Le Québec numérique s'emballe

80 % des personnes avec un niveau scolaire primaire n’ont pas accès à Internet, tout comme 55 % des ménages déclarant des revenus annuels inférieurs à 20 000 $
Photo: 80 % des personnes avec un niveau scolaire primaire n’ont pas accès à Internet, tout comme 55 % des ménages déclarant des revenus annuels inférieurs à 20 000 $

Toujours plus branchés et encore plus actifs. En 2007, les Québécois ont accentué leur présence sur Internet au point d'être désormais en avance sur le reste du Canada en matière d'utilisation de ce mode de communication. Dans les univers numériques, ils se montrent d'ailleurs de moins en moins passifs, et ce, peu importe l'âge, indiquent les données de l'enquête annuelle sur les Québécois et Internet dévoilées hier à Montréal par le Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO).

En 2007, 71,5 % de la population adulte a utilisé Internet sur une base régulière, selon la compilation des coups de sonde lancés tous les mois par téléphone dans un bassin de 1000 personnes par Léger Marketing pour le compte du CEFRIO. L'année précédente, ils avaient été 66 % des répondants à en faire autant, et ce, avec une marge d'erreur de 3,4 %, 19 fois sur 20.

Cette progression de la pénétration d'Internet, jugée «étonnante» par cet organisme qui fait la promotion des nouvelles technologies à des fins productivistes, place désormais le Québec en avance sur le reste du Canada, où une moyenne de 66 % de la population a pignon sur Web.

En matière de connexion à Internet, le Québec dépasse également la France (54,7 %), le Royaume-Uni (62,3 %) et la Suisse (67,8 %), selon les données de l'Internet World Stats, cuvée 2007. Toutefois, l'Islande (85,4 %), la Suède (75,6 %), la Nouvelle-Zélande (74,9 %) et le Portugal (73,8 %) l'utilisent encore davantage.

Autres constats de cette enquête baptisée NETendances: la fracture numérique entre les générations tend à se réduire doucement. Certes, les jeunes sont toujours bien représentés dans ces mondes pixelisés avec 92 % des sondés de 18-24 ans et 88 % des 25-34 ans à utiliser le réseau pour converser ou se divertir. Mais les autres classes d'âge ne sont pas en reste, surtout les 65 ans et plus, qui peuvent se vanter d'avoir eu 34 % de leurs représentants branchés à Internet en 2007. Il s'agit d'une progression fulgurante: en 2000, ils étaient à peine 10 %. Par ailleurs, 59 % des 55-64 ans et 73 % des 35-44 ans se sont dit branchés à Internet.

«Le portrait de l'internaute québécois tend à s'homogénéiser et l'accès à Internet se démocratise également», a commenté Najoua Kooli, du CEFRIO. «On constate aussi que la prédominance des hommes sur le réseau par rapport aux femmes tend à diminuer.» L'écart se rétrécit entre les hommes et les femmes sur Internet.

Il se situe désormais à six points, contre le double en 2000, indique cette imposante mesure de l'opinion qui, à ce jour, a sondé le coeur de 140 000 Québécois.

En contrôle des contenus

Ces Québécois se montrent d'ailleurs de moins en moins passifs sur Internet, et ce, en étant très nombreux à s'approprier les outils du Web dit participatif. Baptisé Web 2.0 par les fabricants de tendances, ce pan d'Internet est animé par des interfaces qui permettent non seulement de consulter des contenus mais aussi d'en créer. Wikipedia, YouTube, Facebook et la blogosphère en sont les composantes les plus souvent mentionnées.

L'an dernier, par exemple, 17,3 % des répondants ont dit avoir participé à un site de réseautage de type Facebook, LinkedIn ou MySpace, indique le coup de sonde du CEFRIO. Ils étaient 43 % uniquement chez les 18-34 ans, un groupe d'âge qu'on qualifie de «génération W» (W pour Web). En février dernier, un autre coup de sonde effectué par Ipsos pour le compte du portail Branchez-vous! a révélé que plus du tiers des Québécois âgés de 18 ans et plus avaient succombé à l'appel de Facebook seulement, soit plus du double.

Les «wikis», dont Wikipedia, l'encyclopédie universelle alimentée par et pour les internautes, est le principal ambassadeur, ont également attiré 19 % des répondants, soit près de la moitié des «W». Par ailleurs, dans toutes les strates de la population, la baladodiffusion et le téléchargement de fichiers sonores (16 %), le partage de vidéos (11 %) ainsi que la consultation (25,5 %) et l'animation d'un blogue (8,3 %) poursuivent leur ascension, surtout chez les 18-34 ans. De façon plus timide, les fils RSS (Really Simple Syndication), qui permettent la diffusion d'alertes et de nouvelles sur Internet, n'ont fait vibrer que 4,5 % des répondants en 2007.

