L'âge de pierre chez les singes

Washington — Deux archéologues américains et un expert en primatologie allemand ont annoncé hier avoir mis au jour, en Côte d'Ivoire, le premier site archéologique montrant que les singes, comme les hominidés ancêtres de l'homme, utilisent depuis longtemps des pierres comme outils.

Ces scientifiques ont localisé et étudié un site où des chimpanzés avaient utilisé des pierres pour casser des noix qu'ils posaient sur des racines d'arbres, transformées en enclumes. Ils ont retrouvé 479 éclats de pierre à l'endroit où les primates s'activaient, dans ce qui est aujourd'hui le parc national de Taï, dans le sud-ouest de la Côte d'Ivoire.


«Certains éclats de pierre résultant de la technique des chimpanzés pour casser des noix sont similaires à ceux que l'on voit sur les plus simples des sites oldowayens [hominidés] en Afrique de l'Est», a expliqué l'archéologue Julio Mercader, de la George Washington University (GWU), et coauteur de la recherche.


C'est la première fois, selon l'archéologue, que de telles techniques sont utilisées pour l'excavation d'un site animal, «ce qui introduit la possibilité de suivre le développement d'au moins un aspect de la culture des singes à travers les âges» pour nous éclairer sur le développement de l'homme.


«Nous savons que des pierres plates étaient utilisées comme outils il y a 2,5 millions d'années, mais les pierres pourraient avoir été utilisées par les hominidés il y a jusqu'à cinq millions d'années», a pour sa part expliqué Melissa Panger, coauteur de la recherche à la GWU.


Le site archéologique a été identifié par Christophe Boesch, expert en primatologie du département d'anthropologie de l'Institut Max Planck à Leipzig (Allemagne), qui étudie depuis 1979 les chimpanzés de Côte d'Ivoire et leur utilisation des pierres. Il a notamment pu établir, avec sa femme Hedwige, que les petits chimpanzés mettent plusieurs années pour apprendre de leur mère la technique pour casser des noix.