Les rappels de jouets chinois sont de plus en plus nombreux

Les jouets et produits pour enfants fabriqués en Chine sont depuis trois ans à l'origine d'un plus grand nombre de rappels au Canada pour défaut de fabrication ou en raison de la présence de substances hautement toxiques, indique une compilation des données fédérales effectuée par Le Devoir. Or, malgré cette croissance, Santé Canada n'a pas l'intention pour le moment de resserrer ses contrôles sur les biens provenant de l'empire du Milieu, a indiqué le ministère fédéral.

La semaine dernière, l'entreprise américaine RC2 a procédé à un vaste rappel de jouets en bois. Au total, 1,5 million d'unités de sa gamme Thomas & Friends Wooden Railway, dont 88 000 vendues au Canada, sont touchées par ce retrait volontaire piloté par le fabricant.

À l'origine de ce rappel: 24 pièces différentes de ce train, très populaire chez les jeunes, sur lesquelles le sous-traitant chinois de RC2 avait appliqué de la peinture contenant du plomb. Hautement toxique, ce métal dense peut entraîner des troubles neurologiques chez les enfants qui pourraient être en contact avec ces jouets.

L'entreprise invite d'ailleurs les consommateurs à retirer immédiatement les jouets visés de l'environnement des enfants. La liste complète a été diffusée dans plusieurs magasins de jouets par Santé Canada depuis la mi-juin. RC2 s'engage aussi à remplacer les pièces contaminées au plomb, vendues au pays entre janvier 2005 et juin 2007. Sans frais.

Tendance à la hausse

Ce vaste rappel volontaire est le douzième qui touche des produits pour enfants au Canada depuis le début de l'année. De ce nombre, huit visaient directement des biens de consommation importés de Chine par des entreprises nord-américaines. Et ce n'est sans doute qu'un début...

Selon une compilation des données publiques de Santé Canada, les rappels de produits pour enfants ont en effet connu une hausse substantielle depuis quatre ans au pays. Alors que le ministère fédéral en avait enregistré et diffusé onze en 2003, il en a fait 31 l'année dernière, soit une croissance de 180 %.

Autre constat: si les produits manufacturés en Chine représentaient près d'un cinquième des rappels en 2004, c'est désormais ce pays qui entraîne le plus de retraits volontaires au pays, soit 61 % des procédures de rappel entamées l'année dernière. La présence de produits toxiques ou de pièces pouvant être avalées par des enfants en bas âge, provoquant ainsi l'étouffement, ainsi que la fragilité des structures sont à l'origine de ces mesures.

Pour l'Association canadienne du jouet (ACJ), cette croissance des rappels est perceptible, a indiqué au Devoir Carol McDonald, porte-parole de cet organisme qui représente les grands fabricants de jouets au pays. L'ACJ n'a toutefois pas souhaité aborder la question du contrôle de la qualité des produits pour enfants faits en Chine, jugeant que cela n'est pas de son ressort et relève plutôt de «décisions d'affaires de [ses] membres».

Chez Santé Canada, on ne s'inquiète pas outre mesure de cette augmentation des rappels qui, parfois, comme dans le cas des trains en bois de RC2, font beaucoup de bruit. «Rien ne prouve qu'il y a une problématique [sic] particulière avec les produits importés de Chine», a commenté Domenico Sarro, inspecteur à la sécurité des produits au ministère fédéral. «Pour le moment, nous ne faisons pas de vérifications accrues sur les jouets provenant de la Chine par rapport à ceux qui viennent d'Europe.»

Bon an, mal an, l'industrie du jouet au Canada génère des revenus d'environ 1,4 milliard de dollars. Par ailleurs, la centaine d'entreprises évoluant sur ce marché, dont plusieurs sont installées au Québec, semblent désormais avoir transféré, selon des données américaines, entre 70 et 80 % de leur production en Chine, où les coûts de la main-d'oeuvre sont moins élevés qu'ici.

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