Mission santé au Nunavut

Une équipe de chercheurs de l'université McGill s'apprête à monter à bord d'un bateau qui sillonnera les côtes de l'Arctique afin d'effectuer l'enquête sur la santé la plus exhaustive jamais menée au Canada.

Transformé en véritable laboratoire flottant, Amundsen, un navire de la Garde côtière, jettera l'ancre dans huit municipalités des régions de Kivalliq et de Baffin, au Nunavut, afin de permettre à des spécialistes du Centre d'études sur la nutrition et l'environnement des peuples autochtones (CENEPA) de recueillir des données médicales auprès de 12 % de la population inuite du Canada, soit environ 2000 adultes et 600 enfants.

«Comment allons-nous»

Débutant à Sanikiluaq mardi, cette tournée médicale de deux ans, intitulée Qanuippitali («Comment allons-nous?» en inuktitut), brossera un portrait de l'état de santé des ménages et des adultes âgés de 18 ans et plus ainsi que de l'état de santé nutritionnelle des enfants de trois à cinq ans.

«Il y a un objectif de santé publique, mais nous voulons aussi en profiter pour approfondir nos connaissances, qui serviront à toute une communauté de chercheurs», a souligné le Dr Grace Egeland, chef de cette mission, en ajoutant qu'une étude menée au Nunavik en 2004 avait permis de comparer des données avec celles d'une enquête datant de 1982.

«Partout dans le monde, la prévalence au diabète de type 2 tend à augmenter. Les Inuits en ont longtemps été protégés, et nous voulons, par exemple, essayer de comprendre pourquoi. Peut-être pourrons-nous tirer des conclusions sur ce qui induit cette augmentation aujourd'hui», a-t-elle expliqué. Aidée de chercheurs provenant d'universités de partout au pays, elle souhaite également mieux comprendre les facteurs qui contribuent à la santé et à la résilience des Inuits dans le but de prévenir plus efficacement l'impact négatif des changements extrêmes associés à la mondialisation et aux changements climatiques que ces populations subissent.

La santé à bord

De village en village, le navire accueillera à son bord des adultes qui subiront une batterie de tests visant à dépister diverses maladies, notamment certaines maladies infectieuses, l'hypertension et le diabète. Plus fiable que l'avion, qui n'est pas toujours ponctuel en raison des aléas du climat, le bateau s'est avéré la meilleure option. «Ça nous prenait un endroit pour pouvoir garder tout notre matériel et nos échantillons dans des conditions optimales, a indiqué le Dr Egeland. C'est difficile de débarquer dans un village et de tout apporter dans une valise.»

Une odyssée d'une telle ampleur ne s'est pas organisée en un jour. Plusieurs mois de préparatifs ont été nécessaires. «On a fait un énorme travail de logistique sur place, au préalable. Dans chaque communauté, on a un assistant de recherche qui travaille en collaboration avec deux ou trois autres personnes sur le terrain. Sa première tâche a été de rencontrer le conseil des aînés et de lui expliquer ce qu'on viendra y faire. Le gouvernement du Nunavut est aussi dans le coup», a précisé le Dr Egeland. Elle assure que son étude a l'aval d'un comité directeur composé notamment de leaders communautaires et d'organismes de santé.

Cette mission de santé de plus de six millions de dollars est financée en partie par le gouvernement fédéral dans le cadre de l'Année polaire internationale (API). Deux autres missions canadiennes scientifiques seront menées à bord de l'Amundsen. À l'échelle mondiale, depuis mars 2007, des milliers de scientifiques de plus de 60 pays participent à l'API en effectuant des recherches sur les deux pôles, l'Arctique et l'Antarctique.