Cinar accusé de plagiat - L'apparition du dessin animé Robinson Sucroë a démoli Claude Robinson

Claude Robinson a vécu en accéléré toutes les étapes d'un deuil après que Cinar eut mis en ondes le dessin animé Robinson Sucroë. Démoli psychologiquement, il est vite devenu incapable de fonctionner en société, selon le témoignage de son ami et partenaire d'affaires Claude Dagenais.

C'est à l'automne 1995 que la vie de M. Robinson a basculé. Cinar et France-Animation ont lancé Robinson Sucroë, une oeuvre attribuée au scénariste français Christophe Izard qui, selon Claude Robinson, constituerait un acte de pur plagiat.

Claude Dagenais, le président d'une entreprise de production de matériel éducatif, IDG, a témoigné en termes éloquents de ses impressions lorsqu'il a vu un épisode de Robinson Sucroë pour la première fois. «L'image que j'avais à la télé, ce n'était pas l'image de Claude. C'était Claude que je voyais, c'était l'évidence même», a-t-il dit au juge Claude Auclair.

Dans les circonstances, il s'est désintéressé du projet de Claude Robinson. «Pour nous, ça devenait dangereux. C'est comme si on avait quelque chose de radioactif entre les mains. On aurait pu avoir un litige avec Cinar parce que c'était trop pareil», a expliqué M. Dagenais.

Claude Robinson était pour sa part brisé. Il a quitté IDG, prétextant qu'il était incapable d'accomplir du travail créatif. Peu de temps après ces événements, M. Dagenais se souvient d'un souper dans un restaurant au cours duquel il a dû raccompagner son ami Robinson car il n'arrêtait plus de sangloter. «Il ne fonctionnait plus normalement en société, c'était clair. Psychologiquement, il était complètement défait. Ce n'était plus notre Claude», a dit M. Dagenais pendant que Claude Robinson essuyait discrètement ses larmes dans la salle d'audience.

Un cédérom

Peu avant que Cinar lance les aventures de Robinson Sucroë, Claude Robinson espérait toujours vendre son projet, intitulé Robinson Curiosité. En 1994, il tentait de le mettre en marché sous forme d'un cédérom interactif, avec le concours de M. Dagenais, et le fabricant d'ordinateurs Philips.

Un ancien démarcheur de Philips, Yvon Legault, a indiqué hier que le projet de M. Robinson était «fabuleux» et «génial», dans la mesure où les personnages principaux pouvaient être utilisés à toutes les sauces pour produire du matériel pédagogique pour enfants. Le président de Philips Canada est venu expressément de Toronto pour assister à une présentation de Claude Robinson à Montréal. La haute direction de Philips était si emballée qu'elle voulait développer les personnages en 26 langues.

Philips a aussi accueilli comme une douche froide la série de Cinar. Les deux oeuvres étaient si semblables qu'Yvon Legault croyait que Claude Robinson avait réussi à tourner un pilote lorsqu'il a vu Robinson Sucroë. «On n'avait aucun intérêt à commercialiser dans ces conditions-là», a conclu M. Legault.
2 commentaires
  • Régine Pierre - Inscrite 1 octobre 2008 08 h 14

    Tuer la création et l'inovation

    Société jeune et dynamique, le Québec est un pays riche de créateurs et d'innovateurs dans tous les domaines aussi bien scientifiques que technologiques ou culturels. Mais justement parce que c'est un pays jeune il ne mesure pas à sa juste valeur ce que la création et l'innovation supposent de talents, d'investissement personnel et de travail. Les nouvelles technologies créent l'illusion du savoir directement accessible et de la création au bout des doigts. Le plagiat est monnaie courante chez nous. On le voit avec Monsieur Harper aujourd'hui. Mais combien d'entre nous se sont fait voler leurs idées, leur travail, le fruit de toute une carrière? Combien d'entre nous ont vécu ce que Claude Robinson a vécu? L'impression de se dissoudre et de disparaître avec l'oeuvre que l'on nous volée.

    Au Québec, on n'envoie pas les créateurs, les intellectuels ou les dissidents en prison; on ne les tue pas sur la place publique. On s'en débarrasse en les tuant psychologiquement. C'est plus raffiné, plus discret, mais tout aussi mortel. «La meilleure façon de tuer un homme c'est de l'empêcher de travailler» disait le poète. Est-ce Félix, Vigneault ou peut-être Yvon Deschamps? Pardon si je ne me souviens pas; avec l'âge je perds un peu de ma mémoire chaque jour. Mais je garde l'essentiel, la trame d'une vie tissée par des mots qu'un jour des poètes ont semés sur ma route. Les poètes, les chanteurs, les acteurs, les auteurs de bandes dessinées, de jeux vidéos ou de livres pour enfants, les auteurs de matériels didactiques, les enseignants, les chercheurs universitaires... quels que soient leur champ de compétence, les créateurs ne font pas que distraire ou se distraire; ils mettent de la couleur dans nos vies, ils leur donnent un sens, une finalité.

