Québec relance les minicentrales

Comme le gouvernement Harper en culture, Québec vient de faire un pied de nez à une partie importante du monde artistique québécois en relançant hier le programme des minicentrales hydroélectriques, avec un «premier» bloc d'énergie de 150 MW.

Un projet de règlement à cette fin a été publié dans la Gazette officielle en vue d'une consultation publique de 45 jours, après quoi Québec pourrait l'édicter en 15 jours.

À l'époque du gouvernement Landry, la mobilisation de la colonie artistique avait fait échec à la relance des minicentrales au Québec.

Le nouveau programme de minicentrales ne sera pas exclusivement privé comme l'ancien. Les projets devront être contrôlés au moins à 51 % par des communautés locales, régionales ou autochtones, leur assurer des bénéfices certains, avoir fait l'objet d'une consultation publique et être appuyés par le milieu «local ou régional».

Au cabinet de la ministre intérimaire des Ressources naturelles et de la Faune, on précise que les projets devront fournir de l'électricité à 7,5 ¢ maximum pour obtenir le feu vert.

Réplique immédiate

La réplique de la Fondation Rivières, cofondée par le comédien Roy Dupuis, a été immédiate.

Pour sa directrice, Anne-Marie Saint-Cerny, il s'agit d'un projet «irresponsable à l'heure où la qualité de l'eau est problématique, où les dernières grandes rivières sont harnachées, où l'exploitation gazière annoncée polluera des millions de mètres cubes d'eau et où la pollution agricole sévit. Tout projet qui vient détruire les écosystèmes des dernières rivières saines est un non-sens et un danger».

Voilà qui «sent les élections à plein nez», ajoute-t-elle, car les gros promoteurs privés vont se ruer avec leurs consultants et leurs professionnels sur les maires des petites municipalités exsangues de la Côte-Nord, comme si c'était un bien leur appartenant alors qu'il s'agit en réalité d'un patrimoine national.

«Québec devrait aider toutes ces municipalités dans le besoin avec des subventions transparentes et équitables au lieu de laisser certaines d'entre elles brader avec des intérêts privés le patrimoine de tout le monde», dit-elle.

La Fondation Rivières conteste le «mythe» de l'énergie propre: à preuve, dit-elle, Hydro-Québec ne montre jamais les tronçons de rivières asséchées, les milieux humides perdus et les chutes bétonnées, perdues à jamais, pour vanter plutôt son «énergie propre» avec des chutes qui ont échappé au béton.

Enfin, cette énergie est inutile, dit-elle, sauf pour enrichir les amis du régime, consultants et professionnels, à la veille des élections, dit-elle. À preuve, ajoute-t-elle, Québec a tellement de surplus qu'il doit rembourser 200 millions à TransCanada Energy pour qu'elle ferme sa centrale de Bécancour. Et c'est sans compter l'énergie qui sera disponible avec les projets en marche sur la Rupert et la Romaine alors que les États-Unis plongent en récession, une autre «erreur de planification» dont les Québécois pourraient faire une autre fois les frais, à son avis.