Cette montée du Web participatif n'étonne pas Marianne Kugler, du département d'information et de communication de l'Université Laval. «Cela vient avec la quête très contemporaine d'être quelqu'un dans une société de plus en plus anonyme», a-t-elle indiqué au Devoir hier. «Il est toutefois difficile de dire si ces réseaux ne vont être finalement qu'un phénomène de mode ou pas. Mais quand on constate que de plus en plus d'entreprises mettent par exemple en place des wikis [ces sites où l'information se construit sur la base d'une collaboration entre internautes] pour assurer la mémoire des connaissances, on peut penser que le Web 2.0 est sans doute là pour rester.»

Ici, maintenant et ailleurs

Avec des internautes plus actifs, l'accès à Internet devrait aussi se faire de plus en plus mobile à l'avenir, indique l'enquête du CEFRIO, qui constate la croissance de la navigation dans le cyberespace à partir de moyens de communication sans fil. En tête: l'ordinateur portable, dont 21,6 % des répondants ne peuvent plus se passer. Le téléphone cellulaire ainsi que les Blackberry et autres assistants personnels demeurent encore dans la marge avec respectivement 8,1 % et 3,7 % des adultes qui disent avoir eu recours à de tels appareils pour se perdre dans les méandres de la Toile ou pour prendre leurs courriels.

Ces courriels poursuivent d'ailleurs leur prolifération dans la population. En 2007, quatre millions de Québécois, ou 65 % des répondants, ont dit utiliser ce mode de communication sur une base personnelle et régulière avec parents et amis, indique NETendances 2007, contre 40 % en 2001.

Cette croissance s'accompagne naturellement d'une augmentation du nombre d'ordinateurs dans les ménages. L'an dernier en effet, 83,6 % d'entre eux ont été éclairés, le soir, par le tube cathodique ou l'écran à cristaux liquides d'un de ces appareils, indique l'enquête du CEFRIO. En 2005, près des trois quarts des foyers québécois disposaient d'un tel équipement. Dans 59 % des cas, ces ordinateurs sont d'ailleurs branchés à Internet au moyen d'une connexion à haute vitesse sans fil (3,1 %), par téléphone (24,1 %) ou par câble (32,1 %). Enfin, notons qu'en 2007, 12,4 % des ménages ont encore eu accès à Internet avec un lien à basse vitesse par téléphone. Étrangement, c'est moins qu'en 2004 (17,5 %) mais plus que l'année précédente, où 9 % des familles branchées avaient une connexion qui fait du bruit au démarrage, principalement en région, où l'accès à la haute vitesse représente toujours un défi, a reconnu le CEFRIO.

Et ce n'est pas le seul défi que le Québec devra relever au cours des prochaines années, estime au passage le Centre francophone d'informatisation des organisations qui, dans la foulée du portrait optimiste livré hier, constate que les Québécois ne sont pas tous égaux devant Internet. Et pour cause: 80 % des personnes avec un niveau scolaire primaire n'y ont pas accès, tout comme d'ailleurs 55 % des ménages déclarant des revenus annuels inférieurs à 20 000 $.

C'est d'ailleurs une preuve, selon Marianne Kugler, que si le Québec numérique est en mutation depuis quelques années, cette mutation est surtout l'affaire d'internautes riches et éduqués, dont 90 % d'entre eux rayonnent désormais sur Internet, indique la cuvée 2007 de NETendances.
2 commentaires
  • Jean Dussault - Inscrit 20 mars 2008 08 h 14

    pas de haute vitesse: grand handicap

    Les gouvernements ou le CRTC devraient légiférer pour que toutes les régions aient le service Internet à haute vitesse.

    C'est inconcevable qu'à 10 minutes de St-Sauveur dans les Laurentides on n'ait pas le service à haut débit de Bell. C'est un service essentiel, pour l'accès à l'information et le travail autonome à la maison.

    Y'a pas que les régions dites 'éloignées' qui en ont besoin.

  • Claude L'Heureux - Abonné 20 mars 2008 09 h 17

    Riches et éduqués?

    Quand l'on voit un pays comme le Portugal dans le peloton internet l'on peut dire qu'il n'est pas nécessaire d'être riche pour accéder à Internet: il suffit de choisir entre l'auto et Internet. Quand à l'éducation elle peut rester rudimentaire car il suffit de savoir lire car à l'écriture, si l'on s'en donne la peine, il y a le correcteur et le dictionnaire. Pour ce qui est d'avoir accès aux commandites de l'auto et la porno...

    Cependant l'on devrait voir nos factures concernant le branchement diminuer étant donné le fort taux d'utilisation (71%)...

    Claude L'Heureux, Québec