Les gens d'affaires de Lyon se sont offert un Poussin

Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain
Photo: Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Il y a déjà presque un an, Montréal attirait l'attention du monde politique et culturel de différentes villes du monde avec son Rendez-vous novembre 2007 — Montréal, métropole culturelle. Depuis, la construction du Quartier des spectacles a été lancée. À Lyon, les différents acteurs unissent leurs forces pour faire en sorte que leur ville soit nommée capitale européenne de la culture. Sans aucun doute, en matière de développement d'une ville, l'axe de la culture est tout à fait dans l'air du temps.

«Nous avons vraiment réussi à susciter la curiosité un peu partout ici et en Europe avec cette grande rencontre de deux jours, l'an dernier, qui a réuni les trois paliers de gouvernement ainsi que le monde économique et culturel pour parler de la culture en tant que vecteur incontournable du développement de Montréal. La démarche était unique en son genre et les gens souhaitent savoir comment nous avons réussi cette grande mobilisation», affirme Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, à propos du rendez-vous culturel de novembre dernier.

Toutefois, la grande dame des affaires n'est pas encore convaincue que les choses ont évolué assez rapidement jusqu'à maintenant pour être en mesure de réaliser les grandes ambitions montréalaises en matière de gouvernance culturelle.

«Il y a beaucoup de petites chasses gardées au Québec. Des fois, c'est bien, mais parfois, lorsqu'on veut accomplir des pas de géant, il faut se demander si le statu quo est vraiment la meilleure solution. Il y a un an, nous avons réussi à rendre le milieu des affaires captif, mais, pour qu'il le demeure, les choses doivent bouger», croit Mme Hudon.

C'est tout de même sans complexes et avec fierté pour sa ville qu'elle accueillera les différents acteurs lyonnais. «Ce sera très intéressant d'entendre parler de leur modèle de gouvernance culturelle, parce que Montréal et Lyon ont des dynamiques très similaires. Ainsi, mutuellement, nous pourrons apprendre de l'autre», ajoute-t-elle.

Lyon, une ville active

Si Montréal a réussi un coup de maître en organisant ce rendez-vous, Lyon, pour sa part, multiplie les exemples concrets d'actions favorisant le rayonnement de la culture. D'abord, il faut préciser que les différents acteurs de Lyon sont motivés par la désignation prochaine des capitales européennes de la culture pour l'année 2013. Une ville sera nommée en Slovaquie et une autre en France. Pour le moment, les villes françaises en compétition avec Lyon sont Bordeaux, Marseille et Toulouse.

«Pour nous, toutes proportions gardées, c'est presque aussi important que les Jeux olympiques. D'abord, les festivités durent toute l'année et le rayonnement de la ville choisie, qui attire de nombreux visiteurs, dépasse les frontières de l'Europe», indique Guy Mathiolon, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Lyon.

«Il est donc bien évident que tous les acteurs politiques, économiques et culturels se sont fortement mobilisés pour la cause. La décision sera annoncée par l'Union européenne à la fin de l'année», ajoute-t-il.

Toutefois, si les Lyonnais sont convaincus que leur ville mérite ce titre, c'est parce que la culture y est un vecteur de développement important depuis longtemps et que chacun met la main à la pâte.

«D'ailleurs, nous sommes la seule ville française dans laquelle un musée appartient au monde économique. Je fais référence au Musée des tissus, qui est extrêmement riche de pièces anciennes. Il compte parmi sa collection notamment des tissus qui ont servi pour la décoration du château de Versailles et pour d'autres à Saint-Pétersbourg. De nombreux créateurs des grandes marques de la haute couture viennent d'ailleurs s'en inspirer», affirme M. Mathiolon.

Les 40 plus grands chefs d'entreprise lyonnais, qui ont d'ailleurs été étroitement associés au dépôt de la candidature de Lyon pour devenir la capitale européenne de la culture, accomplissent aussi différents petits gestes concrets de mécénat.

«Entre autres, ils ont créé une fondation pour acheter un tableau de Nicolas Poussin, La Fuite en Égypte, qui aurait sinon été vendu à un riche collectionneur américain. L'oeuvre a coûté 16 millions d'euros, et tout ça pour éviter qu'elle quitte la France. Le tableau est maintenant dans la collection du Musée des beaux-arts de Lyon», explique fièrement Guy Mathiolon.

Des efforts rentables

Si ces grands entrepreneurs lyonnais sont si actifs pour soutenir la culture, c'est parce qu'ils se sont rendu compte que l'offre culturelle est un élément incontournable pour rendre le territoire de Lyon plus attrayant.

«Pour attirer de nouveaux investissements et de nouvelles infrastructures et pour recruter de la main-d'oeuvre à l'étranger, nous avons compris que c'est la conjointe du travailleur ou de l'investisseur qui, en fin de compte, prend la décision. Pour être attirée vers une ville, elle regarde l'offre d'universités pour les enfants, la qualité de vie, l'écologie, l'offre culturelle et sportive», remarque M. Mathiolon.

Ainsi, si l'offre culturelle peut avoir un effet déterminant sur l'attraction d'investissements et de personnel, les gens d'affaires ont bien compris qu'ils ont avantage à s'y intéresser. «C'est bien évident, puisqu'on sait que, actuellement, le plus grand défi des chefs d'entreprise est le recrutement de personnel qualifié», ajoute-t-il.

Isabelle Hudon est aussi d'avis que le soutien de la culture par le monde des affaires peut s'avérer très rentable.

«C'est tout à leur avantage d'investir dans la culture lorsqu'on sait comment elle fait rayonner Montréal à l'étranger, affirme-t-elle. J'ai travaillé très fort dernièrement pour intéresser différentes grandes entreprises à la cause et je crois qu'il est maintenant temps que des gestes concrets soient posés. D'ailleurs, je ne serais pas surprise de voir certains acteurs du milieu des affaires aller de l'avant prochainement, d'autant plus que les Entretiens du Centre Jacques

Cartier remettront le dossier au coeur de l'actualité.»

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Collaboratrice du Devoir

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La Gouvernance culturelle des grandes villes: enjeux et possibilités, les 6 et 7 octobre, à l'hôtel Hyatt-Regency de Montréal.

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