Il faut beaucoup plus de logements sociaux, affirme le FRAPRU

Il faudrait plus de logements sociaux, comme cette coopérative d’habitation de la rue Montcalm, à Montréal.
Photo: Jacques Grenier Il faudrait plus de logements sociaux, comme cette coopérative d’habitation de la rue Montcalm, à Montréal.

Les familles ont de plus en plus de difficulté à se loger à un prix raisonnable au Québec. Pour le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), il n'y a qu'une solution, soit d'augmenter de façon significative le nombre de logements sociaux. C'est le message que souhaite transmettre le FRAPRU à Monique Jérôme-Forget, ministre québécoise des Finances, en prévision de son prochain budget.

Les 2000 unités de logement en deux ans annoncées lors du dernier budget du gouvernement du Québec sont loin d'être suffisantes pour répondre aux besoins criants en matière de logement social, soutient François Saillant, coordonnateur du FRAPRU. Selon lui, c'est d'une véritable relance du développement du logement social dont le Québec a besoin. L'organisme propose à la ministre de prévoir, dans son budget qui sera présenté au printemps, un plan d'investissement de cinq ans avec pour objectif la réalisation de 50 000 nouveaux logements sociaux. Il souhaite que le programme AccèsLogis soit reconduit et que son budget soit indexé au coût de la vie.

«Tous les groupes qui interviennent dans le développement du logement s'entendent pour dire qu'il faut se donner un horizon plus lointain que deux ans. Développer du logement prend du temps parce qu'il faut une disponibilité des terrains et des bâtiments. Et souvent, il y a de la décontamination à faire», explique M. Saillant.

700 millions de dollars par année

Le FRAPRU estime à 700 millions de dollars par année le coût de ce plan de développement. M. Saillant reconnaît que cette demande est ambitieuse et qu'il ne sera pas facile de persuader Monique Jérôme-Forget d'y souscrire. «Il est loin d'être acquis que Québec reconduira le programme AccèsLogis. Il faut encore convaincre la ministre Jérôme-Forget que c'est une nécessité», avoue-t-il.

Pourtant, les statistiques concernant le marché locatif sont éloquentes. Les récents rapports publiés par la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) révèlent que les taux d'inoccupation des logements pouvant accueillir des familles demeurent très bas même si la disponibilité des logements, de façon générale, est en légère hausse depuis un an dans des villes comme Montréal, Sherbrooke ou Trois-Rivières.

«Là où c'est vraiment flagrant, c'est dans la région métropolitaine de Gatineau et surtout de Québec, où le taux d'inoccupation des logements en général est rendu à 1,2 %. Et si on parle de logements de deux ou trois chambres à coucher, ce taux descend à 0,9 % à Québec alors que, pour les studios, ce taux se situe à 2,3 %», explique M. Saillant. Dans certaines villes comme Val-d'Or, Rimouski, Montmagny et Gaspé, il signale qu'aucun logement comportant trois chambres à coucher n'est libre.

Bond des loyers

À ces difficultés s'ajoutent les augmentations de loyer. À Montréal, par exemple, le coût des loyers pour les logements de deux chambres à coucher a bondi de 27 % depuis 2000, de 24 % à Québec, de 22 % à Gatineau et de 21 % à Sherbrooke. Ces hausses ont généralement pour effet d'obliger les familles à accroître la part de leur budget qu'elles consacrent au paiement de leur loyer.

«Là où l'offre de logements disponibles est la plus grande, c'est du côté des studios et, dans une moindre mesure, des logements comportant une chambre à coucher. Mais pour les familles, partout au Québec, les logements sont rares, ajoute M. Saillant. Si, au cours des dernières années, le secteur privé n'a pas répondu à la demande de logements pour les familles, c'est pour une raison très simple: il aurait perdu de l'argent. C'est la raison pour laquelle le gouvernement doit jouer son rôle.»

Le FRAPRU souhaite être entendu par la ministre des Finances dans le cadre des consultations prébudgétaires qui auront lieu au cours des prochains mois. «Mais on adresse aussi notre demande aux partis d'opposition, compte tenu du statut de gouvernement minoritaire des libéraux. On aimerait que ça devienne un objet de négociations entre les partis», dit-il.

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