Série Félix Leclerc - Le ras-le-bol de Mario Clément

Mario Clément a voulu signaler sa volonté interventionniste à l'industrie de la télévision lorsqu'il a descendu en flammes la série de Claude Fournier et Marie-Josée Raymond sur Félix Leclerc. Il a justifié hier cette sortie par son ras-le-bol face au «mépris» du couple à l'égard du personnel de la Société Radio-Canada (SRC).

M. Clément a passé une bonne partie de la journée à s'expliquer, hier en Cour supérieure, au sujet de cette brève conférence de presse du 2 mars 2005 qui lui a valu une poursuite en diffamation de 4,3 millions du couple Fournier-Raymond. Cette sortie constitue le point culminant d'un «historique de bris de confiance» entre la SRC et le couple Fournier-Raymond, cofondateurs de la boîte Rose Films. «Ç'a été une relation teintée de mépris. C'est tout simplement ça que j'ai expliqué [lors de la conférence de presse]», a témoigné M. Clément, hier, devant le juge Richard Wagner.

«[La série sur] Félix Leclerc est le parfait exemple de ce qu'il ne faut pas faire», avait dit M. Clément lors de cette conférence de presse, qualifiant la série d'«une des plus mauvaises» qu'il lui avait été donné de voir. Il déplorait au passage le manque de collaboration de M. Fournier et Mme Raymond. «Ils méprisent Radio-Canada, ils méprisent ceux qu'ils appellent les "fonctionnaires" de Radio-Canada», avait-il lancé aux médias.

M. Clément désirait également que ses déclarations controversées servent d'avertissement au milieu de la télévision au sujet du changement d'orientation de la SRC, a-t-il expliqué hier. À l'image d'un éditeur dans le milieu de la littérature, Radio-Canada allait désormais intervenir en amont, dès le lancement d'un projet de série, pour en influencer le contenu et diffuser des oeuvres cadrant avec son mandat. «Le message au milieu de la production, parce que Rose Films n'est pas le seul [producteur] à résister au fait qu'on veut un encadrement spécifique à nos productions, c'est qu'il n'y a plus une production qui va nous échapper. [...] On a besoin d'avoir le contrôle sur tous les leviers possibles de la création», a dit M. Clément, au sujet de ses intentions, lors de la conférence de presse.

M. Clément a par ailleurs reconfirmé devant le juge Wagner tout le mal qu'il pense de la série sur Félix Leclerc, qui mettait en vedette le chanteur populaire Daniel Lavoie dans le rôle du légendaire poète et chansonnier québécois.

Dès son embauche à titre de directeur-général des programmes télévisés, en 2003, M. Clément a été avisé que la série courait à la catastrophe. Les suggestions formulées par le personnel de la SRC pour améliorer le produit étaient accueillies «avec mépris» par l'auteur et réalisateur, M. Fournier, et la productrice, Mme Raymond. À telle enseigne que la directrice des dramatiques, Louise Lantagne, a carrément refusé de rediscuter avec le couple dès l'automne 2004, à la suite d'une rencontre particulièrement pénible.

Le visionnement des épreuves de tournage et des premiers épisodes a accéléré la détérioration de la relation d'affaires entre la SRC et le couple Fournier-Raymond. «On a pu voir que toutes les craintes qu'on avait par rapport au jeu de Daniel Lavoie se confirmaient», a témoigné hier M. Clément, notamment parce que le chanteur parlait de façon poétique et littéraire, contrairement à tous les autres personnages de la série. «Quand ça part tout croche, ça finit tout croche», a-t-il résumé.

Convaincu qu'il ne pouvait exiger des changements en raison de l'intransigeance du couple et des délais afférents à la production en télévision, M. Clément a donc laissé le projet, initié avant son arrivée à la SRC, suivre son cours. Il souhaitait éviter ainsi des écueils financiers à ses artisans. «Si on veut saboter quelque chose, il y a des implications financières énormes. Si Radio-Canada n'est pas là, tout l'échafaudage du financement tombe», a dit M. Clément, faisant référence au fait que Rose Films aurait alors perdu sa subvention du Fonds canadien de télévision et son crédit d'impôt pour la production. «La décision, c'est: "on ne nuira pas économiquement à ce projet"», a expliqué M. Clément.

En contre-interrogatoire, l'avocat du couple Fournier-Raymond, Jacques Jeansonne, a longuement insisté sur la sortie remarquée de Francis Leclerc, qui a vertement critiqué la série sur son célèbre père sur le plateau de tournage de l'émission phare de Radio-Canada, Tout le monde en parle. M. Jeansonne semblait étonné que M. Clément n'ait exercé aucune influence sur la liste des invités, dans cette logique où il assimile l'animateur Guy A. Lepage au rôle de «subalterne» de M. Clément. «Je ne me suis pas servi des ondes pour exprimer mon opinion personnelle. Guy A. Lepage est un grand garçon qui a décidé de parler de ce sujet avec Francis Leclerc», a dit M. Clément. De même, Me Jeansonne s'est interrogé sur l'à-propos d'une récente sortie de la comédienne Monique Mercure, encore une fois à Tout le monde en parle. Alors que le procès au civil était sur le point de commencer, Mme Mercure a qualifié de «très désagréable» le tournage du film-culte Deux femmes en or, réalisé par M. Fournier en 1970. «Ç'a été une arnaque incroyable», a-t-elle dit.

Un accrochage de M. Clément avec la reporter du Journal de Montréal Michelle Coudée-Lord a, enfin, rebondi devant le tribunal. Me Jeansonne a mis en preuve une lettre de la direction de Quebecor adressée à l'ex-p.-d.g. de la SRC, Robert Rabinovitch, au sujet de commentaires de M. Clément. Celui-ci aurait accusé dans le passé Mme Coudée-Lord de mener une campagne de dénigrement à l'égard de la SRC et il aurait menacé de monter un dossier noir sur la journaliste.
1 commentaire
  • Claire Dufour - Inscrite 19 mars 2008 10 h 41

    Ouf ! La politique à côté de cela n'est rien.

    D'entrée de jeu, je me confesse que la physionomie de M.Clément ne m'a jamais plu...Mais ce n'était que des perceptions.
    Avec tout ce qui se dit aujourd'hui, cela conforte mes intuitions.
    Il est vrai que la série n'a pas été à la hauteur. Mais l'écueil qu'il voulait éviter aux artisans ne faisait-elle pas parti de son plan pour justifier ce qu'il est en train de faire, c'est-à-dire, nous abrutir avec des séries américaines?