Étude internationale - La prévention a fait ses preuves contre la criminalité

La prévention est plus efficace que la répression pour combattre la criminalité, selon les résultats d'une étude inédite menée dans le monde entier.

Le Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC) a passé en revue plus de 65 pratiques de prévention dans 27 pays pour arriver à la conclusion que le recours aux matraques et aux menottes ne règle pas tout, bien au contraire.

À Montréal, à Paris ou à Johannesburg, des programmes de prévention adaptés à la réalité locale et appliqués par une multitude d'acteurs (policiers, élus, citoyens, groupes communautaires) donnent de meilleurs résultats. Le document cite notamment en exemple le cas de Bogotá, en Colombie, où le taux d'homicide a chuté de 80 pour 100 000 habitants à 23 pour 100 000 habitants en dix ans grâce à une politique municipale complète alliant des mesures répressives et préventives.

«La prévention n'est pas une dépense, c'est un investissement, un pari sur l'avenir, car cela vise à éviter la victimisation et à améliorer la vie quotidienne», explique Valérie Sagant, directrice générale du CIPC. En amont, la prévention permet d'épauler les jeunes et les familles à risque. En aval, elle facilite la résolution pacifique des conflits.

Au fil des ans, la prévention s'est imposée comme «une composante incontournable» des politiques de sécurité quotidienne. Près d'une quarantaine de pays, dont le Canada, ont adopté des stratégies de prévention intégrées pour endiguer la criminalité.

Par contre, le CIPC a observé «une tendance concurrente», surtout dans les pays occidentaux. Tout en développant des politiques de prévention, ces pays ont renforcé leur arsenal répressif, en particulier par la criminalisation des incivilités et de certains comportements antisociaux. Depuis une trentaine d'années, le taux d'incarcération a d'ailleurs connu une augmentation dans les trois quarts des pays recensés par l'International Centre for Prison Studies.

Contrairement à la répression, la prévention est une science relativement jeune et fragile, caractérisée par des difficultés dans le partage de l'information et l'évaluation des programmes, explique Mme Sagant. Qui plus est, les stratégies de prévention ne produisent pas des effets tangibles et immédiats. Autant de facteurs pouvant expliquer l'éternelle popularité de la répression. «Tous les corps policiers ont maintenant inscrit la prévention au sommet de leurs objectifs. L'enjeu aujourd'hui, c'est de diffuser largement cette culture de prévention. Les corps policiers sont ouverts à l'idée en principe. Mais ils ont besoin eux aussi d'être aiguillés pour la mise en oeuvre, sans pour autant se transformer en agents sociocommunautaires ou en éducateurs», affirme Mme Sagant.

Le rapport international sur la prévention de la criminalité et la sécurité quotidienne n'offre pas un palmarès des meilleurs et des pires pays. L'absence de données statistiques comparables, d'une région à l'autre du globe, rend cet exercice impossible. Le document contient cependant une succession de chiffres percutants. On y apprend par exemple qu'entre un tiers et deux tiers des femmes dans le monde disent avoir été victimes de violence. Dans les conflits armés, le viol est de plus en plus utilisé comme une arme. De 250 000 à 500 000 femmes auraient été violées lors du génocide au Rwanda, tandis que 20 000 à 50 000 femmes auraient subi le même sort dans le conflit bosniaque. C'est cependant aux jeunes hommes de 15 à 24 ans que revient la triste palme de la population la plus délinquante et la plus victimisée, et ce, dans toutes les régions du monde.

Retour sur Montréal-Nord

Un mois après les émeutes de Montréal-Nord, le responsable de la Sécurité publique au sein de l'administration Tremblay, Claude Dauphin, semblait conquis aux vertus de la prévention. «Les événements de Montréal-Nord nous ont rappelé que nous affrontons des phénomènes urbains de plus en plus complexes, a dit hier M. Dauphin lors du lancement de l'étude du CIPC. Il est nécessaire de maintenir le lien entre les policiers et les citoyens et de s'occuper des problèmes de pauvreté, de discrimination et de racisme.»

Dans la nuit du 10 août dernier, Montréal-Nord a été le théâtre d'un soulèvement, quelques jours après que des agents du Service de police de Montréal eurent abattu un jeune de 18 ans, Fredy Villanueva, dans des circonstances qui ne sont toujours pas élucidées. Une douzaine de voitures ont été incendiées, deux policiers ont été blessés et une vingtaine de commerces ont été cambriolés lors de l'émeute. Quelque 35 personnes ont été arrêtées à ce jour, et des dizaines d'autres sont toujours recherchées.

«S'il y a des leçons à tirer des émeutes de Montréal-Nord, c'est de s'impliquer davantage et d'être plus proches des groupes comme les travailleurs de rue et de tous les gens qui travaillent à assurer la paix dans notre ville, a dit M. Dauphin. Je crois que nous devons tous travailler ensemble pour s'assurer que cela ne reproduise plus.»

La Sûreté du Québec (SQ) mène l'enquête sur les policiers impliqués dans la mort de Villanueva. Le résultat de cette enquête sera rendu public, ce qui constitue un précédent dans les affaires de mort d'homme aux mains de policiers. M. Dauphin a par ailleurs l'intention d'amener ses collègues de la commission de la sécurité publique à réfléchir, au cours des prochains mois, à la possibilité de confier à une organisation civile (et non à un autre corps policier) les enquêtes impliquant des membres des forces de l'ordre. «Je ne mets aucunement en doute le travail des policiers qui enquêtent sur d'autres corps policiers. Sauf que c'est le rôle des élus faisant partie d'une commission de sécurité publique de s'interroger et de voir ce qui se fait ailleurs», a expliqué M. Dauphin.

À voir en vidéo