Poursuite de 47,5 millions contre la GRC - Les policiers ont joué avec le feu, dit un responsable de la GRC

Les policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui ont piégé Alain Olivier pour trafic d'héroïne en Thaïlande ont flirté avec la méthode controversée de la «provocation policière», a reconnu indirectement hier le patron de cette opération bâclée.

Il est contre-indiqué que des agents doubles procurent une aide financière à des individus faisant l'objet d'une enquête dans l'espoir de les amener à commettre des crimes, a expliqué Frank Palmer, superintendant de la GRC en Colombie-Britannique. «Ce sont des choses dont on essaie de se tenir loin. [...] Lorsqu'on fait des offres de la sorte, ça peut nous amener sur la pente glissante de la provocation policière», a dit M. Palmer, qui témoigne dans la poursuite civile de 47,5 millions de dollars qu'Alain Olivier a intentée contre la GRC et le Procureur général du Canada.

Considéré à tort comme un trafiquant d'envergure, M. Olivier a été amené en Thaïlande par des agents doubles de la GRC en 1989, lors d'une opération ratée pour l'achat de 2,5 kilos d'héroïne. L'«opération Déception» s'est soldée par la mort d'un agent et l'emprisonnement de M. Olivier pendant huit ans.

Avant de faire la connaissance des agents doubles de la GRC, Alain Olivier, un junkie sans envergure, n'avait jamais importé d'héroïne en vue d'en faire le trafic et il ne possédait aucun antécédent judiciaire. Constamment fauché, il n'arrivait pas à amasser l'argent nécessaire pour faire le voyage en Asie, et ce, en dépit de l'insistance des policiers.

En se faisant passer pour des caïds, les enquêteurs ont promis un kilo de poudre à Olivier s'il parvenait à leur trouver un contact, à Bangkok, pour importer 10 kilos d'héroïne. Ils ont également payé son billet d'avion et ses dépenses.

M. Palmer a admis hier qu'Alain Olivier ne se serait jamais rendu en Thaïlande s'il n'avait pas connu les agents doubles de la GRC. Deux de ces policiers, Barry Bennett et Jack Dop, ont affirmé dans leurs témoignages respectifs qu'Alain Olivier ne disposait ni des moyens ni des ressources pour importer et revendre de l'héroïne au kilo. L'enquête à son sujet s'est néanmoins poursuivie parce que Alain Olivier répétait sans cesse qu'il était capable de livrer la marchandise, a expliqué Frank Palmer. «Il a senti l'odeur de l'argent», a-t-il dit.

À l'instar de ses collègues, Frank Palmer a indiqué que la GRC voulait coincer «la source» d'approvisionnement de M. Olivier en Thaïlande. Or le Québécois ne disposait d'aucun contact en Thaïlande.