Au pied de la montagne

Mont-Saint-Hilaire dans toute sa splendeur.
Photo: Mont-Saint-Hilaire dans toute sa splendeur.

Le Village de la gare à Mont-Saint-Hilaire offrira 1000 nouvelles unités d'habitation à proximité d'une gare ferroviaire et d'une montagne peu ordinaire. On croit rêver lorsqu'on entend les détails du projet de développement du Village de la gare de Mont-Saint-Hilaire, qui prendra partiellement forme début septembre quand la liaison ferroviaire entre cette municipalité et le centre-ville de Montréal deviendra réalité.

L'arrivée du train, une initiative heureuse de l'Agence métropolitaine de transport (AMT), est l'occasion d'entreprendre un développement original et audacieux sur un emplacement grand comme 100 terrains de football: 1000 nouvelles unités d'habitation (bungalows, condos, triplex, cottages, etc.), mise en place d'allées piétonnières qui seront des «raccourcis» pour aller à la gare, dessin des rues de façon à limiter la vitesse et protéger la qualité de vie des résidants qui demeureront tout près de la gare, plantation de centaines d'arbres, construction de carrefours giratoires au lieu de feux de circulation, aménagement de parcs (ils occuperont 14 % de l'espace) qui seront raccordés au réseau municipal actuel, etc.


Que ce soit le promoteur Jacques Cooke ou l'urbaniste de la municipalité, Sylvain Villeneuve, tous veulent créer un environnement qui s'harmonise parfaitement avec le caractère champêtre de la municipalité telle qu'elle est aujourd'hui. L'un des corollaires de cette ambition, c'est la volonté de «mélanger» les types d'habitation de façon à éviter la constitution de secteurs de bungalows, de triplex, de cottages. L'un des avantages d'une telle formule, c'est de favoriser une certaine densité humaine sur l'ensemble du site et non pas dans quelques coins seulement.


De fait, l'expérience qui est menée à Mont-Saint-Hilaire est unique au Québec. Le 30 mars dernier, d'ailleurs, François Cardinal écrivait dans le Devoir: «C'est précisément ce à quoi s'attellera l'Agence métropolitaine de transport (AMT) au cours des prochaines années: tenter de convaincre sociétés, municipalités et organismes de faire concorder aménagement et transports afin de régler les divers problèmes liés aux transports dans la région métropolitaine. Dans le jargon, on appelle cette façon de faire le transit oriented development [É] Mais le plus beau projet actuellement sur la table à dessin est sans aucun doute celui de la municipalité de Mont-Saint-Hilaire.»


On le comprend aisément quand on connaît les difficultés de la circulation automobile sur la rive sud de Montréal et le temps perdu dans les embouteillages. Facilement accessible à pied pour les habitants du Village ou par automobile via la sortie 115 pour les résidants de nombreuses autres municipalités, la gare de Mont-Saint-Hilaire devrait facilement devenir un point stratégique du transport dans la région — l'AMT s'attend d'ailleurs à attirer 8000 passagers par jour!


En langue populaire, le développement amorcé à Mont-Saint-Hilaire est «songé», c'est-à-dire qu'on a beaucoup réfléchi et discuté pour tenir compte des véritables besoins des résidants. Un exemple: le train offrira cinq trajets aller-retour vers Montréal, mais qu'en sera-t-il pour une personne qui raterait le dernier train du soir vers Mont-Saint-Hilaire ou qui voudrait rester en ville et rentrer tard à Mont-Saint-Hilaire? Il y aura, en complément du service ferroviaire, un service d'autobus qui reliera Montréal à la gare.


Ce service sera particulièrement utile pour un utilisateur provenant d'une autre ville et utilisant l'une des 600 places gratuites de stationnement. Au lieu de dépenser une somme importante pour aller récupérer son véhicule, il pourra sans peine rentrer chez lui. Voilà qui relève du gros bon sens mais qui est si inusité, en ce pays où le transport en commun est négligé, qu'on ne peut manquer de qualifier d'intelligente une telle initiative.


Autre manifestation d'une sensibilité peu commune: l'espace vert entre les maisons et la rue, qui est habituellement d'environ huit mètres, sera réduit de la moitié environ. La mesure est approximative car il n'y aura justement pas de distance unique pour éviter ces lignes droites qui caractérisent certaines banlieues et dont on dit, en exagérant juste un petit peu, que les maisons se distinguent uniquement par le numéro de porte. Au-delà de la plaisanterie, il reste que les pelouses sont presque toujours désertes et qu'elles consomment des milliers de litres d'eau. En réduisant leur dimension, on contribue à réduire le gaspillage d'espace et d'eau.