Cyanobactéries: les usines de traitement des eaux ne pourraient pas faire face à une prolifération sévère

Seulement 18 % des usines de traitement d'eau potable du Québec seraient présentement capable de traiter une «eau brute» contenant jusqu'à 15 grammes par litre (g/l) d'anatoxine-a, une des deux toxines de la famille des cyanobactéries ou algues bleu-vert susceptibles de contaminer les prises d'eau.

C'est ce qui ressort d'une Analyse de vulnérabilité des installations québécoises de traitement de l'eau potable aux cyanobactéries toxiques, divulguée hier par le Centre Ouranos sur les impacts des changements climatiques. L'étude en question a été réalisée par l'École polytechnique de Montréal et la Chaire industrielle CRSNG en eau potable. Elle a porté sur trois scénarios de contamination aux cyanotoxines, générées par les algues bleues, soit les microcystines et l'anatoxine-a.

Les concentrations maximales de microcystines ne devraient pas dépasser 1,5 g/l, selon Santé Canada, et la norme provisoire recommandée par l'Institut de santé publique du Québec pour l'anatoxine-a est de 3,7 g/l.

Selon les chercheurs, si l'on se base sur les données historiques compilées au Québec, 25 % des 284 systèmes qui traitent au Québec de l'eau brute puisée en surface ne sont pas capables présentement de respecter la recommandation pour les microcystines en cas de prolifération sévère. Mais les installations en place peuvent toutes faire le travail de traitement et respecter les taux historiques d'anatoxine-a.

Par contre, si l'on regarde le scénario envisagé par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) pour l'avenir, les usines de traitement sont capables de respecter la recommandation de Santé Canada, mais pas celle sur l'anatoxine-a. C'est dans ce cas que seulement 18 % des installations seraient capables de respecter le critère fédéral. Dans ce scénario, le MDDEP se donne comme objectif de viser 95 % des microcystines d'une eau brute sévèrement contaminée et 75 % des anatoxine-a. C'est là l'objectif de décontamination que Québec envisage comme critère de conception ou de mise à niveau des usines municipales.

Mais les chercheurs se sont aussi penchés sur un scénario plausible d'un réchauffement sensible du climat. Les valeurs qu'ils ont utilisées ont été relevées dans d'autres pays, ce qui ne veut pas dire que le scénario sévère qu'ils ont retenu peut se répéter ici, d'autant plus que la chaleur n'est pas le critère déterminant pour expliquer les proliférations soudaines d'algues bleu-vert. Leur prolifération est en effet beaucoup plus étroitement reliée aux concentrations de phosphore et de nutriments présents dans les eaux des lacs et des rivières.

Dans ce troisième scénario, 40 % des équipements québécois de traitement d'eau potable n'arrivent pas à respecter la norme sur les microcystines, et les conclusions sont aussi pessimistes en ce qui a trait aux anatoxines-a que dans le scénario du MDDEP (18 %).

Le problème, conclut l'étude, pourrait être techniquement réglé, mais au prix d'une «mise à niveau» dont le coût n'a pas été évalué.