Mickey Mouse et Winnie l'ourson, vendeurs de pizzas

Ce partenariat «éthiquement discutable» va d'ailleurs à l'encontre d'un «consensus social» sur la publicité destinée aux enfants et devrait inciter Québec à resserrer rapidement sa réglementation en la matière.

«Nous avons une fois de plus la preuve de l'offensive de l'industrie agroalimentaire, qui sollicite l'attention des enfants pour vendre ses produits», a commenté Martine Painchaud, de la Coalition québécoise sur la problématique du poids (CQPP). «Cette pratique est certes légale mais elle n'en est pas moins inacceptable à une époque où l'Organisation mondiale de la santé a ciblé le marketing intense de l'industrie agroalimentaire comme un des facteurs de l'épidémie d'obésité.»

En grande pompe, Sobeys a annoncé ce mardi le lancement de sa gamme de produits Compliments - Junior Disney, destinée aux enfants âgés de trois à douze ans et mettant en vedette des personnages de l'empire du divertissement. Mickey Mouse, Buzz Lightyear (Histoire de jouets) et M. Incroyable, entre autres, sont du nombre. Ils sont associés notamment à des galettes de viande hachée, des pizzas hawaïennes, des saucisses à hot-dog, des croquettes de pomme de terre en forme de lettres ou encore des nouilles sèches ou prêtes à manger à la sauce Winnie l'Ourson.

Rendre les parents fiers

«Avec l'augmentation du nombre de cas d'obésité infantile, nous nous préoccupons plus que jamais de ce que nos enfants mangent», a expliqué par voie de communiqué Scott Cooper, responsable de la marque maison chez Sobeys. Avec sa nouvelle gamme de produits, le distributeur souhaite donc «simplifier la tâche [des parents]» en leur fournissant des «repas délicieux et nutritifs dont ils peuvent être fiers».

La Fondation des maladies du coeur est également liée à cette campagne controversée: trois quarts des prêts-à-manger vendus sous la marque «Compliments - Junior Disney» sont en effet reconnus par son programme Visez Santé, une certification qui vise à orienter les choix des consommateurs.

«Ça fait longtemps que nous sommes associés à Sobeys, a justifié hier Danielle Côté, porte-parole de cette campagne. Les produits certifiés respectent effectivement nos critères et ceux du Guide alimentaire canadien. Et ce n'est pas parce qu'il y a Mickey dessus qu'ils ne sont pas bons pour la santé.» Elle a ajouté ceci: «Le lien avec Disney soulève effectivement beaucoup de questions chez le public. Nous devrions d'ailleurs bientôt nous pencher là-dessus pour voir s'il est temps ou non de revoir nos critères de sélection.»

En vertu de la Loi sur la protection du consommateur (LPC), le recours à des personnages reconnus par les enfants sur des emballages de produits qui leur sont destinés ne constitue pas une infraction au Québec. La raison? Même si la publicité ciblant les enfants de moins de 13 ans est interdite, un emballage n'est pas considéré comme un vecteur de publicité, selon la loi.

«C'est peut-être le temps de revoir cette disposition, a lancé Martine Painchaud. Ça n'a pas de sens quand on sait qu'un emballage est finalement un puissant support publicitaire pour séduire les consommateurs. D'ailleurs, doit-on rappeler que la majorité de ces consommateurs sont aujourd'hui en faveur d'un contrôle plus serré de la publicité destinée aux enfants?»

En avril dernier, 90 % des répondants à un sondage SOM commandé par la Coalition Poids avaient en effet réclamé un plus grand «contrôle de ce type de publicité». Les deux tiers d'entre eux plaidaient également pour un renforcement des dispositions de la LPC... sans doute pour éviter que des dérives mettant en vedette des burgers de poulet et Woody, le cow-boy d'Histoire de jouets, ne se multiplient à l'avenir.

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