe, indique Mme Forcier. Le compostage fermé est plus courant, en Nouvelle-Écosse notamment et en Ontario.»

Quant à la gazéification, un projet-pilote a lieu actuellement à Ottawa, et elle a aussi fait ses preuves au Japon, qui utilise la technologie depuis une dizaine d'années. Le grand problème réside évidemment dans ses coûts d'implantation. «Mais si on compare les coûts avec l'enfouissement, il faut prendre en considération les coûts de décontamination des terrains et les retours d'argent que le gouvernement pourra faire en vendant, à la Bourse mondiale de carbone, les tonnes économisées. En fin de compte, l'investissement serait beaucoup moins important qu'il en a l'air», affirme M. Trottier.

Pour Françoise Forcier, il est plus que temps de penser aux technologies de pointe pour valoriser les déchets, surtout que ces projets nécessitent beaucoup d'infrastructures, de planification et d'investissements.

Et c'est sans compter la levée de boucliers — qui est à prévoir — des gens qui se retrouveront voisins de ces usines. Toutefois, Mme Forcier tient à rassurer la population. «Souvent, les gens s'opposent à ces projets en raison des expériences malheureuses, dans le passé, dans le domaine des matières résiduelles. Aujourd'hui, on parle de projets complètement différents qui exploitent des technologies très performantes qui ont fait leurs preuves. Il ne faut pas avoir peur.»

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Les Meilleures Pratiques de traitement et de valorisation des matières résiduelles - Un colloque présenté à l'hôtel Omni Mont-Royal, les 6 et 7 octobre prochains

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Collaboratrice du Devoir