Le sénateur Nolin prône la légalisation de toutes les drogues

Le sénateur Pierre-Claude Nolin s'est prononcé en faveur de la légalisation de toutes les drogues, hier soir lors d'un débat public organisé par Cactus.

M. Nolin parlait en son nom personnel. Ses opinions n'engagent pas le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites dont il a assumé la présidence. Ce comité a recommandé la légalisation du cannabis et l'adoption d'une stratégie nationale sur les drogues.

Selon M. Nolin, l'État doit légaliser les drogues dans le souci de «favoriser l'autonomie responsable des individus». «Pourquoi? Pour mieux prévenir les usages excessifs, a-t-il lancé devant 80 personnes. Lorsque l'on prohibe, on empêche l'État de jouer son rôle, qui est dans le fond de prévenir l'usage abusif de toute substance.»

Contrairement aux idées reçues, la drogue n'est pas mal en soi. Que ce soit pour l'alcool ou la cocaïne, il existe des usages anodins et d'autres nocifs. L'État devrait se contenter de prévenir et d'enrayer les usages abusifs, peu importe la substance, estime M. Nolin. De là l'importance d'adopter «une stratégie globale sur les substances psychoactives, légales et illégales» pour éviter une légalisation chaotique.

Pour l'heure, le débat reste théorique. M. Nolin ne s'en cache pas, le Canada ne pourra modifier ses politiques publiques sur les drogues sans l'assentiment de son voisin du sud. Devant la perspective d'une décriminalisation de la marijuana, le grand patron de la lutte antidrogue aux États-Unis, John P. Walters, a brandi la menace de fouilles plus intrusives aux douanes pour éviter que la drogue ne se glisse en douce en Amérique.

C'est donc à la population de réclamer des changements, estime M. Nolin. Les Canadiens peuvent même jouer le rôle de leaders en Amérique du Nord afin de mettre un terme à la guerre à la drogue. Selon lui, les citoyens canadiens et américains se ressemblent beaucoup. Ils ont soif d'une information exacte et dépourvue de mythes sur les drogues.

Le débat sur la légalisation prend de l'ampleur, constate Serge Gascon, responsable de la toxicomanie au Service de police de Montréal. Mais il ne peut se résoudre à encenser la légalisation. La prohibition constitue l'une des seules armes qui restent à la disposition des enquêteurs pour remonter la filière du crime organisé, dit-il.

Cactus a par ailleurs présenté hier son rapport annuel. La popularité du site d'échange de seringues ne se dément pas, avec 27 168 visites en 2002. L'organisme communautaire a distribué 308 185 seringues, une baisse de 20 % attribuable à un changement des habitudes de consommation de la clientèle, qui passe de l'injection de cocaïne à l'inhalation du crack.