Institut de la statistique du Québec - Un peu plus d'hommes que de femmes choisissent l'union libre

Plus âgés, plus scolarisés, plus cosmopolites: il n'y a pas que l'orientation sexuelle qui distingue les gens optant pour l'union civile, permise depuis juin dernier au Québec, des autres couples.

Depuis la mi-juillet, 173 couples se sont déjà prévalus de ce nouveau droit. Un nombre suffisamment important pour que l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) analyse, dans son bulletin de février, les caractéristiques des 159 couples qui ont opté pour cette union en 2002 (les 14 autres unions s'étant déroulées depuis début 2003).

L'union civile est ouverte à tous, mais seuls 10 couples hétérosexuels en ont profité en 2002. Ce sont les unions entre deux hommes qui dominent (au nombre de 82) alors qu'on a enregistré 67 unions de deux femmes. La moitié des hommes résident dans la région de Montréal contre le tiers seulement des femmes.

Dans sept cas sur 10, la cérémonie a eu lieu au palais de justice. Les autres ont plutôt opté pour une cérémonie religieuse, essentiellement par la voie d'une société appelée «Le Nouveau Penser».

Les «conjoints unis civilement», comme on les appelle officiellement, ont en moyenne 45 ans chez les femmes et 44 ans chez les hommes. Le démographe Louis Duchesne, auteur de l'étude, postule «qu'il s'agit surtout de couples établis de longue date [qui] ne pouvaient se marier auparavant et [qui] ont dû attendre avant de célébrer leur union».

Le quart des conjoints masculins ne sont pas nés au Québec, contre 12 % des conjointes — chiffre quand même plus élevé que ce qui est observé chez l'ensemble des couples québécois, dit M. Duchesne.

La marge est grande également au chapitre des années de scolarité: 44 % et 39 % des conjointes ont 15 années de scolarité ou plus, ce qui les amène au niveau universitaire. «Chez des gens de ces âges, la proportion est assez importante et supérieure à celle que l'on observe dans la population en général», écrit M. Duchesne.

De plus, ce qui était inattendu, le démographe a noté un grand nombre de divorcés au sein de ces unions civiles: plus du quart des femmes (28 %) et 16 % des hommes ont déjà été mariés (dans leur cas, on compte aussi des veufs). Plusieurs, spécialement chez les femmes, ont donc des enfants — comme c'était d'ailleurs le cas de 15 % des 15 200 couples féminins recensés au pays en 2001.

Au total, selon le recensement, le Québec comptait 6350 couples d'hommes et 4015 couples de femmes en 2001. Ceux qui ont opté pour l'union civile ne représentent donc qu'une goutte d'eau, mais il est trop tôt pour en tirer de quelconques conclusions, indiquait M. Duchesne au Devoir.

«En France, les Pacs [Pactes civils de solidarité], entrés en application en novembre 1999, ont augmenté de 25 % durant les neuf premiers mois de 2002 par rapport à 2001.» Il n'est donc pas impossible qu'ici comme là-bas, la cérémonie ne soit pas que phénomène de nouveauté mais gagne en popularité.