Amnistie Internationale fait le bilan - Le 11 septembre a fait mal aux droits de la personne

Les cas de torture, d'exécutions et d'atteintes aux droits de la personne se sont encore multipliés dans le monde en 2001, mais les attentats du 11 septembre dernier ont donné à de nombreux pays l'occasion de bafouer les droits humains, constate Amnistie internationale qui a rendu public hier son rapport annuel. Invoquant la guerre au terrorisme, le Canada a lui aussi adopté des mesures qui mettent en péril les droits humains.

Il a fallu 400 pages à Amnistie internationale pour répertorier les nombreuses atteintes aux droits de la personne survenues dans quelque 160 pays. Mais en 2001, les événements du 11 septembre ont radicalement transformé le contexte de la lutte pour le respect des droits humains. «Les attentats ont conduit les gouvernements à mettre les citoyens en demeure de choisir entre la sécurité et les droits humains», indique Michel Frenette, directeur général de la section canadienne francophone d'Amnistie internationale. Dans divers points du globe, la lutte au terrorisme a servi de prétexte pour l'adoption de mesures autorisant la détention illimitée sans procès et les jugements par des tribunaux d'exception. À cela s'est ajoutée la discrimination croissante envers les Arabes et les musulmans. À cet égard, M. Frenette cite le cas de Shakir Baloch, un Canadien d'origine pakistanaise, arrêté à New York deux semaines après les attentats et détenu pendant sept mois sans qu'aucune accusation n'ait été portée contre lui. «Bon nombre de personnes arrêtées en même temps que lui sont toujours détenues», déplore M. Frenette.


Le Canada a suivi la tendance mondiale en adoptant une loi antiterroriste et en concluant un accord avec ses voisins du sud, accord en vertu duquel les demandeurs d'asile qui transiteraient aux États-Unis s'y verraient refoulés.


Amnistie internationale prie le gouvernement canadien d'assumer un rôle de leadership lors du sommet du G8 qui se déroulera à Kananaskis, en Alberta, le mois prochain. Ce sera notamment l'occasion de développer un nouveau partenariat avec l'Afrique et de contribuer à mettre fin au «commerce de la terreur», celui du trafic de diamants qui permet de financer l'achat d'armes alimentant les rébellions et les conflits.


Les États-Unis ne sont pas épargnés par le rapport peu élogieux d'Amnistie internationale. La déclaration d'un représentant de gouvernement américain à des délégués de l'organisation humanitaire («Votre rôle a perdu toute sa pertinence avec l'effondrement des deux tours du World Trade Center») témoigne bien du peu de cas que font les autorités américaines de ces reproches. «Les États-Unis sont le plus mauvais signataire de conventions internationales même s'ils se disent les grands champions des droits et des libertés », signale Anne Sainte-Marie, d'Amnistie internationale, en rappelant qu'ils n'ont pas signé le Traité de Rome ni la Convention internationale des droits des enfants.


Malgré tout, Amnistie internationale salue les gestes posés pour lutter contre l'impunité et la création prochaine d'un tribunal pénal international au statut permanent.