L'«affaire» Kane est enterrée - L'agent-source était bel et bien mort, photos d'autopsie à l'appui

Le jury n'a pu réprimer un frisson de dégoût hier en obtenant la confirmation que l'agent-source Dany Kane était bel et bien mort, photos d'autopsie à l'appui.

La Couronne a tenté de mettre un point final aux spéculations de la défense — qui cherche à semer un doute sur la mort de Kane — en présentant une vingtaine de photos de son cadavre.


Certains membres du jury ont affiché une moue de dégoût à la vue de ces clichés morbides pris le 8 août 2000, au lendemain du suicide de Kane par asphyxie au monoxyde de carbone. Son visage gonflé est strié par de sinueuses lignes rouges, résultat d'un éclatement des vaisseaux sanguins. Ses tatouages distinctifs, comme par exemple «Support big red machine», sont encore bien visibles malgré l'abondance de plaques qui le font paraître comme un écorché vif.


Kane est mort, sans l'ombre d'un doute. L'identité de cet homme à la double vie, à la fois membre en règle des Rockers et collaborateur de la Sûreté du Québec (SQ), a été confirmée par la prise de ses empreintes digitales. Pour l'heure, la teneur du rapport du pathologiste qui a enquêté sur la mort de Kane est inconnue. Pierre Godin, l'employé de la SQ qui a pris les photos d'autopsie, n'était pas en mesure de dire si le cadavre avait fait l'objet de prélèvements sanguins comme c'est la pratique dans les cas de mort suspecte.


Ce problème mineur a permis au principal avocat de la défense, Jacques Bouchard, d'étayer plus à fond sa théorie générale du complot, hier dans le procès pour trafic de drogue, complot pour meurtre et gangstérisme de 17 présumés membres ou associés des Hells Angels.


Après avoir soulevé des doutes sur la mort de Kane la semaine dernière, Me Bouchard a demandé hier si des traces de stupéfiants, de narcotiques ou de tout autre calmant avaient été injectées à Kane avant qu'il ne soit «suicidé». M. Godin s'est montré incapable de répondre puisqu'il ne prend jamais connaissance des résultats d'analyse dans l'exercice de ses fonctions. Me Bouchard n'a donc pu pousser plus à fond son enquête sur ce qu'il a qualifié de «suicide présumé» de Kane.


Agent-source à la solde de la SQ, Kane est pour beaucoup dans le succès du raid policier du printemps 2001. Tiraillé entre ses multiples identités — hétéro ou gai; motard ou agent-source —, il s'est enlevé la vie avant de terminer son travail de taupe. Ses notes et ses déclarations vidéo assermentées seront admises en preuve à une étape ultérieure du procès.





Cuir et satin


La Couronne a achevé hier la présentation des vidéos de surveillance accumulées pour l'enquête. Cet exercice fastidieux a permis d'identifier les accusés, en plus de jeter un regard inédit sur l'univers des Hells, où l'on assiste aux funérailles comme aux mariages avec le même accoutrement: une veste de cuir distinctive à l'effigie de son clan d'appartenance.


L'église de la paroisse Saint-Joseph, à Sorel, est une église comme toutes les autres, avec son bingo tous les mercredis soirs.


Une église sans histoire, sauf le 5 août 2000, jour du mariage de René Charlebois. Sur le parvis de l'église, des membres des Hells identifiables à leurs vestes de cuir se mêlent à d'élégantes demoiselles en minces robes de soirée. Jean-Pierre Ferland vient de chanter l'un de ses grands succès, et Ginette Reno en fera autant dans la réception privée qui suivra.


Les réjouissances n'atténuent en rien l'obsession de la sécurité chez les Hells. Des colosses, des agents de sécurité reconnaissables à leurs brassards, montent la garde pendant que les membres du gang rient de bon coeur.


Maurice Boucher a revêtu un smoking pour l'occasion, mais il s'empresse de se départir du veston dès la fin de la cérémonie pour enfiler sa veste des Nomads et enfourcher sa moto.


René Charlebois en fera autant avant de monter dans une limousine avec son épouse tout de blanc vêtue.


Le cortège quittera l'église au son des cloches et de la Harley Davidson, un spectacle savouré par les curieux et immortalisé par les policiers.