Nouvelle nappe de pétrole sur la côte - 200 000 manifestants dénoncent la réaction de Madrid au naufrage du pétrolier Prestige

Saint-Jacques-de-Compostelle — Près de 200 000 manifestants ont défilé hier dans les rues de la capitale galicienne pour dénoncer la réaction de Madrid au naufrage du pétrolier Prestige, tandis qu'une nouvelle nappe de fioul commençait à toucher des plages.

Les rues de Saint-Jacques-de-Compostelle, centre de pèlerinage célèbre entre tous, grouillaient de protestataires ulcérés par les ravages causés à l'environnement et aux pêcheries de la région par une immense marée noire issue des cuves du Prestige.

Les organisateurs de la marche, qui avait pour slogan «Jamais plus», ont estimé à 200 000 le nombre des participants qui défilaient sous un océan de parapluies par une pluie battante. Malgré l'absence de bilan officiel, un responsable de police s'est dit en accord avec ce chiffre.

Juan Raimundez, manifestant aux vêtements couverts de mazout après sa participation aux opérations de nettoyage du littoral, a accusé les autorités de minimiser toute l'affaire. «On ne peut pas mentir et prendre la situation aussi à la légère [...] Pour ceux d'entre nous qui ont participé au nettoyage, il ne fait aucun doute que c'est une catastrophe», a-t-il dit.

À 110 km de là, sur la «Côte de la mort», de petits fragments de l'énorme nappe de fioul apparue lorsque le Prestige avait coulé en se brisant dans l'Atlantique voilà douze jours, commençaient à s'échouer sur les plages de Galice.

«Ce qui atteint la côte en ce moment, ce sont de petits morceaux qui touchent certaines plages du nord [de la Galice]», a déclaré à la radio espagnole le ministre de l'Environnement Jaume Matas.

Le village côtier de Muxia, niché à l'extrême nord-ouest de l'Espagne et qui s'est nettoyé à plusieurs reprises pour devoir aussitôt recommencer, est de nouveau affecté, a dit Matas.

Pompage contrarié par le mauvais temps

Une nappe de plus grande dimension, qui rassemble l'essentiel des 11 000 tonnes de fioul répandues lorsque le pétrolier a sombré, se trouvait hier à 35 km du littoral espagnol, soit un peu plus loin que samedi, a-t-il indiqué.

Toutefois, un temps agité, marqué par des pluies violentes, des vents et des courants changeants, rend difficile de prévoir où la nappe terminera sa course, a souligné Matas. Le mauvais temps contrarie l'activité d'une flotte de bateaux européens dépêchée dans la zone et qui ont jusqu'ici pompé 5400 tonnes de fioul en mer.

À Saint-Jacques, les manifestants ont réclamé les démissions du gouvernement espagnol et du gouvernement régional de Galice en les accusant d'inefficacité à la suite du naufrage du pétrolier. Les autorités sont accusées d'avoir réagi trop lentement et sans mobiliser les moyens nécessaires pour nettoyer et protéger les côtes.