Menaces contre l'Autriche et l'Allemagne - Le présumé terroriste de Maskinongé reste détenu

L'homme d'origine marocaine arrêté mercredi à Maskinongé pour sa participation présumée à un possible complot terroriste européen était quelqu'un d'effacé qui menait une vie tranquille dans le village de la Mauricie.

Avant que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ne l'arrête, on savait peu de choses sur Saïd Namouh, un immigrant de 34 ans accusé d'avoir comploté pour faire exploser une automobile à Vienne, en Autriche, plusieurs milliers de kilomètres plus loin.

Namouh, qui a brièvement comparu en cour hier à Montréal, restera détenu en attendant son retour au tribunal.

Vêtu d'un t-shirt blanc, de jeans et de sandales, Namouh n'a dit mot tandis que son avocat a demandé un délai dans la procédure jusqu'à jeudi prochain, jour où une nouvelle date sera établie pour son audience de libération sous caution.

Selon le résumé de l'accusation, Namouh aurait comploté entre avril et septembre 2007 avec Mohammed Mahmoud et d'autres personnes pour faire exploser une automobile à un endroit non précisé, dans le but de faire plusieurs victimes.

Mahmoud, âgé de 21 ans, est le chef présumé d'un groupe autrichien lié à al-Qaïda, et un des trois sympathisants présumés arrêtés par les autorités autrichiennes plus tôt cette semaine.

Mahmoud, un autre homme et une femme, tous des citoyens autrichiens d'origine arabe dans la vingtaine, sont soupçonnés d'avoir des liens avec une vidéo qui a circulé en mars et qui menaçait l'Allemagne et l'Autriche d'attentats à moins que les deux pays ne retirent leurs soldats d'Afghanistan.

Namouh a travaillé dans une usine de transformation alimentaire près de Maskinongé, où les employés l'ont décrit comme quelqu'un d'affable et de ponctuel. Personne ne semblait bien le connaître, mais des gens du village connaissaient son ex-épouse, serveuse dans quelques restaurants de la localité.

À Montréal, le procureur de la Couronne, Pierre Labelle, a indiqué que l'accusation portée contre Namouh était conforme aux preuves présentées par les autorités canadiennes, mais que des accusations de terrorisme n'avaient pas encore été déposées.

«Les autorités autrichiennes ont trouvé un lien entre M. Mahmoud, qui a été arrêté en Autriche, et al-Qaïda, a affirmé Me Labelle. Je ne suis pas capable de faire le même lien entre M. Namouh et al-Qaïda pour l'instant.»

L'accusation lui reproche d'avoir comploté pour faire exploser une bombe dans une automobile, et il a comploté avec M. Mahmoud, qui a été accusé en Autriche cette semaine, a poursuivi Me Labelle.

«Les preuves que nous détenons appuient l'accusation qui a été portée, a-t-il ajouté. L'enquête se poursuit.»

Me Labelle ne détenait aucune information au sujet d'une éventuelle extradition en Autriche pour l'instant.

Un porte-parole du ministère fédéral de la Justice n'était pas en mesure de confirmer ou de nier qu'une telle requête avait été faite puisque, si c'était le cas, l'information serait confidentielle jusqu'à ce qu'un mandat d'extradition soit émis.

La GRC a précisé hier qu'aucun explosif n'avait été retrouvé à l'arrestation de Namouh. Un certain nombre de mandats de perquisition ont été exécutés et les enquêteurs de la GRC ont saisi des documents et des données informatiques, mais ils ne pouvaient pas en divulguer le contenu.

La GRC a amorcé son enquête après avoir été contactée par les autorités autrichiennes, il y a deux mois, et les deux parties se sont entendues pour effectuer les arrestations en même temps.

Selon le caporal Sylvain L'Heureux, rien ne laisse croire que les terroristes présumés planifiaient de frapper une cible au Canada.

Des documents de cour révèlent que Namouh a été accusé plus tôt cet été d'entrée par effraction et qu'il doit comparaître le 24 septembre à Shawinigan.

Namouh aurait vécu la plus grande partie de sa vie au Maroc, où il a rencontré une Québécoise, Carole Lessard, qu'il a épousée en 2002. Ils étaient cependant séparés depuis un an.

Saïd Namouh a été arrêté chez son ex-conjointe, où il résidait durant quelques jours, car il ne pouvait plus occuper son appartement de Trois-Rivières pour des raisons encore inconnues.

Mme Lessard ne croit pas que son ex-mari puisse représenter quelque menace que ce soit.