Le juge John Gomery prend sa retraite

En février 2006, le juge John Gomery remettait son rapport sur les commandites au premier ministre Stephen Harper.
Photo: Agence Reuters En février 2006, le juge John Gomery remettait son rapport sur les commandites au premier ministre Stephen Harper.

Après une longue carrière juridique comme avocat puis comme juge à la Cour supérieure du Québec, le juge John Gomery, mieux connu pour son rôle à la tête de la Commission d'enquête sur les commandites, prendra sa retraite jeudi. La Presse canadienne l'a rencontré afin de discuter avec lui du bilan de sa carrière et de ses projets.

Havelock — Le juge John Gomery est «vert». Quand il a appris que les travaux de la commission d'enquête sur le scandale des commandites, dont il a été président, avaient entraîné la destruction de quelque 400 arbres, il a pris les moyens «pour payer sa dette à la société».

Il a choisi de le faire à proximité de sa ferme de 165 acres située à Havelock, dans la région du Haut-Saint-Laurent, pas très loin de Hemmingford et de Huntingdon.

«Il n'y a pas de produits chimiques ici. Nous n'arrosons pas nos arbres fruitiers et on vit avec les insectes et les imperfections. Tous nos légumes sont organiques dans le sens où il n'y a aucun ajout. Le seul engrais dont on se sert est le compost que nous faisons nous-mêmes. Nous faisons occasionnellement l'épandage du fumier de nos vaches», a confié récemment à la Presse canadienne le magistrat qui prendra sa retraite cette semaine.

Aussi le juge Gomery a-t-il été déconcerté quand il a lu que la grande quantité de papier utilisé lors de l'enquête sur le programme fédéral des commandites équivalait à 400 arbres, au bas mot.

Une façon de réparer

Pour lui, propriétaire d'une ferme jouxtant une forêt tellement grande qu'il faut marcher une heure pour en faire le tour, la prise de conscience a été douloureuse. Il a cherché une façon de réparer.

«Nous avons décidé de payer notre dette à la société», a expliqué le juge Gomery.

Il a contacté l'ingénieur forestier du coin et s'est entendu avec lui pour que soient plantés des pins, 1200 exactement, pas très loin de son terrain. Un programme gouvernemental permettait de défrayer une partie des coûts reliés à l'opération.

«Nous avons payé le reste avec grande joie. Ils ont planté des pins rouges et des pins blancs. Comme il y a eu énormément de pluie, comme cette année, les petits arbres ont poussé et sont devenus très forts. C'est un plaisir pour nous de nous y promener, de voir pousser ces arbres et de penser que d'ici 50 ans il y aura là une belle forêt de pins.»

Le juge Gomery se perçoit moins comme un propriétaire que comme un gardien. «On va essayer de transmettre cette partie de la planète à nos successeurs dans un meilleur état que dans celui qu'il était lors de l'achat», a-t-il avancé.

Lui qui redeviendra simple citoyen le 9 août, jour de son 75e anniversaire, serait-il tenté de succéder à Steven Guilbeault à la présidence de Greenpeace?

Cette perspective l'a bien amusé et lui a permis d'exprimer son admiration pour Al Gore, ex-vice-président des États-Unis, à qui l'on doit le documentaire An Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange) montrant les effets dramatiques du réchauffement climatique.

«Je suis un fervent admirateur d'Al Gore. C'est un homme qui mérite de gagner tous les prix Nobel et autres prix du genre parce qu'il a élevé la conscience du monde entier. C'est un homme extraordinaire», s'est exclamé M. Gomery.

Devoir de réserve

L'expression de cet enthousiasme pour la question écologique est un phénomène très récent pour John Gomery, tenu en tant que juge à faire preuve de réserve.

«Je viens de vous dire que je suis très vert dans le sens que je favorise les efforts pour protéger l'environnement. Voilà une chose qu'on ne peut pas dire comme juge parce que c'est controversé. Qu'est-ce qui arriverait si, à la cour, j'avais à trancher un litige où le Sierra Club était une partie? Me sachant en faveur de ce mouvement, les avocats de l'autre partie refuseraient que j'entende la cause», a-t-il fait valoir.

«Comme j'ai fini de siéger en avril, la réserve tend à disparaître. Je commence à me sentir libéré de cette obligation et c'est agréable», a-t-il ajouté.

Cette liberté de parole retrouvée lui permettra de participer à une discussion, le 13 août à Calgary, organisée par l'Association du Barreau canadien sur les règles à suivre pour un juge qui préside une enquête publique.

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