Une tragédie iroquoise

Le pont de Québec s'est effondré dans le fleuve et sur Kahnawake. En s'écroulant sous son propre gigantesque poids il y a tout juste 100 ans, l'orgueilleuse et désastreuse structure d'acier a fait 76 morts, dont 33 travailleurs de la réserve amérindienne du sud-ouest de Montréal.

La petite communauté comptait alors une population de 1500 personnes environ et peu de familles furent épargnées par la tragédie. Le disparu le plus âgé avait 44 ans. Il laissa dans le deuil sa femme enceinte de son douzième enfant.

«L'effondrement a fait 22 veuves», explique Kawenniiostha Jacob, qui a travaillé au sein du Quebec Bridge 100th Anniversary Project au cours des deux dernières années. Âgée de 21 ans, elle est devenue une fine connaisseuse du lointain événement. «La tragédie a eu un impact énorme sur notre communauté. Plusieurs des quelque 50 orphelins ont été envoyés dans des pensionnats. Les femmes ont aussi décidé que les hommes ne travailleraient plus massivement sur un seul chantier. Ils ont commencé à s'éparpiller par petits groupes pour construire des gratte-ciels à New York ou à Buffalo, jusqu'au Texas. Encore aujourd'hui, beaucoup d'hommes de notre communauté travaillent sur des chantiers aux quatre coins de l'Amérique.»

La plus jeune victime amérindienne avait 18 ans, mais le plus jeune mort de la tragédie n'était âgé que de 14 ans, ce qui donne aussi une indication des conditions de travail à cette époque dickensienne. On employait, par exemple, des caissons pressurisés pour travailler sous l'eau. Une quarantaine d'hommes à la fois y marchaient dans la boue jusqu'aux genoux pour évacuer le sable trempé à la pelle vers des aspirateurs. Les variations de pression provoquaient des saignements et des évanouissements, même des paralysies et la mort. Le dynamitage du roc se faisait sans protection pour les ouvriers.

L'assemblage des poutrelles se faisait aussi sans système de sécurité, ou si peu. Les équipes comptaient généralement quatre travailleurs: un premier pour chauffer et lancer le rivet; un second pour l'attraper dans un grand cornet; un autre pour l'installer à l'aide de pinces; un dernier pour marteler ses extrémités. Près d'un million de rivets avaient été posés en date du 29 août 1907.

Oeuvre commémorative

Dix-huit corps furent retrouvés et enterrés à Kahnawake sous des croix forgées dans l'acier de l'infâme structure. De nouveaux lieux de mémoire apparaissent un siècle après la catastrophe. Le groupe de Mme Jacob a commencé l'installation d'une oeuvre commémorative de douze mètres de hauteur, une construction de poutres de fer évoquant le pont. Le site sera planté de 33 arbres, dont 15 du côté du fleuve, pour rappeler les corps des ouvriers qui ne furent jamais retrouvés.

«Le site se veut plus qu'une commémoration de la tragédie, dit finalement Mme Jacob. Nous avons voulu faire du centième anniversaire un événement positif. Le slogan de notre projet annonce que nous célébrons la résilience de notre nation, sa force et sa capacité de survivre malgré les événements tragiques.»

Le groupe a l'intention de poursuivre les commémorations dans les prochaines années. Une publication des témoignages et des souvenirs mohawks reliés à la tragédie est même envisagée.
1 commentaire
  • Gilles Beaudet Maison Marie-Victorin - Inscrit 30 août 2007 08 h 56

    menu fretin ?

    On dit que 76 personnes sont mortes lors d'un effondrement du pont de Québec. Trentre-trois étaient des Améridiens. Et les autres étaient-ils quantité négligeable ? Pourquoi monter en épingle les 33 Amérindiens et oublier les 43 non-Améridiens ? Qui étaient-ils ces 43 travailleurs victimes eux aussi? Un portrait de ces travailleurs (avec identification nominative) ne mérite-t-il pas d'être tracé ? Qui se chargera d'en honorer la mémoire ?