    Quand les enfants dans la «Cour des grands», cette nouvelle émission à TVA, chantaient, dimanche dernier: «J'aurais voulu être un artiste», j'ai frissonné comme chaque fois que j'entends cette chanson mais ce frisson était un frisson de l'âme. Ces enfants de 8-10 ans à la voix d'ange, beaux comme des dieux, comblés de talents, ne faisaient pas que reprendre une des grandes chansons québécoises, écrite par l'un de nos plus grands chanteurs, ils reprenaient à leur compte le rêve de tous ceux qui, un jour ou l'autre, s'identifient aux artistes, à ce que représentent les artistes dans une société: l'ouverture à un ailleurs meilleur.

    Dans l'Antiquité, les poètes, les aèdes, avaient un statut presque divin. Les Grecs croyaient qu'ils tenaient leur inspiration des muses. Les muses leur insufflaient la connaissance du passé et de l'avenir et elles leur permettaient de comprendre le présent au-delà des apparences et des opinions trompeuses des politiciens. Une société, comme le Québec, qui, à l'image des États-Unis, valorise plus l'argent et le pouvoir que la création et l'innovation est vouée à la grisaille d'une vie sans couleur, sans saveur et sans odeur. Une vie sans identité.

    Bonne chance, monsieur Robinson. J'espère que vous obtiendrez justice et que votre cause fera jurisprudence.

  • Régine Pierre - Inscrite 2 octobre 2008 08 h 40

    Tuer la création et l'innovation (corrigé)

    Société jeune et dynamique, le Québec est un pays riche de créateurs et d'innovateurs dans tous les domaines aussi bien scientifiques que technologiques ou culturels. Mais justement parce que c'est un pays jeune il ne mesure pas à sa juste valeur ce que la création et l'innovation supposent de talents, d'investissement personnel et de travail. Les nouvelles technologies créent l'illusion du savoir directement accessible et de la création au bout des doigts. Le plagiat est monnaie courante chez nous. On le voit avec Monsieur Harper aujourd'hui. Mais combien d'entre nous se sont fait voler leurs idées, leur travail, le fruit de toute une carrière? Combien d'entre nous ont vécu ce que Claude Robinson a vécu? L'impression de se dissoudre et de disparaître avec l'oeuvre que l'on nous a volée. Au Québec, on n'envoie pas les créateurs, les intellectuels ou les dissidents en prison; on ne les tue pas sur la place publique. On s'en débarrasse en les tuant psychologiquement. C'est plus raffiné, plus discret, mais tout aussi mortel. «La meilleure façon de tuer un homme c'est de l'empêcher de travailler» disait le poète. Est-ce Félix, Vigneault ou peut-être Yvon Deschamps? Pardon si je ne me souviens pas; avec l'âge je perds un peu de ma mémoire chaque jour. Mais je garde l'essentiel, la trame d'une vie tissée par des mots qu'un jour des poètes ont semés sur ma route. Les poètes, les chanteurs, les acteurs, les auteurs de bandes dessinées, de jeux vidéos ou de livres pour enfants, les auteurs de matériels didactiques, les enseignants, les chercheurs universitaires... quels que soient leur champ de compétence, les créateurs ne font pas que distraire ou se distraire; ils mettent de la couleur dans nos vies, ils leur donnent un sens, une finalité. Quand les enfants dans la «Cour des grands», cette nouvelle émission à TVA, chantaient, dimanche dernier: «J'aurais voulu être un artiste», j'ai frissonné comme chaque fois que j'entends cette chanson mais ce frisson était un frisson de l'âme. Ces enfants de 8-10 ans à la voix d'ange, beaux comme des dieux, comblés de talents, ne faisaient pas que reprendre une des grandes chansons québécoises, écrite par l'un de nos plus grands chanteurs, ils reprenaient à leur compte le rêve de tous ceux qui, un jour ou l'autre, s'identifient aux artistes, à ce que représentent les artistes dans une société: l'ouverture à un ailleurs meilleur. Dans l'Antiquité, les poètes, les aèdes, avaient un statut presque divin. Les Grecs croyaient qu'ils tenaient leur inspiration des muses. Les muses leur insufflaient la connaissance du passé et de l'avenir et elles leur permettaient de comprendre le présent au-delà des apparences et des opinions trompeuses des politiciens. Une société, comme le Québec, qui, à l'image des États-Unis, valorise plus l'argent et le pouvoir que la création et l'innovation est vouée à la grisaille d'une vie sans couleur, sans saveur et sans odeur. Une vie sans identité. Bonne chance, monsieur Robinson. J'espère que vous obtiendrez justice et que votre cause fera jurisprudence.