Pesticides: le portrait québécois est peu reluisant

En 2004-05, les 11 000 échantillons de fruits et légumes cultivés au Canada et testés par l’ACIA ont livré un taux d’infraction aux normes sur les résidus six fois plus bas qu’au Québec, à 0,23 %.
Photo: En 2004-05, les 11 000 échantillons de fruits et légumes cultivés au Canada et testés par l’ACIA ont livré un taux d’infraction aux normes sur les résidus six fois plus bas qu’au Québec, à 0,23 %.

Plus près, mais pas forcément moins exposés aux pesticides. Contrairement à la croyance populaire, les fruits et légumes cultivés au Québec ne sont pas moins contaminés par les produits agrochimiques que ceux importés de l'étranger ou du reste du Canada. C'est du moins ce qui ressort des analyses en laboratoire effectuées par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) et l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA).

En effet, en 2004-05, près de 500 échantillons de fruits et légumes frais produits au Québec se sont retrouvés sous les microscopes des laboratoires du MAPAQ afin d'y déceler les résidus de pesticide encore présents. Au total, 219 produits chimiques différents entrant dans la production agricole au pays ont été trouvés.

Résultats, près de 33 % de ces aliments ont révélé la présence de pesticides. De ce nombre, 1,5 % avaient même des concentrations allant au-delà des normes permises, indique un document de la Direction des laboratoires d'expertises et d'analyses alimentaires. Les laborantins avaient composé un panier comprenant des pommes, des fraises, des framboises, de la laitue romaine, des poivrons verts, des tomates rouges de champ et des pommes de terre, uniquement.

À titre comparatif, pour la même année, les 11 000 échantillons de fruits et légumes cultivés au Canada et testés par l'ACIA ont livré un taux d'infraction aux normes sur les résidus six fois plus bas qu'au Québec, à 0,23 %. Et ce, «avec des critères d'analyse sensiblement plus élevés qu'au Québec», a concédé Daniel Tremblay, responsable de l'inspection des aliments au MAPAQ. Par ailleurs, moins de 10 % des produits canadiens passés au crible contenaient des traces de pesticide à des niveaux dits acceptables.

Le Sud fait mieux

Plus étonnant, à échantillonnage égal, les fruits et légumes importés de la Thaïlande et du Brésil se sont révélés moins contaminés que ceux provenant du Québec. Dans ces deux lots, l'ACIA a découvert à la frontière des cas dépassant les normes en matière de résidus de pesticide, respectivement de 1,18 % et de 0,76 %. Notons que les infractions sont également très basses pour les produits importés de l'Afrique du Sud (0,13 %), du Costa Rica (0,17 %), des États-Unis (0,39 %), du Guatemala (0,42 %), du Mexique (0,54 %), du Chili (0,61 %) ou de l'Équateur (1 %).

Le Québec se compare même, en la matière, à des pays comme le Vietnam et Taiwan. Les fruits et légumes provenant de ces endroits ont livré des taux de non-conformité de 1,40 %, environ. Cependant, la province fait mieux que la Chine (1,68 %) — sur 11 % d'échantillons testés positifs, toutefois —, l'Inde (2,67 %) ou encore le Salvador, champion des résidus avec... 33 % d'infractions enregistrées par les fonctionnaires fédéraux.

Une image étonnante

«C'est un portrait assez étonnant», a commenté Lova Ramanitrarivio, porte-parole de la Coalition pour les alternatives aux pesticides, qui relève désormais du groupe de pression environnemental Équiterre. «Effectivement, on a la perception que les produits du Québec sont moins touchés par les pesticides que ceux venant de pays chauds comme le Mexique. Nos règlements sont aussi très sévères et on aurait pu s'attendre à mieux.»

Spécialiste des pesticides en milieu agricole, Mohamed Khelifi, professeur au département des sols et de génie agroalimentaire de l'Université Laval, n'est, pour sa part, pas surpris par les résultats d'analyses chimiques sur les fruits et légumes cultivés au Québec. «Comme partout ailleurs dans le monde, ces produits sont massivement utilisés ici pour soutenir et augmenter les rendements dans l'agriculture conventionnelle, dit-il. Nous avons les mêmes problèmes que le reste du monde: quand les parasites commencent à devenir résistants à un pesticide, les agriculteurs ont tendance à multiplier les épandages pour en venir à bout.»

Pis, les efforts déployés par le gouvernement du Québec pour réduire l'usage de ces intrants agrochimiques se buteraient depuis quelques années à la réalité économique des agriculteurs, qui bien souvent «ne veulent pas investir dans des équipements particuliers pour remplacer les pesticides ou consacrer plus de temps à la gestion de leur culture, poursuit-il. Pour eux, les produits chimiques sont toujours plus efficaces et plus rapides.»

Sous la pression des consommateurs d'ici qui regardent de plus en plus d'un oeil suspect les aliments anonymes provenant de l'étranger, les producteurs de la Nouvelle-Zélande, de l'Italie, de la Corée du Sud ou encore de l'Argentine semblent toutefois plus réceptifs à ces campagnes de réduction des pesticides, à en croire les données des analyses effectuées par l'ACIA. En effet, sur l'ensemble des fruits et légumes frais étrangers entrés au pays en 2004-05, 90 % en moyenne ne contenaient aucune trace de pesticide — contre 67 % pour les fruits et légumes du Québec. Dans les 36 000 lots testés, les infractions aux normes sur les résidus étaient également trois fois moins élevées.

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