Alain Olivier perd contre la GRC

La justice n'éprouve aucune sympathie pour Alain Olivier, qu'elle considère comme l'unique artisan de ses malheurs dans un jugement expéditif rendu hier.

Le juge de la Cour supérieure Michel Caron a rejeté en bloc la poursuite de 47,4 millions de dollars intentée par M. Olivier contre le Procureur général et la Gendarmerie royale du Canada (GRC), à la suite de son emprisonnement pendant huit ans, en Thaïlande, pour trafic d'héroïne.

M. Olivier a soutenu lors du procès qu'il avait accepté d'importer de l'héroïne sous la menace constante des agents doubles de la GRC de la Colombie-Britannique, affirmant même qu'il avait vécu sous un «régime de terreur» de 1987 à 1989. Olivier craignait d'être tué par les agents, qui se faisaient passer pour des caïds, s'il ne leur obéissait pas au doigt et à l'oeil.

Le fil des événements n'a pas convaincu le juge Caron de l'existence de cette menace continue. Sur une période de 18 mois,

M. Olivier n'a fait aucun effort pour s'affranchir des agents doubles et d'un informateur de police. Au contraire, il leur a même présenté des contacts potentiels dans le trafic de drogue. Alain Olivier s'est même rendu une première fois en Thaïlande pour ramener de 50 à 60 grammes d'héroïne. Lors de son deuxième séjour fatidique en compagnie des agents doubles, au début de 1989, il a travaillé d'arrache-pied pour conclure une transaction de 2,5 kilos d'héroïne avec des trafiquants locaux.

«Les faits et gestes d'Olivier tout au long de l'opération policière n'ont pas été posés sous l'emprise de menaces et de la crainte. Le tribunal ne croit pas qu'Olivier ait menti continuellement pour faire croire aux policiers qu'il semblait intéressé au projet envisagé sans l'être vraiment», conclut le juge Caron.

Le juge rejette également les allégations de provocation policière formulées par Alain Olivier et ses avocats. Dans un sens, les agents doubles de la GRC ont tendu un piège à Olivier, en lui faisant miroiter une commission de 10 %, en poudre, s'il était en mesure de faciliter l'importation d'héroïne. Et Olivier, un petit consommateur qui salivait à la perspective d'avoir autant de drogue sous la main, est tombé dans le panneau. Compte tenu de son insistance, les policiers pouvaient raisonnablement croire qu'il était en mesure de les conduire à une source en Thaïlande, croit le juge Caron.

Le juge estime enfin que le recours intenté par Alain Olivier est prescrit. La poursuite a été intentée en juillet 2000, soit huit ans trop tard. M. Olivier a fait valoir qu'il n'a pu présenter un recours dans le délai légal de trois ans en raison des conditions de détention extrêmement difficiles en Thaïlande. Le juge souligne que M. Olivier a écrit librement à des avocats canadiens, à l'ambassadeur du Canada en Thaïlande et à la Commission des plaintes du public contre la GRC durant cette période de huit ans de détention. L'examen des lettres convainc le juge que

M. Olivier faisait valoir ses prétentions sans crainte en prison et qu'il n'avait aucune réserve à discuter des gestes de la GRC.

Un des avocats d'Alain Olivier, François Audet, a accueilli le jugement avec étonnement. Il étudiera la possibilité d'en appeler du verdict avec son client dans les prochains jours, notamment sur la question de la prescription. «Il était dans une cellule de 30 pieds par 50 partagée avec 150 détenus dormant sur un plancher de ciment. Comment peut-on dire qu'il aurait pu intenter une poursuite dans cette situation?», s'est insurgé Me Audet.