Alain Olivier accuse les policiers de la GRC d'avoir menti à son procès

Alain Olivier a accusé les policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) venus l'incriminer à son procès pour trafic de drogue en Thaïlande de parjure et de fabrication de preuve, hier lors d'un témoignage livré sous le coup d'une vive émotion.

M. Olivier a reproché à l'agent double Barry Bennett d'avoir falsifié ses notes d'enquête, d'avoir prétendu à tort qu'il détenait de lourds antécédents judiciaires et qu'il faisait partie d'une organisation spécialisée dans le trafic d'héroïne entre la Thaïlande et le Canada depuis plusieurs années. L'un des officiers, Jack Dop, lui aurait même lancé à la fin de son témoignage assassin devant la justice thaïlandaise: «Good luck, Frenchie.» «Tout était bon pour me faire condamner. Ils ne voulaient pas que je revienne ici [au Canada]. J'ai vu trop d'affaires pour eux autres, là-bas [en Thaïlande]», a dit Alain Olivier hier devant le juge de la Cour supérieure Michel Caron.

M. Olivier, qui poursuit la GRC pour 47,5 millions après avoir passé huit ans dans les geôles thaïlandaises, a éprouvé du mal à contenir sa rage à plusieurs reprises. «Des bâtards, c'est rien que ça! De la charogne», a-t-il lancé notamment au sujet des policiers de la GRC qui l'ont piégé.

Selon lui, les agents de la GRC ont menti à son procès pour couvrir leur longue suite d'erreurs. Dans les faits, Alain Olivier était en effet un simple junkie sans casier judiciaire qui ne détenait absolument aucun contact sérieux dans le trafic de drogue international. Il aurait été confondu par la police fédérale avec son frère jumeau (un criminel notoire) puisqu'ils possédaient tous deux le même nom de famille et la même date de naissance.

M. Olivier a précisé les détails de son arrestation en Thaïlande, le 19 février 1989, après qu'une transaction pour l'achat d'héroïne impliquant les agents doubles de la GRC eut mal tourné. L'un des quatre agents fédéraux présents, Derek Flanagan, est mort dans des circonstances nébuleuses après qu'un coup de feu eut été tiré. Selon le rapport d'autopsie, il aurait fait une chute fatidique d'un camion en marche avec lequel trois trafiquants thaïlandais (un homme et ses deux soeurs) tentaient de prendre la fuite.

Les trois Thaïlandais et M. Olivier ont été arrêtés sur-le-champ et conduits au poste de police. M. Olivier a été passé à tabac et menacé avec un pistolet sur la tempe par des officiers locaux. Dans un anglais approximatif, ils lui disaient qu'il allait mourir fusillé, car il avait été appréhendé avec plus de 100 grammes d'héroïne.

Condamné à la peine de mort à l'issue de son procès, à Bangkok, Alain Olivier a finalement reconnu sa culpabilité à une accusation de possession conjointe d'héroïne, avec le résultat que la justice thaïlandaise a commué sa sentence en peine de prison à vie.

Sa vie a viré au calvaire. Durant les trois premières années de détention (jusqu'à ses aveux), Alain Olivier était enchaîné aux pieds et dormait sur un plancher de béton en compagnie de 150 détenus dans une cellule pas plus grande qu'un quatre et demi du Plateau. Il n'y avait ni douches, ni eau courante, ni toilettes, si ce n'est un trou dans le plancher. L'insalubrité qui y régnait était telle qu'il préférait parfois s'abstenir de manger. «Il n'y avait rien de sanitaire et sain», a-t-il résumé. La cause reprend aujourd'hui.
3 commentaires
  • Gilles Beauvais - Inscrit 11 septembre 2007 09 h 04

    Mr Olivier

    Bien je souhaite a Olivier de se batte juste que la verite soit entendue car ca arrive tres souvent que les policiers pour couvrir leurs erreurs ou calmer la population ment comme des voleurs continue ton combat mon vieux

  • Hermil LeBel - Inscrit 11 septembre 2007 09 h 44

    Que dissimulent les placards de la justice?

    Malheureusement, la pratique du mensonge devant les tribunaux est chose courante, et pas seulement de la part des officiers de police. En matière familiale, la scène relève parfois du burlesque. Le plus curieux en cette matière, c'est de constater la complaisance des juges à cet égard. Même s'il s'agit d'une infraction au code criminel, la situation ne semble indisposer en aucune façon les petits fonctionnaires en toge, dûment informé de la situation. Et malheur à celui qui oserait s'insurger contre cette pratique qui pourtant tourne en dérision l'administration de la justice.

    La mode est aux commissions d'enquêtes. Pourquoi aucun journaliste, aucun politicien n'ose appuyer une demande légitime de Commission Royale d'Enquête sur l'Administration de la Justice au Québec? Y aurait-il des squelettes nauséabonds dans les placards des palais de justice?

  • Daniel Bédard - Inscrit 13 septembre 2007 14 h 33

    La G.R.C offre-t-elle toujours un service au citoyen ?

    Monsieur Myles, bonjour

    Dernièrement, je me suis adressé à la G.R.C afin de leur signaler un geste d'incurie grave de la part d'une personne associée au système judiciaire.

    Je me suis fait carrément revirer par cet agent, un caporal en plus lequel m'a affirmé que telle enquête n'était pas de leur juridiction.

    Or est-ce le cas ?

    Pourtant il s'agit d'une juge de la cour supérieure et la sélection des juges de la cour supérieure se fait par un comité géré par le ministère fédéral de la justice.

    Or,à quelle juridiction une telle demande d'enquête pourrait-elle revenir si du coté du Conseil Canadien de la Magistrature on a décidé de ne rien faire également?

    A ma question, ce caporal m'a renvoyé aux services de police de la municipalité de Longueuil soit la ville du Palais de justice où a eu lieu le méfait.

    Sauf que est-ce vraiment à un corps policier dont certains membres ont même été appelés à témoigner pour la Couronne dans mon dossier qu'il revient de faire enquête à défaut du Conseil lui-même de le faire.Il me semble qu'on risque même ainsi d'être en conflit d'intérêts.

    Je pense avoir bien mal été informé par ce dit caporal de la G.R.C. Et cela me donne dorénavant aucune espèce de confiance en ce corps policier qui semble, selon toute vraisemblance, avoir été infiltré.

    Mais qui finalement me donnera une réponse ?

    Un honnête citoyen a-t-il le droit d'avoir des réponses aux questions intelligentes et pertinentes qu'il pose aux services policiers provinciaux, fédéraux et aux 2 gouvernements ou si cela est maintenant juste l'affaire exclusive des avocats ?

    Daniel Bédard