La contrebande de cigarettes progresse à un rythme préoccupant

Selon les résultats d’un sondage commandé par Imperial Tobacco, 13 milliards de cigarettes de contrebande auraient été vendues en 2008, en hausse de 30 % par rapport à l’année précédente.
Photo: Agence Reuters Selon les résultats d’un sondage commandé par Imperial Tobacco, 13 milliards de cigarettes de contrebande auraient été vendues en 2008, en hausse de 30 % par rapport à l’année précédente.

La contrebande de cigarettes connaît une progression dramatique au Canada, selon un sondage réalisé par Imperial Tobacco, une situation «hors de contrôle» qui préoccupe à la fois l'industrie et les groupes anti-tabac. Une cigarette sur trois aurait été écoulée sur le marché noir en 2008.

Au total, 13 milliards de cigarettes de contrebande auraient été vendues en 2008, en hausse de 30 % par rapport à l'année précédente, selon les résultats d'un sondage commandé par Imperial Tobacco auprès de la firme GfK. La contrebande occasionne d'importants manques à gagner pour l'industrie et les gouvernements, qui perçoivent des taxes sur la vente des produits du tabac. Imperial Tobacco évalue à deux milliards de dollars les pertes de revenus fiscaux pour les provinces et le fédéral.

Le problème est plus criant en Ontario et au Québec, où se trouvent les plaques-tournantes de la contrebande que sont les réserves mohawks. Près de la moitié (48 %) des cigarettes vendues en Ontario étaient illégales, comparativement à 40 % au Québec. C'est dans ces deux provinces qu'ont été distribuées 11,5 des 13 milliards de cigarettes illégales au Canada.

Selon Thomas Glenn, directeur de la prévention du commerce illicite chez Imperial Tobacco, 93 % des cigarettes de contrebande proviendraient aujourd'hui des réserves autochtones. Imperial Tobacco attribue la progression constante du marché noir aux taxes perçues sur les produits du tabac, qui représentent environ 70 % du prix moyen d'une cartouche.

Au début des années 90, la hausse des taxes a également entraîné une recrudescence de la contrebande. À cette époque, des fabricants de tabac ont stimulé le marché noir en expédiant aux États-Unis des produits qui étaient ensuite distribués à des contrebandiers et réintroduits illégalement au pays. Imperial Tobacco et Rothmans-Benson and Hedges ont accepté cet été de payer respectivement des amendes de 200 millions et de 100 millions pour leur participation à ce stratagème. Ils devront également retourner 815 millions dans les coffres de l'État, sur une période de 15 ans.

Le coordonnateur de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, Louis Gauvin, n'est pas du tout étonné des résultats du sondage, compte tenu de l'incapacité des gouvernements à freiner la contrebande du tabac depuis des années. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a saisi quelque 125 millions de cigarettes illégales en 2007, ce qui constitue un précédent. C'est cependant une mince offensive, dans la mesure où ces opérations ont permis de retirer de la circulation à peine plus de 1,25 % des cigarettes illégales, déplore Thomas Glenn. «Les policiers font de grands efforts et des saisies record. Par contre, ils n'ont pas nécessairement les moyens de contrôler la situation», dit-il.

Cela étant dit, il ne faut pas pour autant réduire les taxes sur le tabac, estime Louis Gauvin. Selon des enquêtes menées par L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Banque mondiale, une augmentation de taxe de 10 % sur les produits du tabac entraîne une baisse de 4 % de la consommation chez les adultes et de 10 % chez les jeunes. «Abaisser le prix des cigarettes, ce serait les rendre plus accessibles», explique M. Gauvin.

Selon lui, Ottawa doit plutôt se monter plus agressif dans la lutte à la contrebande, d'autant plus que le marché noir attire de plus en plus de jeunes. De 2006 à 2008, la proportion de jeunes qui achètent des cigarettes illégales a presque doublé. Les 19 à 29 ans forment maintenant plus du quart de la clientèle des contrebandiers, selon le sondage de GfK, qui a été mené auprès de 2046 personnes (marge d'erreur de plus ou moins 2,2 %, 19 fois sur 20). «Aussi longtemps qu'on ne fait rien, on va créer de nouvelles générations de fumeurs», déplore Louis Gauvin.

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