Benny Farm: l'improbable se réalise

Ed et son chien Duke se promènent devant les bâtiments inhabités de Benny Farm. Une partie du projet sera habitable à la fin de 2003.
Photo: Jacques Nadeau Ed et son chien Duke se promènent devant les bâtiments inhabités de Benny Farm. Une partie du projet sera habitable à la fin de 2003.

Il y a cinq mois tout juste, l'avenir de Benny Farm, l'immense site de 312 logements vacants dans Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, faisait l'objet de discussions devant le tribunal. Et il paraissait voué, après plus de dix ans de débats, à de nouvelles années de chicanes. Même l'équipe du maire Gérald Tremblay ne s'entendait pas sur la vocation des lieux.

Et voilà qu'hier, forte d'un improbable consensus de gens du quartier, la Société immobilière du Canada (SIC), propriétaire du site, a annoncé le nom de la firme d'architectes qui a été choisie pour réaménager les lieux et en rendre une partie habitable d'ici la fin 2003.

Le cabinet Saia Barbarese aura le mandat de développer le site selon les recommandations d'un groupe de travail qui, depuis deux mois, a réuni 12 personnes jusque-là férocement divisées au sujet de Benny Farm. Le plan final doit être soumis en janvier à la ville de Montréal.

D'autres consultations, propres à la Ville, suivront, mais la SIC croit que des travaux pourront être entrepris dès l'été prochain. Il faudra toutefois quelques années pour que les 500 logements prévus — un tiers de propriétés, deux tiers de logements locatifs, dont 40 % de logements sociaux — soient tous prêts et que les lieux, aujourd'hui déserts mais qui ont logé d'anciens combattants pendant 50 ans, reprennent vie.

Le choix de la SIC est fondé sur la plus grande adaptabilité du projet de Saia Barbarese et sur le fait qu'il propose l'ouverture de nouvelles rues et l'aménagement d'un jardin communautaire rappelant le verger qui occupait l'espace autrefois. Ce projet est pour le moment évalué à 44 millions.

Des membres du Fonds foncier communautaire Benny Farm — qui réclament des logements à prix modique et qui ont poursuivi la SIC en ce sens — ne se montraient toutefois guère convaincus. À l'issue de la conférence de presse, ils ont déploré que ce ne soit pas L'O.E.U.F., la firme d'architectes avec laquelle ils travaillent depuis des années, qui ait obtenu le contrat. Surtout que celle-ci avait la proposition la moins chère, 41 millions, et que son projet n'est pas si éloigné de celui de Saia Barbarese.

Le Fonds foncier note aussi qu'il n'y a pas eu de consensus, au sein du groupe de travail, sur le nombre d'immeubles à rénover. Saia Barbarese a donc pour mandat d'en rénover le plus possible, une bien vague obligation aux yeux du Fonds foncier, qui privilégie cette option.

Myriam Green partage les déceptions du Fonds, dont elle est membre depuis cinq ans. Mais elle est aussi l'un des membres du groupe de travail. Elle soulignait hier au Devoir l'ampleur du travail abattu et l'importance du revirement survenu.

«C'est important de garder ça en vue, c'est ce que j'essaie de dire à mes gens. Si on n'avait pas fait cette lutte depuis 11 ans, c'est sûr que vu la situation actuelle, il y aurait juste des condos de luxe à Benny Farm. Là, on est sûrs qu'il y aura des logements pour ceux qui en ont besoin: de jeunes familles, des gens à faible revenu, ceux qui ont besoin de logements adaptés... »

À la SIC, on parlait carrément de quasi-miracle hier tant le consensus était loin au début du processus. Le groupe de travail, guidé par un médiateur, avait dû, début octobre, s'entendre sur des principes de base. Quatre cabinets d'architectes ont ensuite élaboré des scénarios soumis à la consultation publique début novembre. Quelque 300 personnes ont alors donné leur avis par écrit, ce qui est «exceptionnel», soulignait hier le porte-parole de la SIC, Gordon McIvor.

Ces avis ont été soumis samedi dernier au groupe de travail qui a élaboré, sur cette base, ses recommandations. Le choix de la firme d'architectes a toutefois été fait par la SIC, une société de la Couronne qui a pour mandat de gérer et de vendre des terrains autrefois propriété du gouvernement fédéral.