Témoignage d'un neurochirurgien sur un décès très médiatisé - Lizotte a reçu des blessures «inhabituelles»

Jean-Pierre Lizotte a subi lors de son arrestation par le policier Giovanni Stante des dommages aux vertèbres si sévères qu'il faut chercher parmi les grands accidentés de la route pour trouver des cas comparables au sien.

Multiples fractures au nez, grave dislocation des vertèbres: Lizotte a subi des blessures «inhabituelles», selon le témoignage du neurochirurgien Badih Adada. Règle générale, ce sont des accidentés de la route, et non des itinérants exhibitionnistes, qui aboutissent sur une table d'opération dans un tel état.


Lizotte a reçu de deux à six coups de poing de la part de l'agent Stante pendant que le portier du Shed Café, Steve Deschâtelets, le maintenait en position immobile par derrière, au moyen de la prise du double nelson, dans la nuit du 5 septembre 1999.


Selon M. Adada, la dislocation des vertèbres et les lésions à la moelle épinière subies par Lizotte résultent de la combinaison des coups de poing distribués par l'agent Stante et de la prise de lutte effectuée par le portier Deschâtelets. À eux seuls, les élans du policiers n'expliquent pas les dommages.


Lizotte a sombré dans la paralysie dès la fin de l'altercation, a par ailleurs expliqué le Dr Adada, contredisant en ce sens le rapport d'admission de Lizotte à l'Hôtel-Dieu. Les premières observations faites sur le patient indiquaient en effet qu'il était en possession de tous ses réflexes. Il s'agit d'une «erreur médicale», a dit M. Adada. Les radiographies et un test de résonance magnétique ont révélé l'existence de fractures des vertèbres C-7 et D-1, des blessures qui entraînent une paralysie automatique des membres inférieurs.


Intoxiqué à la cocaïne le soir de son arrestation, porteur du VIH et de l'hépatite C, Lizotte est décédé des suites d'une pneumonie cinq semaines après son admission à l'hôpital. Le Dr Adada a indiqué hier que de 15 à 20 % des patients victimes de lésions neurologiques développent une pneumonie, mais il est très rare qu'ils en meurent. Lizotte affichait un piteux état de santé. Son système immunitaire aurait très bien pu être affaibli par le VIH.


Selon la thèse du ministère public, la pneumonie fatidique est la conséquence des blessures subies par Lizotte lors de son arrestation musclée. Giovanni Stante se défend d'accusations de voies de fait graves, voies de fait causant des lésions et homicide involontaire. Steve Deschâtelets devra en faire autant à une date ultérieure.





Stratégie claire


La stratégie de la défense est apparue plus claire que jamais hier, au procès de Stante. Son avocat, Michael Stober, tente d'imputer la plus grande part de responsabilité au portier du Shed Café. En contre-interrogatoire, il a amené le Dr Adada à envisager un tout autre scénario pour les événements du 5 septembre 1999. Deschâtelets aurait très bien pu provoquer les fractures des vertèbres par la seule prise du double nelson, à condition de maintenir une pression suffisante.


Selon certains témoins, Lizotte se débattait toujours au sol après que le policier Stante l'eut frappé. Dans cette version des événements, il apparaît impossible qu'il ait subi une dislocation des vertèbres durant la bataille puisque ce type de blessure entraîne une paralysie instantanée. «On m'a dit qu'il ne bougeait pas du tout lorsqu'il était au sol», a répondu le Dr Adada.


Me Stober a également fait ressortir que le portier aurait pu briser le nez de Lizotte lors d'une première altercation précédant l'arrivée du policier Stante sur les lieux. Il a enfin rappelé qu'un autre témoin, en l'occurrence le policier Sylvain Fouquet, a déclaré que Stante a frappé Lizotte avant que Deschâtelets ne le prenne par derrière. De tous les témoins oculaires entendus à ce jour, l'agent Fouquet est le seul à fournir une version aussi atténuante pour son équipier.