Trois marins sont morts et un autre est porté disparu - Trois enquêtes pour faire la lumière sur la tragédie maritime

Plusieurs bateaux sont rentrés au port de Cap-aux-Meules. Certains marins étaient visiblement attristés par la mort de leurs camarades, alors que d’autres étaient furieux.
Photo: La Presse canadienne (photo) Plusieurs bateaux sont rentrés au port de Cap-aux-Meules. Certains marins étaient visiblement attristés par la mort de leurs camarades, alors que d’autres étaient furieux.

La tragédie maritime qui a coûté la vie à trois, mais plus probablement quatre chasseurs de phoques en fin de semaine, fera finalement l'objet de trois enquêtes distinctes. Pas question toutefois de mettre sur pied l'enquêté publique réclamée par plusieurs politiciens hier.

Les événements survenus tôt samedi à 70 kilomètres au large du Cap-Breton seront scrutés à la loupe par la Gendarmerie royale du Canada, la Garde côtière canadienne et surtout le Bureau de la sécurité des transports. Cet organisme indépendant a fait savoir hier qu'il mènerait une enquête approfondie sur les circonstances qui ont provoqué le naufrage de L'Acadien II, alors qu'il était remorqué par le brise-glace Sir William Alexander.

Les démarches confirmées par Ottawa ne sont toutefois pas suffisantes aux yeux du chef bloquiste, Gilles Duceppe, qui est revenu à la charge aux Communes, où les travaux ont repris hier. Il a demandé à deux reprises au premier ministre Stephen Harper s'il entendait mettre sur pied «une enquête publique». «Dans les prochains jours, il y aura plusieurs enquêtes, et toutes ces enquêtes seront rendues publiques», a répondu chaque fois le chef conservateur, refusant de s'engager davantage. Ce sont donc les résultats qui seront rendus publics.

La demande du leader souverainiste a également été formulée par le député péquiste des Îles-de-la-Madeleine, Maxime Arsenault et le maire des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arsenault. Ce dernier s'est ravisé plus tard, jugeant que la réponse d'Ottawa au drame était «opportune dans les circonstances».

Même chose pour le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, Laurent Lessard, qui a réclamé hier la tenue d'une enquête publique sur le drame, avant de se rallier à la démarche choisie par les conservateurs. «Au cours d'une conversation téléphonique ce matin avec mon homologue fédéral, je lui ai indiqué qu'en de telles circonstances il était primordial de faire la lumière sur l'événement malheureux qui est survenu, a-t-il expliqué par voie de communiqué diffusé en début de soirée. J'ai obtenu la confirmation de sa part que le résultat des trois enquêtes serait rendu public dans les meilleurs délais. J'ai également insisté pour que cette démarche s'effectue en profondeur et en toute transparence, et ce, afin que les familles et les Madelinots connaissent la vérité sur ce drame.»

À Ottawa, le député de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, le bloquiste Raynald Blais, a pour sa part interpellé le ministre fédéral des Pêches et des Océans, Loyola Hearn, le sommant de préciser si les familles des victimes auraient à payer pour le rapatriement des dépouilles de leurs proches, comme l'avaient évoqué certains médias hier. M. Hearn a assuré que les tous les coûts seraient assumés par le gouvernement.

Distribution de blâmes

Pendant ce temps, plusieurs bateaux rentraient au port de Cap-aux-Meules, après avoir suspendu leurs activités de chasse dans la foulée de ce triste événement. Certains marins étaient visiblement attristés par la mort de leurs camarades, alors que d'autres étaient furieux.

C'est le cas du capitaine du Madelinot War Lord, Wayne Dickson, qui a secouru les deux survivants de L'Acadien II. Ce dernier a soutenu que la noyade de quatre membres d'équipage aurait pu être évitée si la Garde côtière avait bien assumé ses responsabilités. Il a notamment soutenu que c'est sans succès qu'il a tenté d'alerter le capitaine du Sir William Alexander, lorsque l'embarcation des chasseurs s'est trouvée en fâcheuse position, après avoir heurté un pan de banquise, au moment de son remorquage.

M. Dickson estime aussi que le bateau du capitaine Bruno Bourque s'est retrouvé sur le côté suffisamment longtemps, pour que le brise-glace ait le temps de s'arrêter, avant qu'il ne chavire. ll a rapporté que deux marins de la Garde côtière, qui se trouvaient à l'arrière du pont du brise-glace pour surveiller les activités de remorquage, avaient disparu lorsque le bateau de pêche a chaviré. Le capitaine a ajouté que c'est par la fenêtre de la timonerie que Bruno-Pierre Bourque et Marc-André Deraspe ont pu s'en échapper.

Le jeune survivant, Bruno-Pierre Bourque, a lui aussi reproché à la Garde côtière canadienne de ne pas avoir mis en place une vigie sur le pont du brise-glace pour s'assurer du bon déroulement du remorquage.

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, a en outre déploré le manque de coordination des communications à la Garde côtière canadienne. La difficulté à obtenir des informations à la suite du naufrage de L'Acadien II, en fin de semaine, n'a fait qu'augmenter l'anxiété des familles des victimes, selon lui. Par exemple, c'est par la voie des médias que la mère du marin disparu Carl Aucoin a appris que l'on abandonnait les recherches pour le retrouver.

Les dépouilles de Bruno Bourque et de ses deux confrères, Marc-André Déraspe et Gilles Leblanc, devraient être rapatriées aux îles de la Madeleine aujourd'hui. Une cérémonie officielle et conjointe sera organisée pour les quatre marins disparus. La famille de Carl Aucoin voudrait toutefois que les recherches reprennent afin de retrouver son corps.

La mort des quatre chasseurs est intervenue lorsque leur bateau de pêche, L'Acadien II, s'est retourné en heurtant un bloc de glace lors d'une opération de remorquage. Des témoins ont affirmé que le brise-glace semblait aller trop vite. Six marins se trouvaient à bord du bateau remorqué. Deux ont pu être sauvés.

Pour les chasseurs, de telles opérations de remorquage sont des manoeuvres de routine. Mais plusieurs personnes ont jusqu'à présent évoqué des irrégularités dans l'opération de remorquage de samedi. Ainsi, un membre de l'équipage de L'Emy-Serge, Jocelyn Chiasson, a dit qu'il était inhabituel qu'un gros brise-glace remorque un bateau aussi petit que L'Acadien II, qui ne faisait que 12 mètres.

Avec La Presse canadienne
1 commentaire
  • Gilles Bousquet - Inscrit 1 avril 2008 10 h 07

    On veut savoir

    C'est qui le capitaine du brise-glace Sir William Alexander ? On aimerait ça le savoir pour lui faire honte un peu et on espère que le fédéral va lui montrer la porte ou le hublot. Méchant cave !