Rabaska: les opposants relancent les hostilités

Québec — Le projet Rabaska a beau avoir été approuvé par décret, les groupes environnementalistes espèrent encore pouvoir tout bloquer avec une nouvelle coalition nationale en opposition au projet.

«Seuls les fous ne changent jamais d'avis. Ils ont le droit de reculer, ce ne serait pas une honte à ce stade-ci», a fait valoir le responsable du dossier climatique chez Greenpeace, Arthur Sanborn. «La décision d'aller de l'avant avec Rabaska n'a pas mis le monde à terre mais nous a donné le courage de nous organiser mieux.»

D'où ce nouveau collectif baptisé «Stop au méthanier», qui fédère les opposants locaux, la Coalition Québec-Kyoto et des organisations canadiennes comme le Sierra Club, Greenpeace et le NPD. Un nouveau point de presse est prévu pour mardi prochain à Montréal et on nous promet «plusieurs coups de semonce» au cours des prochaines semaines.

Cette renaissance survient paradoxalement au moment où les promoteurs voient leur patience testée ailleurs. Plus de six mois après le dépôt du rapport du BAPE, le gouvernement n'a toujours pas donné le feu vert à Rabaska. À Pêches et Océans, qui coordonne le dossier à Ottawa, on nous dit que ce dernier «suit son cours». «D'ici quelques mois, on devrait avoir une réponse», a dit le porte-parole Jean-Riverin. On attend notamment l'avis de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale, qui a dû, à la dernière minute, répondre à des requêtes des Malécites du Bas-Saint-Laurent et des Micmacs de la Gaspésie.

Mais le promoteur (un consortium composé de Gaz Métro, d'Enbridge et de Gaz de France) ne semble pas inquiet et prévoit lancer la construction du terminal l'été prochain comme prévu. Et ce, même s'il n'est pas encore parvenu à conclure un contrat d'approvisionnement avec le fournisseur russe Gazprom.

Les opposants interpellent l'ADQ

À ce propos, les opposants ont demandé hier au gouvernement quel avantage tirerait le Québec à «se libérer de sa dépendance au gaz naturel de l'Ouest canadien» pour «dépendre plutôt du gaz russe». Gazprom, plaident-ils, vise la formation d'un cartel du gaz avec l'Iran et le Qatar dans le but de fixer les prix. Ils ajoutent que l'entreprise «n'a pas hésité dans le passé à fermer les vannes à des voisins pour des motifs essentiellement politiques».

Après avoir échoué à élargir le mouvement anti-Rabaska comme ils l'avaient fait pour le Suroît, les opposants ont réaligné leur argumentaire sur la politique énergétique et souhaitent convaincre la population que, non seulement le Québec n'a pas besoin de deux terminaux méthaniers (Rabaska et Gros-Cacouna), mais que cela contrevient aux objectifs du protocole de Kyoto.

Ils réclament de nouveau que le dossier soit soumis à la Régie de l'énergie afin qu'elle évalue les besoins du Québec en matière de gaz naturel. Interrogés sur leurs chances dans un contexte où l'opposition officielle est en faveur de Rabaska, ils ont dit que tous les espoirs étaient permis, et ce, même du côté de l'ADQ. «M. Dumont ne pourra plus se défiler», a affirmé Yves Saint-Laurent, du groupe Rabat-Joie de Beaumont. «Ce n'est pas logique d'appuyer deux projets terminaux méthaniers, et c'est ce qu'il fait actuellement.»

Vérification faite, l'ADQ s'en tient à la position «pro-Rabaska» de son député dans le comté de Lévis, Christian Lévesque. Du côté du Parti québécois, on est toujours favorable à l'idée que le dossier soit étudié par la Régie de l'énergie, mais pas question pour l'instant de s'engager activement au sein de la coalition.
2 commentaires
  • Claude L'Heureux - Abonné 30 janvier 2008 17 h 36

    L'emplacement!

    C'est l'emplacement de Rabaska qui fait problème. Qu'on le déplace vers l'est! Pour ce qui est de devenir des porteurs de gaz pour les États avec Gazpron de Russie: pas de problème! Devra-t-on payer pour la bourse de carbonne avec ça?

    Claude L'Heureux, Québec

  • Nicolas Lepage-Dussault - Inscrit 31 janvier 2008 01 h 18

    Laxisme politique

    J'ai du mal à croire que notre gouvernement «démocratique» accepterait des produits provenant de pays autoritaires comme la Russie et notre bon amie Poutine...Ah oui! Dans notre société, l'économie et la politique sont deux entités différentes!