Les pluies acides rongent toujours les forêts

Selon les écologistes, le problème des changements climatiques a occulté celui des pluies acides, qui est pourtant encore bien réel.
Photo: Agence Reuters Selon les écologistes, le problème des changements climatiques a occulté celui des pluies acides, qui est pourtant encore bien réel.

Selon une étude du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), la «charge critique d'azote est dépassée ou presque dans toutes les régions du Québec», ce qui réduit la croissance des forêts, frappe à nouveau les lacs et leur faune et contribue, dans une mesure indéterminée, aux proliférations d'algues bleu-vert.

Cette étude récente sur l'impact combiné des précipitations acides et du prélèvement de la biomasse forestière sur le maintien à long terme de la fertilité des sols forestiers est signée par deux spécialistes du ministère, Rock Ouimet et Louis Duchesne.

Elle révèle notamment que les contrats accordés par Québec dans le cadre de sa politique énergétique pour exploiter la biomasse forestière en remplacement du charbon et du pétrole réduit le pouvoir tampon des sols forestiers, qui sert à neutraliser les apports acides, toujours trop intenses malgré l'entente canado-américaine de 1992.

Ces apports en azote, précise l'étude, remplacent en importance ce que le ruissellement des sols par l'eau peut y enlever. Mais l'autre facteur aggravant, c'est la récolte des arbres en entier pour les brûler à des fins énergétiques en remplacement du pétrole ou du charbon, car cette «exportation» de matière ligneuse prive le sol d'une partie importante de minéraux qui servent à neutraliser la pollution acide.

D'autre part, les pluies acides ne contiennent pas que de l'azote, un élément chimique mis de côté par les programmes de réduction convenus par le Canada et les États-Unis dans les années 90. Plusieurs chercheurs pensent que la complexité de la chimie de l'azote explique qu'on l'ait mis de côté, notamment par le fait que l'azote s'accumule lentement dans les sols et les sédiments, et aussi, de diverses façons difficiles à cumuler pour des bilans précis.

Par contre, le soufre (SO2), qui acidifie rapidement lacs et forêts, continue de contaminer nos écosystèmes en provenance principalement des centrales thermiques au charbon et du parc automobile, malgré l'entente canado-américaine.

Or, note l'étude des chercheurs Ouimet et Duchesne, la charge critique de soufre est elle aussi présentement dépassée pour 13,2 % des forêts du Québec lorsqu'on y récolte seulement les troncs d'arbre et que les branches s'y décomposent, ce qui enrichit le sol en minéraux.

Mais là où on autorise la récolte des arbres entiers à des fins énergétiques, la charge critique en soufre est dépassée sur 38,8 % du territoire, ce qui amène les chercheurs à recommander de contrôler ces pratiques pour préserver le pouvoir tampon des forêts.

Les deux chercheurs ont aussi regardé l'effet combiné des deux éléments chimiques à long terme: «Leur charge critique, écrivent-ils, est dépassée sur environ 50 % du territoire québécois, et ce, quel que soit le mode de récolte», un diagnostic inquiétant pour la productivité à long terme.

Un problème occulté

Pour le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle, «cette étude démontre que le problème des pluies acides n'est pas réglé, qu'il reprend peut-être de la vigueur et qu'il a sans doute des impacts qu'on ne veut pas voir, comme sur la prolifération des algues bleu-vert».

À son avis, le problème des changements climatiques «a occulté celui des pluies acides, même s'il n'était pas réglé».

«Plusieurs pensaient qu'en se concentrant sur les émissions de gaz à effet de serre, dit-il, on réglerait du même coup les émissions acides. Cela n'a pas été le cas et, en réalité, on a occulté un problème pour passer à un autre, démontrant, s'il en fallait une preuve, que bien des politiciens n'arrivent pas à mâcher de la gomme et à marcher en même temps...»

À l'AQLPA, dit-il en substance, on insiste depuis les années 80 pour attaquer simultanément le problème des rejets d'azote sous toutes ses formes et les émissions de soufre. Mais à l'époque, comme aujourd'hui, quand on parle de l'azote, on passe pour des Martiens pendant que l'acidité continue de rogner la productivité de nos forêts et de miner la santé de nos lacs, qu'on ne suit pas aussi systématiquement, comme dans les années 80.
2 commentaires
  • Chryst - Inscrit 3 octobre 2008 15 h 07

    C'est scandaleux

    Il est plus que temps que la gent politique s'ouvre les yeux.Que plus de la moitié du territoire voit sa productivité menacée cela est inquiétant.

    Il y a de quoi remettre en question plusieurs de nos comportements vis-à-vis la terre et les ressources.

    Il est inquiétant qu'un spécialiste en pêche doive se la fermer du fait que ses observations sur les effets néfastes des pluies acides dérangent.

  • Jean Noël Laflamme - Abonné 3 octobre 2008 17 h 15

    Un besoin urgent de combattants lucides

    Dans les années 70 on a découvert la pollution locale provenant des cheminées et des automobiles (oxydes d'azote et de souffre, ozone troposphérique). Dans les années 80 la pollution est devenue régionale et continentale en raison du tranport atmosphérique des polluants. On a commencé à s'entendre entre voisins. On a alors été distrait par une nouvelle pollution, la réduction de l'ozone stratosphérique, un premier problème golbal réglé temporairement par les industries et les États. Ce n'était qu'un début, car un autre problème global est apparu. Trop de CO2 s'accumulait dans l'atmosphère, dans les océans et dans le sol. C'était trop. On a commencé par nier le problème et par décrier les scientifiques. Pour faire simple on a ajouté le CO2 sur la liste des polluants locaux ou régionaux. Par bonne conscience chacun a commencé à recycler ses journaux qui sont maintenant livrés en auto. Les écologistes sont fatigués de crier au loup. La pollution locale est toujours là avec en prime les fumées des poêles à bois. Les pluies acides n'ont pas disparues. L'ozone stratosphérique a été sauvé de justesse, un sauvetage fait augmenter les gaz à effet de serre. Les citoyens ne savent plus où donner de la tête, car il constate dans sa propre cour une perte de bio-diversité ...même les chats seraient une espèce en perdition car la chatte de les retrouve plus..même avec une approche territoriale..
    Jean N Laflamme, Saint-Bruno-de-Montarville
    jean.nlaflamme@videotron.ca