Des fosses à purin débordent au Québec

On a commencé dans certaines régions du Québec à signaler des fosses à purin qui débordent ou qui pourraient le faire sous peu, surtout si le temps doux devait apporter des pluies intenses dans les prochaines semaines.

Des lecteurs ont signalé deux cas — un cas de débordement et celui d'une immense fosse dont le contenu s'approche singulièrement du rebord — à Saint-Irénée, dans la région de Charlevoix, et un autre cas dans la région du Bas-Saint-Laurent. Ces deux régions ont été particulièrement touchées par d'intenses chutes de neige qui ont rempli beaucoup plus vite que prévu plusieurs des fosses à purin. Ces équipements sont d'autant plus vulnérables aux précipitations anormales qu'ils ne sont pas couverts.

«Comme la fosse n'est pas couverte et que sa chaleur l'empêche de geler en hiver, la neige qui tombe dedans ne peut pas être repoussée plus loin, comme sur un toit», explique un agriculteur du Bas-Saint-Laurent dont la fosse «ne déborde pas encore, mais ça viendra vite s'il se met à pleuvoir beaucoup».

À Saint-Irénée, Kevin Coots, un porte-parole du Mouvement des citoyens de Charlevoix pour un environnement de qualité, a fait parvenir au Devoir une photo d'une ferme dont la fosse est remplie de neige. Une immense tache brune apparaît un peu plus loin dans le champ de l'agriculteur en question...

C'est dans ce coin que le ministère a confirmé récemment par des tests que certains sols dépassaient la norme de 10 mg/l de nitrates, ce qui ne l'empêche pas d'envisager d'autoriser un accroissement de la production locale.

Pas de cri d'alarme

Raymond Leblanc, le responsable du service de l'environnement à la Fédération des producteurs de porcs (UPA), précise qu'il n'y a pas encore eu de cri d'alarme provenant des régions les plus enneigées, comme Charlevoix, qui a reçu plus de quatre mètres.

«Mais, convient-il, si l'eau s'ajoute à la neige, ça peut effectivement être une autre année-problème.»

Ce n'est cependant pas la première fois que le milieu agricole se retrouve aux prises avec des débordements d'équipements d'entreposage, dit-il.

Dès que les agriculteurs voient venir le problème, la plupart prennent contact avec l'agronome de leur club-conseil en environnement. Ce dernier procède alors à un inventaire de la capacité d'entreposage disponible dans la région. «Les transferts de surplus, dit-il, qui surviennent généralement plus tard en saison, se font alors tout simplement un peu plus tôt. L'agriculteur qui reçoit du lisier n'a pas à le payer, ce qui le dédommage en bon engrais pour l'espace qu'il offre. Jusqu'ici, cette gestion a permis d'éviter les débordements, du moins chez ceux qui suivent l'évolution de leur entreposage.»

Au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Michel Vallières, responsable du pôle agricole au Centre de contrôle environnemental, prépare le survol aérien annuel de la quasi-totalité des équipements d'entreposage pour fin avril-début mai. Même si la neige n'est plus là, il affirme qu'on peut facilement détecter les fuites du haut des airs. Cette inspection, dit-il, permet de découvrir «quelques dizaines» de déviants par année. Au sol, on surveille — mais sur une base d'échantillons, sauf en cas de dénonciation précise — l'application des plans de fertilisation et des normes d'épandage.

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