Quatre marins madelinots morts durant la chasse aux phoques - Les premiers éléments de l'enquête tendent à disculper la Garde côtière

Halifax — L'équipage du brise-glace de la Garde côtière surveillait bel et bien la manoeuvre de remorquage du bateau de pêche L'Acadien II lorsque celui-ci a chaviré samedi au large de la Nouvelle-Écosse, affirment des enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BSTC).

Selon un porte-parole du BSTC, John Cottreau, l'enquête préliminaire du bureau a révélé que deux membres de l'équipage se trouvaient à la poupe du brise-glace Sir William Alexander lors de l'accident. Le brise-glace remorquait L'Acadien II vers 1h30, dans la nuit de samedi, lorsque le petit navire a heurté un gros morceau de glace avant de chavirer.

Bruno Bourque, Gilles Leblanc et Marc-André Déraspe ont péri dans cet accident. Le corps de Carl Aucoin n'a pas été retrouvé. Les funérailles des quatre chasseurs de phoques seront célébrées samedi par les Madelinots, qui espèrent leur faire des adieux à l'abri des caméras.

La version du BSTC contredit celle d'un des survivants, Bruno-Pierre Bourque, et celle du capitaine Wayne Dickson. Son navire, le Madelinot War Lord, se trouvait plus loin derrière L'Acadien II lors l'opération de remorquage. M. Wayne a affirmé qu'il n'y avait personne à la poupe du brise-glace de la Garde côtière. «Il n'a eu aucune aide de la Garde côtière», a-t-il dit sur les ondes de RDI.

Bruno-Pierre Bourque, qui a perdu son père dans la tragédie, devait livrer sa version des faits aux médias hier, mais sa conférence de presse a été annulée en raison du mauvais temps qui sévit aux îles de la Madeleine. Le brouillard couvrant le territoire a empêché l'atterrissage de l'avion transportant l'avocat du rescapé.

Ces piètres conditions météorologiques pourraient par ailleurs retarder le rapatriement des corps des trois marins décédés, prévu pour hier en soirée.

Encore des enquêtes

Le BSTC, la Gendarmerie royale du Canada et la Garde côtière mènent chacun leur enquête, mais les résultats ne seront sans doute pas connus avant plusieurs mois. À Québec, le premier ministre Jean Charest a laissé entendre que les parlementaires pourraient aussi se mêler du dossier si les choses n'évoluaient pas à sa guise.

M. Charest n'a pas fermé la porte à ce que les parlementaires se prononcent sur la pertinence de tenir une enquête — sans en préciser le type — dans l'éventualité où celles qui sont en cours ne donneraient pas satisfaction. «Sur le type d'enquête, on aura l'occasion ici, à l'Assemblée, la chef de la deuxième opposition officielle, le chef de l'opposition officielle et moi-même, de se prononcer là-dessus, a affirmé M. Charest. Alors, il ne faut pas fermer la porte là-dessus.»

M. Charest s'attend à ce que tous les moyens soient pris pour connaître les circonstances de la tragédie. «Nous allons faire tout ce qui est possible pour que la vérité, les faits soient connus, a-t-il dit. D'ailleurs, on comprendrait difficilement pour quelle raison une information ne serait pas divulguée dans une affaire comme celle-là.»

De son côté, le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, a affirmé qu'une enquête publique fédérale serait plus appropriée pour faire la lumière sur la tragédie. «C'est évident qu'il s'est passé des choses anormales, a dit M. Dumont. Il faut que la lumière complète soit faite et souvent c'est l'enquête publique qui est le meilleur moyen.»

M. Charest a par ailleurs présenté ses condoléances aux familles des disparus. L'Assemblée nationale a aussi observé une minute de silence. Pour le moment, aucun chef de parti n'a l'intention d'assister aux funérailles. Le gouvernement sera représenté par la ministre des Affaires municipales et ministre responsable de la région de la Gaspésie et des îles de la Madeleine, Nathalie Normandeau, et le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Laurent Lessard.

D'après la Presse canadienne