Trafic d'héroïne - Olivier n'était que du petit gibier et la GRC le savait

Un an après le début de l'opération Déception, les policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont acquis la certitude qu'Alain Olivier n'était rien de plus qu'un petit poisson ne détenant aucun contact dans le domaine du trafic international d'héroïne. Ils ont quand même traqué ce simple junkie en lui faisant miroiter une commission équivalente à trois millions de dollars s'il réussissait à trouver un contact en Thaïlande pour l'achat de cinq à dix kilos de cette drogue.

C'est du moins ce qui ressort des notes d'enquête et des déclarations judiciaires de l'agent double Barry Bennett. À l'été 1988, le policier a dû se rendre à l'évidence: malgré ses déclarations à l'emporte-pièce, Alain Olivier ne disposait ni des ressources financières ni du réseau de distribution nécessaires pour importer de grandes quantités d'héroïne au Canada. Il agissait tout au plus à titre de coursier dans la région de Vancouver pour un revendeur de petit calibre, Michel Beaulieu.

En juillet 1987, lors du lancement de l'opération Déception en Colombie-Britannique, la GRC a pourtant identifié Alain Olivier comme un criminel de catégorie 1A, soit un individu trônant au sommet de la pyramide du trafic de stupéfiants. La police fédérale a continué de prétendre que c'était le cas en dépit des constats de l'enquête. Dans une lettre datée du 25 janvier 1989 et acheminée au quartier général de la GRC à Ottawa, le responsable de l'opération Déception, Frank Palmer, réfère toujours à Alain Olivier comme étant un «gros importateur de drogue» avec des contacts établis au Canada, en Amérique latine et en Asie.

Même si Alain Olivier était sans le sou et remettait sans cesse la date de son départ en Thaïlande pour aller rencontrer ses prétendues sources, au printemps et à l'été 1988, les agents doubles de la GRC ont continué de le considérer comme «une cible sérieuse». «Il parlait le langage [des trafiquants]. Il parlait du "deal"», a dit hier le policier à la retraite Barry Bennett.

Les enquêteurs de la GRC, qui se faisaient passer pour des membres du monde interlope, ont donc insisté auprès d'Olivier pour qu'il leur trouve un contact en Thaïlande afin d'acheter entre cinq et dix kilos d'héroïne. En revanche, ils ont promis à ce junkie en mal de sensations fortes un demi-kilo d'héroïne en guise de commission, d'une valeur de revente estimée à trois millions de dollars.

M. Olivier était persuadé qu'il serait tué par Bennett et ses pairs s'il ne s'exécutait pas, ce pourquoi il s'est rendu en Thaïlande avec eux. C'est là que les policiers l'ont piégé, le 19 février 1989, dans une transaction d'achat de 2,4 kilos d'héroïne qui s'est soldée par la mort d'un agent. Olivier a été abandonné à son sort en Thaïlande et condamné à la peine de mort à l'issue d'un procès. Il a été libéré après huit ans. «C'est la procédure standard en Thaïlande», a froidement déclaré Barry Bennett.