Gare à la réaction de Wall Street

Ottawa — La plus importante association canadienne de courtiers en valeurs mobilières a averti secrètement le premier ministre Jean Chrétien que la ratification du protocole de Kyoto pourrait provoquer une forte réaction de Wall Street, rapportait le quotidien Calgary Herald hier.

L'Association canadienne des courtiers en valeurs mobilières (ACCVM) a sondé 53 analystes et gestionnaires de fonds importants aux États-Unis en octobre. Les deux tiers croient que Kyoto nuira à l'économie canadienne et que Wall Street réévaluera ses investissements dans le secteur de l'énergie au Canada.

Le président américain George W. Bush a déjà annoncé que les États-Unis ne ratifieraient pas l'accord.

Le président de l'ACCVM, Terrance Salman, a fait savoir dans une lettre à M. Chrétien qu'il n'entendait pas dévoiler les résultats de l'étude pour ne pas alarmer l'opinion publique.

L'étude, commandée par l'ACCVM à la firme de sondage Penn, Schoen and Berland, a été envoyée au premier ministre Chrétien pour qu'il prenne connaissance des inquiétudes réelles soulevées par les investisseurs.

L'ACCVM constate que 90 % des investisseurs américains qui s'intéressent à l'industrie canadienne croient que l'économie du pays souffrira de la ratification des accords de Kyoto. Soixante pour cent d'entre eux ont dit qu'ils reconsidéreraient leurs investissements dans le secteur canadien de l'énergie si Jean Chrétien ratifie l'accord d'ici à la fin de l'année, comme il l'a laissé entendre.

Un méga-projet d'approvisionnement énergétique en Alberta, financé par des fonds américains, pourrait même être menacé.

Au bureau du premier ministre, la réception de l'étude de l'ACCVM n'a pas été confirmée.

Mais hier, l'ACCVM a nié que son président, Terry Salman, ait envoyé une lettre au premier ministre Jean Chrétien pour l'avertir d'une possible réaction négative de Wall Street.

«Nous n'avons jamais vu la lettre décrite par l'article en question et aucun brouillon n'a été rédigé par l'ACCOVAM. En conséquence, nous ne prenons aucune responsabilité pour son contenu», écrit l'organisme par voie de communiqué.

L'ACCOVAM a affirmé, par voie de communiqué, que non seulement son président, M. Salman, n'avait pas écrit à M. Chrétien, mais qu'elle n'avait pas, non plus, commandé une telle étude à la firme de sondage Penn, Schoen and Berland.

L'association dit avoir appris l'existence de l'étude lorsqu'on l'a approchée pour en dévoiler les résultats.