Plus de fruits et de légumes, moins de Cheez Whiz

Plus de fruits et de légumes, plus de lait biologique, de soupes «prêtes à manger», de chili en conserve, de boisson à base de riz ou de soya. Moins d'ananas en conserve, de «TV dinner», de Cheez Whiz, de sauce à spaghetti à la viande, de popsicle et de pop-tarts, mais toujours autant de boeuf haché, de lait frais, de charcuterie, de pain blanc ordinaire, de croustilles et de... boissons gazeuses.

Depuis le début du siècle, les Québécois ont certes fait entrer de nouveaux produits dans leur panier d'épicerie et se sont débarrassés d'autres produits, mais, dans le fond, leurs habitudes alimentaires de base semblent très peu évoluer, constate le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) dans une étude qu'il vient de dévoiler.

Intitulée Que contient le panier d'épicerie des Québécois?, l'analyse du ministère est sans ambiguïté. De 2001 à 2005, les consommateurs ont consacré une grosse part de leur budget alimentaire à l'achat de boeuf frais, de lait frais ordinaire, de boissons gazeuses, de volaille fraîche et de charcuteries emballées. Ces produits forment en effet le «top 5» des aliments les plus achetés au Québec, bon an, mal an, selon les données sur la valeur des ventes d'ACNielsen compilées par le MAPAQ. Ces données ont été compilées dans les principales épiceries du Québec, où près de 80 % des dépenses liées à l'alimentation sont effectuées.

Au-delà de ce «top 5», le porc, les céréales prêtes à servir, les biscuits, le cheddar préemballé — de type P'tit Québec —, le pain blanc ordinaire, les croustilles à base de pomme de terre ainsi que les repas congelés à base de poulet composent également la nourriture de base des consommateurs, poursuit l'étude, tout en soulignant deux tendances: la montée en flèche du yogourt, passé du dixième rang en 2001 au septième rang cinq ans plus tard, et le timide recul des boissons gazeuses, qui sont tombées du deuxième au troisième rang sur la même période de temps.

«L'ordre d'importance des aliments les plus vendus a finalement très peu changé», constatent les auteurs de cette étude, Félicien Hitayezu et Guillaume Couture, de la Direction des études économiques du ministère. «C'est peut-être un signe que l'évolution des habitudes de consommation concernant les produits alimentaires de base est lente.»

Lente, mais tout de même plus riche en fruits et légumes. Depuis le début du nouveau millénaire, en effet, cette catégorie d'aliments a connu une croissance des ventes de plus de 50 %, soit la plus importante dans le domaine des produits périssables. Il faut d'ailleurs y voir le «signe que les consommateurs sont de plus en plus conscients de [leurs] bienfaits [sur la santé]», écrivent-ils.

Du vert dans les assiettes

Au total, les ménages du Québec ont acheté pour 1,3 milliard de dollars de fruits et légumes en 2005, au profit des tomates, des pommes de terre, des carottes, de la laitue et des champignons, les plus achetés, mais aussi des pommes, des bananes, des oranges et surtout des petits fruits, dont la croissance des ventes a été exceptionnelle entre 2001 et 2005, constate le MAPAQ, soit 145 %.

Autre constat: si le pain blanc tranché préemballé est toujours le préféré des Québécois, avec une augmentation de la valeur des ventes de 30 % en cinq ans, son avenir n'est pas pour autant assuré, préviennent les fonctionnaires provinciaux. Son hégémonie dans les paniers d'épicerie est en effet menacée par le pain aux céréales, tout aussi tranché et préemballé (+ 165 %), mais aussi par le pain dit de spécialité, de type baguette par exemple (+ 100 %), dont la popularité se confirme depuis le début des années 2000.

Et ils ne sont pas les seuls à avoir le vent dans les voiles depuis quelques années. Selon les chiffres passés au crible par le MAPAQ, entre 2001 et 2005, les colorants à café aromatisé (+ 1228 %), les soupes disponibles au rayon des aliments frais (+ 615 %), le chili en conserve (+ 285 %), le lait bio (+ 278 %), les fruits congelés (+ 240 %), les boissons à base de riz (+ 219 %), les laits maternisés (+ 188 %) ou encore les boissons de soya (+ 170 %) trouvent également de plus en plus de place dans le coeur et le garde-manger des consommateurs.

Difficile d'en dire autant pour les boissons au raisin en conserve, la pâte à pain congelée, les boissons à l'orange en conserve, les popsicle, le jus de pamplemousse, la sauce à spaghetti à la viande, les boîtes de Craker Jack, la réglisse, le quark ou le ragoût de boulettes en conserve. Avec des chutes de vente variant de 75 % à 20 % sur cinq ans, ces produits ont confirmé leur déclin au cours des dernières années.

À voir en vidéo