Confédération des syndicats nationaux - Une centrale au féminin

«Ce n’est pas tant l’égalité de droit qui pose problème entre les hommes et les femmes dans la société actuelle, c’est l’égalité de fait, d’où l’importance des droits économiques et sociaux», soutient Claudette Carbonneau, préside
Photo: Pascal Ratthé «Ce n’est pas tant l’égalité de droit qui pose problème entre les hommes et les femmes dans la société actuelle, c’est l’égalité de fait, d’où l’importance des droits économiques et sociaux», soutient Claudette Carbonneau, préside

Les femmes occupant des postes de direction à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) sont nombreuses et à l'image même de ce grand syndicat. Claudette Carbonneau a marqué l'histoire du syndicalisme québécois au moment où elle est devenue la première femme à se retrouver à la présidence d'un vaste mouvement syndical multisectoriel.

La présidente se penche sur l'importance que revêt le dossier de la condition féminine à la CSN: «Chez nous, 53 % des membres sont effectivement des femmes et, quand on regarde la présence de celles-ci dans la main-d'oeuvre au Québec, elle est de 45 %. Donc, je pense que ce pourcentage à lui seul, qui est plus élevé que celui de leur présence même sur le marché du travail, dénote certainement une préoccupation de la centrale d'avoir une main tendue vers un des groupes cibles éprouvant le plus de difficultés sur ce marché.»

Elle précise: «Il y a un choix et une orientation visant à rejoindre les femmes, d'autant plus que nous sommes une organisation présente dans tous les secteurs de l'activité économique et qu'on doit nous juger à cette hauteur-là. Depuis plus de 30 ans, je dirais que l'existence d'un comité de la condition féminine et les thématiques reliées à cette question ont toujours revêtu un caractère très important au sein de la centrale. Je souligne que je suis la première femme à occuper la présidence d'une organisation multisectorielle au Québec. On est aussi le premier mouvement de ce genre à présenter tout à fait la parité hommes-femmes au sein de ses instances de direction. Voilà ce qui témoigne de notre attachement à ce dossier-là.»

Elle fait ressortir une des valeurs primordiales de ce grand syndicat: «Notre approche se situe dans le droit fil des préoccupations de la CSN, qui est d'abord et avant tout une organisation de solidarité concernée par la défense des droits humains. Dans ce contexte, toute l'histoire du combat des femmes en est une de quête de ces droits, de reconnaissance de leur pleine autonomie et de leur entière participation dans le monde du travail et dans la sphère publique.»

Une équité améliorée

Dix ans après l'adoption de la Loi sur l'équité salariale, seules 50 % des entreprises environ ont réalisé un exercice dans ce sens. Mme Carbonneau s'inquiète d'une pareille donnée: «Cela doit allumer un voyant lumineux indiquant qu'il y a là un problème. Malgré tout, l'existence de la loi est importante car elle a permis à la moitié des entreprises de réaliser quelque chose, mais le côté sombre, c'est que l'autre moitié ne l'a pas fait.»

Une fois ce constat posé, elle propose un plan d'action: «Posons-nous la question de savoir comment travailler dans l'avenir pour que la loi se concrétise véritablement et qu'on atteigne ses pleins objectifs.» Elle prône trois mesures: la première porte sur le maintien en place d'une commission sur l'équité. Deuzio, la CSN recommande, tout en souscrivant au principe des approches différentes de la loi selon le nombre des employés en cause, d'adopter des positions plus claires sur le plan des résultats à obtenir et des étapes à franchir pour y arriver.

La Confédération croit enfin qu'il est nécessaire que les entreprises se dotent d'un outil d'évaluation propre à être validé sur le terrain et qu'elles disposent d'une méthode de travail pour être en mesure d'évaluer les écarts de salaires entre les uns et les autres: dans ces conditions, des correctifs peuvent être apportés. La présidente fait valoir un autre point: «Il faudrait garantir la participation des travailleuses, y compris dans les exercices de maintien de l'équité.»

L'égalité homme-femme

La CSN s'est prononcée devant la Commission des affaires sociales sur le projet de loi 63 modifiant la Charte des droits et libertés de la personne du Québec afin d'assurer la reconnaissance de l'égalité homme-femme. Elle émet de sérieuses réserves sur cette démarche: «Celle-ci est redondante et un petit peu tape-à-l'oeil, ce qui s'avère le diagnostic le plus doux qu'on peut poser», constate Claudette Carbonneau. Au-delà de cette prémisse, des inquiétudes plus grandes apparaissent: «En disant que l'égalité des femmes et des hommes doit être affirmée, par exemple, dans les dossiers d'exercice de la pratique religieuse des personnes, on a l'air d'exclure d'autres formes de discrimination.»

Après en avoir désigné quelques-unes, elle soutient que le pragmatisme devrait de préférence prendre le pas sur les principes pour en arriver à de meilleurs résultats: «Les grands énoncés de droit sont utiles, mais ils sont là et ils existent. Je pense que, dans les chartes canadienne et québécoise, l'égalité homme-femme est suffisamment claire et explicite. Il faut maintenant se donner des moyens d'atteindre cet objectif-là et d'éliminer toute discrimination: le premier de ceux-ci porte sur les droits économiques et sociaux.»

La centrale prône cette position: «Si le gouvernement a vraiment à coeur d'atteindre une meilleure égalité, il doit se donner des obligations sur le plan de ces droits, ce qui veut dire des choses comme le droit au logement, à la santé, à des prestations sociales pour les personnes dans le besoin. Ça veut dire des choses aussi concrètes que celles-là. Ce n'est pas tant l'égalité de droit qui pose problème entre les hommes et les femmes dans la société actuelle, c'est l'égalité de fait, d'où l'importance des droits économiques et sociaux.» À cet égard, la CSN a soumis au gouvernement toute une liste de lois dans lesquelles il pourrait intervenir.

Les priorités toujours en cours

Dans le monde du travail en général et sur le plan syndical en particulier, il reste des dossiers majeurs qui demeurent dans l'air du temps en matière de condition féminine. Claudette Carbonneau en cite deux: la poursuite de l'exercice de l'équité et le maintien de celle-ci, et la précarité d'emploi, qui frappe particulièrement les femmes.

Elle en ajoute un troisième: «Je considère qu'il faut avancer de façon impérative dans la conciliation famille-travail. On s'est donné dans ce domaine des mécanismes importants à parfaire, comme les garderies. On s'est doté de beaux instruments comme le congé parental québécois. Là où cela a bougé le moins, c'est sur le plan des mesures concrètes dans les milieux de travail. On doit avancer de façon impérative de ce côté-là.»

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Dominic Pageau - Inscrit 9 mars 2008 01 h 11

    l'Égalité de fait? Elle n'existe pas être les hommes!

    l'Égalité de fait? Elle n'existe pas être les hommes!

    Nous somme tous différents et de plus, les femmes en général aspirent à autre que la carrière accaparente, elle préfère la job qui lui permet d'avoir du temps pour avoir une sociale. Alors, ce désir de vouloir la parité partout, c'est n'importe quoi, ça n'a aucun sens, et ça pousse à des aberrations comme les quotas en faveur des femmes pour les études et pour le travail.