Mort de Fredy Villanueva - Des adieux douloureux sur fond d'appels au calme

Des proches de Fredy Villanueva, qui a perdu la vie samedi soir, sont venus dire adieu au jeune homme.
Photo: Des proches de Fredy Villanueva, qui a perdu la vie samedi soir, sont venus dire adieu au jeune homme.
Dans le sillon des commerces de détail du boulevard Pie-IX, on pouvait facilement repérer le complexe funéraire Magnus Poirier, hier, grâce aux antennes satellite télescopiques des véhicules des réseaux de nouvelles continues qui s'élançaient dans un ciel incertain.

La famille Villanueva ne s'est pas adressée, hier, à la presse. «C'est un moment très difficile pour les membres de la famille. Ils aimeraient beaucoup le vivre dans la plus grande intimité possible», a indiqué Victor Henriquez, membre de l'organisme communautaire Les Fourchettes de l'espoir, qui agit comme porte-parole de la famille.

Deux salles pouvant contenir jusqu'à 400 personnes et un salon privé de l'imposant complexe funéraire ont été réservés par la famille pour accueillir les proches et les passants venus témoigner leur soutien. Seul persona non grata: le reporter.

L'incompréhension

«Y'a rien à expliquer, c'est de la rage maintenant. C'est tout», a lancé «Street boy», qui se décrit comme le confident et l'ami de Fredy Villanueva.

«J'ai encore le "shake" dans les mains. Je ne le crois pas. Ce n'est pas la personne qui méritait ça». L'homme d'une vingtaine d'années, qui a préféré taire son nom, a demandé aux policiers «de se tenir les fesses serrées». Atterré, le Repentignois ne saisit toujours pas les circonstances dans lesquelles le frère de son ami a perdu la vie.

«Nous sommes très affectés. Ce n'est pas facile d'accepter la perte d'un jeune homme, et spécialement de Fredy, qui était un garçon tranquille», a pour sa part souligné un proche de la famille, Eduardo Guitierrez, qui filmait le va-et-vient des automobiles qui défilaient devant le complexe funéraire.

Une passante qui a appris la mort de Fredy Villanueva à la télévision a tenu à exprimer à la presse le chagrin qui l'habite: «Les deux garçons sont morts. Celui qui est resté est mort psychologiquement.» Jocelyne appelle les services de police à bonifier l'entraînement de leurs agents.

Le cousin de Jeffrey Sagor Metelus, blessé par balles samedi soir par un policier, a accusé la police de profilage racial. «Si le moindrement tu es basané, tu es dans une gang de rue à Montréal-Nord pour la police», a mentionné Dave Beauséjour.

La députée de Crémazie et porte-parole du Parti québécois en matière de lutte à la pauvreté, Lisette Lapointe, s'est rendue à Montréal-Nord pour offrir ses condoléances à la mère et à la famille de la victime. Elle a uni sa voix à celle des nombreuses personnes qui réclament une enquête publique. «Il y a une enquête sur le décès du jeune homme, mais il faut qu'il y ait une enquête approfondie sur tout», dit-elle. L'enquête qu'elle demande prendrait la forme d'une commission chapeautée par des représentants de la communauté et des élus. «C'est grave, ce qui s'est passé», a conclu Lisette Lapointe.

«Moi, j'attends que justice soit faite», a lancé Roberto Carius, ami d'enfance de Fredy Villanueva. Il craint que la Sûreté du Québec étouffe les véritables conclusions de son enquête.

La famille Villanueva a appelé une nouvelle fois, hier, la population de Montréal-Nord au calme. «Ils demandent aux jeunes et aux moins jeunes d'honorer la mémoire de Fredy en priant et en respectant leur quartier et tous les citoyens qui partagent la même peine qu'eux», a indiqué par voie de communiqué l'organisme communautaire Les Fourchettes de l'espoir.

Arrestations

Malgré les appels au calme réitérés au cours des derniers jours tant par la famille Villanueva que par les autorités, l'atmosphère demeure fort tendue à Montréal-Nord et à Rivière-des-Prairies. Des escarmouches survenues mardi soir dans Rivière-des-Prairies, à l'angle de la 15e avenue et du boulevard Maurice-Duplessis, dans l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, ont conduit à l'arrestation de douze individus, dont huit d'âge mineur.

Les policiers, nombreux à patrouiller le secteur, sont intervenus lorsque, vers 21h mardi, des jeunes ont commencé à lancer des projectiles en direction de voitures de police. Une auto-patrouille a été endommagée, de même que des voitures appartenant à des particuliers.

Trois des individus appréhendés seront accusés de possession d'armes à feu. Les autres feront face à des accusations de méfaits, d'avoir troublé la paix et de voies de fait sur des policiers. On n'a toutefois déploré aucun blessé. «Ce sont des jeunes qui se sont regroupés et qui ont décidé de faire de la casse», a résumé hier Yannick Ouimet, relationniste au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Ils ne seraient pas membres de gangs de rue, a-t-il précisé, et on ignore s'ils habitaient le quartier. «Ils ont profité des événements de la fin de semaine pour justifier les actes d'hier [mardi] soir, mais ça n'a pas rapport avec ces événements», a ajouté M. Ouimet.

Après les arrestations, à proximité du lieu où les jeunes ont été appréhendés, les policiers ont toutefois découvert des récipients et des bouteilles de boisson gazeuse contenant vraisemblablement de l'essence. Le SPVM présume donc qu'un mauvais coup se tramait. Décidément, ces quartiers sont encore en ébullition et ils continueront d'être sous haute surveillance policière.

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