Huit jardins communautaires sont contaminés

Quelques centaines de jardiniers devront troquer les belles tomates rouges pour des fleurs.
Photo: Jacques Nadeau Quelques centaines de jardiniers devront troquer les belles tomates rouges pour des fleurs.
C'est donc pratiquement 10 % des espaces montréalais réservés à l'agriculture urbaine qui seront mis en jachère cette année. Le pourcentage pourrait augmenter, puisque la Ville attend encore les résultats de caractérisation de neuf jardins. Les problèmes de contamination observés viennent essentiellement de la présence trop massive de plomb, de produits pétroliers divers ou d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). «Il n'y a pas de danger réel pour la santé de la population, indique Monique Beausoleil, toxicologue à la DSP. Les légumes cultivés constituent une faible proportion de l'alimentation des jardiniers. Mais on ne veut pas prendre de risque: ces jardins ont une situation environnementale non appropriée pour le jardinage.»

Les huit jardins visés sont ceux de Baldwin, de Rivard (Plateau Mont-Royal), des Habitations Jeanne-Mance, de Georges-Vanier, du Centre-Sud (Ville-Marie), de Lafond, de Laurier et de L'Églantier (Rosemont-Petite-Patrie).

Le cas de Baldwin était déjà connu, l'arrondissement ayant dû arracher tous les légumes en pleine saison des récoltes, l'an dernier, parce qu'on venait de découvrir une contamination des sols assez importante pour que les légumes soient jugés non-comestibles. Les jardins de Laurier et L'Églantier ne sont quant à eux pas totalement contaminés: des jardinets seront accessibles pour les légumes, d'autres non.

La Ville et la DSP souhaitent de toute façon que les huit jardins visés restent ouverts cet été (cette décision revient aux arrondissements et aux comités de chaque jardin). À la fermeture préventive, on préfère un changement de vocation: exit les légumes (à moins qu'ils ne soient dans des bacs), et bienvenue les fleurs.

«II n'y aucun problème à ce que des fleurs soient cultivées, dit Mme Beausoleil. Il faut voir que même si les sols ne sont pas parfaits pour les produits comestibles, l'activité de jardiner est globalement positive pour la santé. Les gens socialisent, font de l'activité physique, ils prennent l'air. C'est quelque chose d'important qui doit demeurer possible en attendant qu'on trouve des solutions pour décontaminer les sites.»

Des aubergines d'asphalte

Le problème avec les jardins communautaires de Montréal, c'est qu'ils ont été aménagés sur des sites dont on ignore généralement tout du passé. D'anciens dépotoirs voient ainsi aujourd'hui fleurir les tournesols et courir les haricots, alors que d'anciennes cour d'usine reçoivent les semis soigneusement mis en terre. «Ça s'est fait à une époque [au milieu des années 70] où ce n'était pas du tout dans notre culture de faire des études sur les sols, note Monique Beausoleil. Personne ne devait même imaginer qu'il pouvait y avoir un problème.»

Ce qui fait dire à Helen Fotopulos, responsable de l'environnement et des parcs à la Ville, qu'on «récolte aujourd'hui non seulement des légumes, mais aussi les erreurs du passé». Elle rappelle que les jardins sont nés parce que «des gens faisaient pousser des aubergines dans les craques de l'asphalte et que la Ville a un jour décidé de collectiviser ça. C'a a donné une réputation mondiale à Montréal. Mais on n'avait pas pensé à la pollution. C'était l'époque: maintenant, il faut remédier au problème.»

La Ville assure qu'elle n'a aucune intention de vendre ou de changer la vocation des sites actuellement pollués. «On veut continuer la culture communautaire», dit Mme Fotopulos. Divers scénarios sont plutôt étudiés pour trouver comment réhabiliter les sites à un coût raisonnable.
1 commentaire
  • camelot - Inscrit 10 mai 2007 10 h 50

    Négligence opportuniste

    Comment se fait-il que l'ex maire Bourque a laissé ces jardins s'implanter avant de s'assurer de la qualité du sol ? Il me semble que c'est la première chose à faire quand on connaît le passé industriel de Montréal.
    Jean-Marie Francoeur