Un groupe qui vient en aide aux prostitués mâles devra réduire ses services faute d'argent

Danny Brown, prostitué, bénéficie des services d’Action Séro Zéro.
Photo: Jacques Nadeau Danny Brown, prostitué, bénéficie des services d’Action Séro Zéro.

Action Séro Zéro a un besoin pressant d'aide financière pour maintenir son programme «Travailleurs du sexe», qui vient spécifiquement en aide aux hommes qui pratiquent la prostitution. Si l'organisme n'obtient pas 44 000 $ d'ici la fin du mois de mars, le nombre d'intervenants devra diminuer de moitié. Et pourtant, l'organisme montréalais note une hausse de la fréquentation de son centre du soir de 8 % depuis 2004.

L'organisme et le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance ont profité de la présentation du documentaire Hommes à louer aux Rendez-vous du cinéma québécois pour dénoncer la situation en conférence de presse hier. Par manque de financement, deux des quatre intervenants qui travaillent auprès de 300 hommes pourraient être remerciés. Une perte qui risque de faire mal au centre du soir, lieu où les prostitués peuvent échanger entre eux, mais aussi recevoir de l'information concernant le VIH et les maladies transmissibles sexuellement.

Robert Rousseau, directeur général d'Action Séro Zéro, explique que le nombre d'intervenants est déjà limité pour la clientèle croissante. Trois intervenants doivent constamment se trouver au centre du soir pour assurer une certaine sécurité lorsqu'une personne intoxiquée doit être prise en charge. Aussitôt qu'un des quatre employés est malade, le centre doit fermer, raconte M. Rousseau.

Pour Suzanne Carrière, directrice des services spécifiques en santé publique pour le CSSS Jeanne Mance, la situation est préoccupante du fait que les travailleurs du sexe sont particulièrement difficiles à rejoindre par les services de santé traditionnels. «Ces gens-là ne sont pas dans nos bureaux à 8h du matin», soutient-elle.

Pour tenter d'inverser la situation, le CSSS et Action Séro Zéro ont créé un partenariat. Ainsi, deux infirmières sont mises à la disposition de l'organisme. Les intervenants, pour leur part, informent les travailleurs du sexe des services offerts par les CLSC.

Le résultat est plutôt concluant: des 300 hommes qui ont été approchés par les intervenants, 157 ont également consulté un spécialiste de la santé dans un CLSC. Sans la présence de Séro Zéro, Mme Carrière avoue qu'il serait impossible de rejoindre autant d'hommes.

Travailleur du sexe depuis maintenant 25 ans, Danny est conscient de l'aide qu'il a reçue au centre du soir. En effet, l'homme, qui a commencé à se prostituer à l'âge de 16 ans, a reçu des traitements contre le cancer du côlon, soins qu'il n'aurait jamais eus sans le centre d'Action Séro Zéro. Bientôt, il recevra également l'aide d'un psychologue une fois par semaine. «Il nous accueille à bras ouverts peu importe qui on est ou comment on est», assure-t-il.

Depuis 2000, l'organisme reçoit une subvention conjointe des gouvernements provincial et fédéral dans le cadre du programme «Initiative de partenariats en action communautaire» (IPAC). Ce programme est toutefois nouvellement remplacé et géré par l'Agence de santé et des services sociaux de Montréal, qui a refusé la demande de financement de l'organisme en décembre dernier. Le budget total de 144 900 $ fond ainsi de 44 000 $.

M. Rousseau presse les gouvernements et les instances de santé publique d'aider Action Séro Zéro avec une somme qu'il estime minime en comparaison de ce qu'il en coûterait au système de santé pour rejoindre les travailleurs de sexe.