Pesticides: les cultivateurs sont surpris du sombre portrait québécois

«Les consommateurs doivent savoir que les fruits et légumes du Québec sont de très bonne qualité et qu’il n’y a pas de danger à en manger», a indiqué Martine Dubuc, sous-ministre à l’alimentation.
Photo: Jacques Grenier «Les consommateurs doivent savoir que les fruits et légumes du Québec sont de très bonne qualité et qu’il n’y a pas de danger à en manger», a indiqué Martine Dubuc, sous-ministre à l’alimentation.

La présence de résidus de pesticides sur les fruits et légumes en quantité supérieure au Québec comparativement au reste du Canada indispose les cultivateurs d'ici. Par l'intermédiaire de leurs syndicats, ils se sont dit hier étonnés par ce portrait, dévoilé samedi dernier dans Le Devoir, tout en rappelant que les normes québécoises en matière de produits agrochimiques étaient assez sévères au Québec pour assurer la sécurité du public.

«C'est un portrait surprenant», a commenté Patrice Juneau, porte-parole de l'Union des producteurs agricoles (UPA). Le président de l'organisme, Laurent Pellerin, a décliné notre demande d'entrevue. «Ces données ont pris de court un peu tout le monde ici, car cela va à l'encontre de ce que nous savons sur le sujet: nous constatons une diminution de l'usage des pesticides au Québec depuis quelques années. Les pratiques sont aussi plus rigoureuses et les cultures sont encadrées de plus en plus par des groupes-conseils [des regroupements d'agronomes et de spécialistes des techniques agricoles] pour diminuer l'usage de ces produits.»

Des analyses en laboratoire effectuées en 2004-05 par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) indique que 33 % des 500 échantillons de fruits et légumes testés au Québec, lors de cette année fiscale, contenaient des résidus de pesticides. C'est trois fois le niveau de résidus décelé dans les produits canadiens et importés au Canada la même année, si l'on se fie aux résultats d'analyses de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA).

Par ailleurs, les échantillons ayant des teneurs en pesticides supérieures aux limites permises seraient six fois plus nombreux au Québec que dans le reste du Canada: 1,5 % des échantillons québécois contre 0,23 %. À titre indicatif, les infractions notées par les fonctionnaires fédéraux sont de 1,41 % dans les lots de fruits et légumes importés du Vietnam, de 1,42 % pour Taïwan, de 1,62 % pour l'Espagne et de 1,68 % pour la Chine. À échantillon égal, le Brésil et la Thaïlande se distinguent aussi du Québec avec des taux d'infraction respectifs de 0,76 % et 1,18 %.

Pas de danger

Sans remettre en question les résultats de ces analyses, le MAPAQ s'est voulu rassurant hier. «Les consommateurs doivent savoir que les fruits et légumes du Québec sont de très bonne qualité et qu'il n'y a pas de danger à en manger», a indiqué Martine Dubuc, sous-ministre à l'alimentation.

Selon elle, la comparaison entre les chiffres québécois et les données canadiennes peut d'ailleurs être trompeuse en raison de l'échantillonnage (500 fruits et légumes au Québec contre 11 000 au Canada), mais aussi du fait que les tests effectués dans les champs d'ici visent des productions dites «à problème» où forcément les infractions seraient plus nombreuses. «Les résultats de l'ACIA reposent sur des échantillons aléatoires, a-t-elle indiqué, alors que les nôtres proviennent d'analyses ciblées. C'est une nuance importante à apporter.»

Dans les faits, le MAPAQ a passé au crible en 2004-2005 des échantillons de pommes, de fraises, de framboises, de laitues romaines, de poivrons verts, de tomates rouges des champs et de pommes de terre, indique un document émanant de la direction des laboratoires d'expertise et d'analyse alimentaires du ministère. À titre comparatif, l'ACIA surveille l'ensemble des fruits et légumes disponibles sur le marché canadien.

Joint au téléphone la semaine dernier par Le Devoir, Daniel Tremblay, responsable de l'inspection au MAPAQ, a précisé que le choix des fruits et légumes avait été fait de manière à ce que les «analyses ne recoupent pas celles de l'ACIA», a-t-il indiqué. L'échantillonnage se voulait aussi représentatif de la production québécoise. Les analyses du MAPAQ et de l'ACIA ont également suivi les mêmes protocoles de recherche, selon lui.

Notons qu'au Québec, l'usage de pesticides et d'engrais chimiques dans les exploitations agricoles est sensiblement inférieur à la moyenne canadienne. Toutefois, la proportion de fermes qui appliquent des pesticides (68 %) est plus importante ici qu'en Colombie-Britannique (48 %), en Nouvelle-Écosse (48 %) ou en Alberta (64,5 %), selon Statistique Canada. «Il y a toujours place à l'amélioration, a reconnu Patrice Juneau. Mais ça va dans le bon sens.»

Par ailleurs, même si les ventes de pesticides ont grandement diminué au pays depuis 1992, elles semblent depuis quelques années se stabiliser, selon CropLife, un regroupement d'entreprises agrochimiques. Des 1,31 milliard de dollars générés en 2002 par cette industrie, 23 % provenaient du Québec, de l'Ontario et des provinces atlantiques.