La STM et les agents de surveillance s'accusent de mentir

La Société de transport de Montréal (STM) et les agents de surveillance du métro se sont mutuellement accusés de mentir hier au sujet d'une gênante affaire de non-assistance à une femme qui aurait été battue par son conjoint dans l'indifférence la plus totale de la part des fonctionnaires en uniforme.

Des témoins de la scène, survenue lundi à la station Berri-UQAM, ont raconté à LCN que les agents de surveillance du métro ont refusé de venir en aide à cette femme en difficulté. C'est maintenant au Service de police de Montréal (SPVM) d'assurer la sécurité du métro, ont-ils prétexté.

Le président du conseil de la STM, Claude Trudel, juge «inacceptables» les faits allégués. La société de transport a entamé une enquête interne pour tirer cette affaire au clair. Aucun employé n'a été suspendu pour le moment.

Les agents ne sont pas intervenus parce qu'ils en ont reçu l'ordre de la direction, a déclaré la présidente de la Fraternité des constables et agents de la paix de la STM, Josée Massicotte. Selon la version du syndicat, la STM a clairement fait savoir aux agents de surveillance qu'ils ne devaient plus arrêter de suspects. Cette tâche revient désormais à la police de Montréal, qui patrouille dans le métro depuis lundi.

Claude Trudel nie catégoriquement cette version des faits. «C'est faux. On n'a jamais dit à nos agents de ne pas intervenir», a-t-il dit. Dorénavant, les agents rapportent les incidents au centre de contrôle de la STM, qui avise la police de Montréal. «Si leur sécurité n'est pas en danger, les agents doivent intervenir pour neutraliser les individus en attendant que les policiers arrivent sur place», a précisé M. Trudel. Il n'est nullement question qu'ils se croisent les bras à ne rien faire.

Deux jours après l'incident, c'est toujours la confusion. La STM ne sait pas combien d'agents ont été impliqués dans l'intervention bâclée ni même si les caméras de surveillance de la station Berri-UQAM ont capté l'incident. Toujours selon la STM, des employés ont contacté le 911 à trois ou quatre reprises en l'espace d'une minute.

Le SPVM confirme la réception d'un appel au 911 de la STM et d'un deuxième appel d'un citoyen qui a été témoin de l'incident. La Fraternité des constables et agents de la paix de la STM prétend que les policiers ont mis 17 minutes à se rendre sur les lieux. Le SPVM affirme au contraire que le délai de réponse de ses patrouilleurs est de sept minutes.

À la demande du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, le SPVM a entamé une enquête administrative. La police demande à la victime d'entrer en contact avec les enquêteurs puisqu'il n'y a aucun plaignant dans cette affaire pour le moment. Selon le ministre Dupuis, il est «intolérable et inacceptable» qu'une personne en danger soit laissée à elle-même. «On ne peut pas tolérer dans notre société que des gens, présumément, se fassent agresser et que personne ne réagisse, surtout des gens qui ont l'autorité de le faire», a-t-il dit.

Le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, estime que les agents de surveillance ont fait preuve «d'un manque flagrant de jugement». M. Francoeur a mis l'incident sur le compte de «la frustration» et du climat de travail «pourri» qui règne à la STM. Une cinquantaine d'agents du métro ont exprimé le souhait de se joindre au SPVM, mais leurs candidatures ont été écartées pour diverses raisons. «Nos policiers dans le métro sont victimes de toutes sortes de quolibets et de manifestations d'hostilité de la part des agents de surveillance, a dit M. Francoeur. Il ne faut pas qu'ils oublient notre premier objectif à tous: la sécurité des citoyens.»

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