La maison du bon Dieu

Benoît Gagné, Nadine Beaulieu et leurs quatre enfants à l’intérieur de ce qui sera leur nouvelle résidence.
Photo: Jacques Nadeau Benoît Gagné, Nadine Beaulieu et leurs quatre enfants à l’intérieur de ce qui sera leur nouvelle résidence.

Habitat pour l'humanité, section Montréal, a inauguré hier sa quatrième maison destinée à des familles peu fortunées mais néanmoins capables de rembourser un prêt hypothécaire modeste. Cette organisation internationale «vient à peine d'être reconstituée ici», explique son président, Stephen Rotman. «Dans les grandes villes canadiennes — Toronto, Vancouver, Calgary, Edmonton —, on construit une vingtaine de maisons de ce genre par année grâce à des bénévoles. Nous, on veut construire un autre duplex à Montréal l'an prochain. Ensuite, on espère pouvoir en construire deux ou trois par année».

La maison présentée hier à la presse est un duplex qui sera occupé par la famille de Benoît Gagné et Nadine Beaulieu. Les Gagné-Beaulieu et leurs quatre enfants ont obtenu ce logement à la suite d'une étude de candidatures qui tenait compte de leurs revenus, de leur qualité de vie actuelle, tout comme de leurs capacités à veiller sur une maison. Les nouveaux propriétaires doivent aussi accepter de donner 500 heures de travail.

Habitat pour l'humanité est actif dans une centaine de pays. «Notre organisation a débuté sur des bases chrétiennes fondamentalistes, mais ici, à Montréal, on fait des maisons partout et pour tout le monde. On ne met pas l'emphase sur la religion.»

En Amérique du Nord, le chantier le plus important d'Habitat pour l'humanité est sans aucun doute celui de La Nouvelle-Orléans. «À la suite de l'ouragan Katrina, les besoins sont énormes là-bas. On a des Québécois de l'association qui sont allés donner un coup de main. On envoie aussi de l'argent», résume Stephen Rotman.

Comme l'a constaté Le Devoir, qui était sur place la semaine dernière, les bénévoles viennent de partout. Alice William était partie de la Californie pour rendre visite à des membres de sa famille à La Nouvelle-Orléans. Elle a alors réalisé avec effroi que rien ne bougeait. Même chose pour Yvy Robinson. «Nous sommes venus ici pour le plaisir, en novembre dernier. On ne pouvait pas croire que rien n'est fait. J'ai décidé de revenir dès que ce serait possible afin de donner de mon temps. Nous passons une semaine à travailler ici. C'est peu de choses, mais comme rien ne progresse ici, c'est au moins ça.»

Même chose pour Diane Courcelle, venue d'abord au Festival de jazz de la Big Easy pour son seul plaisir. Le désarroi général l'a à ce point choquée qu'elle a décidé de prolonger son séjour pour travailler plutôt que pour s'amuser. Elle a constaté, elle aussi, avec un effroi total que peu de choses avaient bougé depuis le désastre de 2005.

Peter Enerson est chef d'équipe pour Habitat for Humanity à La Nouvelle-Orléans. «Notre site rassemble en moyenne 200 bénévoles par jour. Même si ce ne sont pas des gens qui possèdent de l'expérience en construction, on arrive très bien à faire progresser les choses.» Mais les bénévoles ne construiront au mieux que 80 maisons à La Nouvelle-Orléans au cours de l'année, alors qu'il en faudrait des milliers.